Critique : Le Mal n’existe pas

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Le Mal n’existe pas

Japon : 2024
Réalisation : Ryuzuke Hamaguchi
Scénario : Ryuzuke Hamaguchi
Acteurs : Hitoshi Homika, Ryo Nishikawa, Ryuji Kosaka
Distribution : Diaphana Distribution
Genre : Drame
Durée : 1h46
Date de sortie (France) : 10 avril 2024

3,5/5

Le prix cannois du scénario en 2021 pour “Drive my car”, précédent opus de Ryuzuke Hamaguchi, l’aura certainement fait découvrir au grand public européen, alors qu’il en est pourtant à son dixième long-métrage. Celui-ci, aussi audacieux qu’hypnotisant, confirme, si c’était nécessaire, la richesse de l’écriture presque symphonique d’un des auteurs les plus originaux, précis et fascinants de ces dernières années.

Takumi et sa fille Hana vivent dans le village de Mizubiki, près de Tokyo. Comme leurs aînés avant eux, ils mènent une vie modeste en harmonie avec leur environnement. Le projet de construction d’un « camping glamour » dans le parc naturel voisin, offrant aux citadins une échappatoire tout confort vers la nature, va mettre en danger l’équilibre écologique du site et affecter profondément la vie de Takumi et des villageois…

“Le mal n’existe pas”, donc, commence dissimulé derrière une fausse lenteur et joue dès ses premières minutes avec l’idée d’un drame social “paysan” dont on connaîtrait déjà les codes. A l’aide d’éléments très concrets, de personnages presque simplistes dans leur quotidien, l’on se croît en terrain connu quand de méchants capitalistes viennent tenter de faire valider leur plan de construction du futur “glamping”, moitié hôtel-moitié camping. Drôle de concept, volontairement ridicule, opposant avec intelligence un monde devenu fou où des agences artistiques doivent “vendre” des concepts qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes ; à un autre monde, celui des habitants du village, qui cherchent à cohabiter avec la nature dans un minimum de bon sens.

En parallèle de cette narration autour de la privatisation de la région, occasion de dialogues sublimes sur la conscience écologique, d’ailleurs, un autre motif émerge. Formellement, le film se met à glisser de plus en plus vers l’abstraction à travers des personnages qui semblent de moins en moins concernés par ce qui se passe et s’ abandonnent à une nature aux voies impénétrables.

Même si on le voulait, il serait difficile de vous gâcher la surprise tant le mystère du film fonctionne sur un sentiment de connivence avec le spectateur qui n’aura de cesse d’évoluer, de changer, de s’inverser. Il n’est ainsi pas difficile de se faire au rythme impitoyable du film, tant il est maîtrisé, sachant mettre de l’humour ou du drame pour nous surprendre en permanence. Le découpage des scènes et des dialogues multiplie les masterclass de mise en scène et de gestion des symboles du film.

Malheureusement, dans son dernier mouvement, il nous semble que la maestria du film ne s’embarrasse pas au moment de conclure et perd un peu de la finesse déployée jusque là. Nous ne serons pas naïfs quant au fait qu’il s’agisse pour Hamaguchi d’un choix conscient de sa mise en scène bressonienne mais disons que nous avons eu un peu de mal à le digérer. Nous resterons donc un peu sur notre faim, convaincus de la richesse du propos, de l’intelligence et du talent indéniable de la construction du scénario, mais un peu déçus par un atterrissage si brutal.

Conclusion

Quel régal d’être ainsi manipulés, surpris, divertis par un scénario, une mise en scène et une thématique aussi brillants ! Même en restant un peu sur le bord à la fin, nous sortons tellement soufflés par la puissance de l’écriture que “Le mal n’existe pas” s’inscrit déjà comme un des tous grands films de l’année.  Depuis le Japon, Hamaguchi est incontestablement un des grands maîtres de la mise en scène et nous attendons chacun de ses films avec énormément d’impatience !

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