Critique : Première affaire

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Première affaire

France : 2023
Titre original : –
Réalisation : Victoria Musiedlak
Scénario : Victoria Musiedlak
Interprètes : Noée Abita, Anders Danielsen Lie, Alexis Neises
Distribution : Tandem
Durée : 1h38
Genre : Drame
Date de sortie : 24 avril 2024

3.5/5

Synopsis : Jeune avocate fraichement diplômée, Nora a l’impression de n’avoir rien vécu lorsqu’elle est propulsée dans sa première affaire pénale. De sa première garde à vue au suivi de l’instruction, Nora découvre la cruauté du monde qui l’entoure, dans sa vie intime comme professionnelle. Emportée par la frénésie de sa nouvelle vie, elle multiplie les erreurs et en vient à questionner ses choix.

Belle réussite pour un premier long métrage

Première affaire : premier long métrage de Victoria Musiedlak, un film passé par Locarno et Angoulème. Première affaire pénale pour  Nora Aït, une jeune avocate qui, jusque là, avait été cantonnée dans le traitement de dossiers financiers. Peut-être aussi première affaire sentimentale sérieuse pour une jeune femme qui, à 26 ans, ne connaît pas grand chose de la vie. A la fin de ses études, peu de temps auparavant, Nora avait été engagée dans le cabinet d’Édouard Saint-Brieuc, spécialisé dans le droit des affaires. Un beau jour, son patron lui apprend par téléphone qu’elle doit se rendre à Arras pour représenter Jordan Blesy, un jeune homme de 18 ans. Dans sa cité, la rumeur court que Jordan et sa sœur seraient les fruits d’un inceste entre frère et sœur ce qui vaut à Jordan d’être surnommé « le monstre ». Soupçonné d’avoir enlevé une jeune fille, Jordan a été placé en garde à vue et il se retrouve face à Alexis Servan, un policier dont la rudesse des questions lui fait perdre le contrôle de son sphincter urinaire. Rude aussi est l’arrivée, sans aucune préparation, de Nora dans le grand bain du pénal, d’autant plus lorsque la garde à vue de Jordan est requalifiée en homicide volontaire.

Le grand intérêt du film réside dans le choix fait par la réalisatrice de centrer son film sur l’évolution d’une jeune avocate qu’on voit s’opérer sous nos yeux, sur une modification majeure de la personnalité d’une personne induite par sa fonction sociale, une métamorphose que Victoria Musiedlak avait pu constater chez une jeune fille de son entourage. Au départ, Nora est une jeune femme naïve et immature qui porte sur elle le passé de sa famille, des immigrés qui ont fui l’Algérie de la décennie noire des années 90. Au départ, il semble difficile pour elle de se détacher de sa famille. Inexpérimentée et très sensible aux injustices du fait de son histoire familiale, elle se sent proche de Jordan, qu’elle pense être innocent et qui, à peu d’années près, est de la même génération qu’elle. Cela ne l’empêche pas  de se sentir attirée par celui qui représente le camp adverse, par Alexis, ce flic séduisant et ambigu qui ne se prive pas de la draguer. Dans sa défense de Jordan, Nora ne cesse de s’interroger sur la ligne à suivre, elle commet des erreurs, la plus grave étant, comme lui dit son patron de « parler à des flics en dehors de la procédure ». Ces erreurs se traduisent par des échecs qui ont le mérite d’être  très formateurs pour elle. Malgré les désillusions qu’elle rencontre, ou, plutôt, grâce à ces désillusions, venant de sa famille, du policier, de Jordan, de son travail,  elle va murir petit à petit et prendre de l’assurance, sa métamorphose s’exprimant en particulier dans sa façon de s’habiller.

A la vision de Première affaire, on s’aperçoit du désir de Victoria Musiedlak de semer des petits cailloux symboliques tout au long de l’histoire qu’elle raconte, l’exemple le plus notable étant la présence importante des oiseaux, celui que Jordan a en cage et que sa mère laisse échapper, celui que Nora ne cesse de voir sur les rebords des fenêtres des lieux qu’elle fréquente : une façon de symboliser l’envol de ces 2 personnages vers l’âge adulte. Par ailleurs, les paroles de la chanson « La nuit n’en finit plus » qu’on entend chantée par Petula Clark annoncent, d’une certaine façon, ce qui va se passer dans le film. Pour interpréter les rôles de Nora et d’Alexis, la réalisatrice n’a pas choisi les interprètes au hasard, loin de là  : pour interpréter  Nora, il lui fallait une comédienne aux origines étrangères et qui puisse se transformer de jeune femme naïve et immature, à l’apparence fragile, en femme sûre d’elle. Suivant depuis longtemps le travail de Noée Abita,  la réalisatrice a vu en elle l’interprète qu’elle recherchait, avec ses origines tunisiennes, siciliennes et ukrainiennes, avec sa capacité à afficher une grande jeunesse et à se montrer très mature quand il le faut. La comédienne qu’on avait appréciée dans Ava, dans Slalom et dans Les passagers de la nuit prouve de nouveau la grande qualité de son jeu. Concernant le rôle d’Alexis, Victoria Musiedlak avait très vite pensé au norvégien Anders Danielsen Lie pour sa capacité à apporter beaucoup de trouble dans ses interprétations. Afin de montrer que la France est un pays réunissant des personnes aux origines diverses, elle a choisi de faire de ce norvégien  un homme de nationalité française ayant une origine française et une origine norvégienne. Quant à Alexis Neises, l’interprète de Jordan, c’était la première fois qu’il se trouvait face à une caméra et, pour la réalisatrice, le stress ressenti dans ces conditions collait parfaitement avec celui ressenti par son personnage face à l’accusation qui pèse sur lui.

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