Critique Express : Mascarade

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Mascarade

France : 2021
Titre original : –
Réalisation : Nicolas Bedos
Scénario : Nicolas Bedos
Interprètes : Pierre Niney, Isabelle Adjani, François Cluzet, Marine Vacth
Distribution : Pathé
Durée : 2h14
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie : 1er novembre 2022

3.5/5

Synopsis : Lorsqu’un jeune gigolo tombe sous le charme d’une sublime arnaqueuse, c’est le début d’un plan machiavélique sous le soleil brûlant de la Côte d’Azur. Les deux amoureux sont-ils prêts à tout pour s’offrir une vie de rêve, quitte à sacrifier celle d’une ancienne gloire du cinéma et d’un agent immobilier ?

Arnaques sur la Côte d’Azur

C’est la Côte d’Azur, une région qu’il connait bien, que Nicolas Bedos a pris comme cadre de son nouveau film, un film à la fois sombre et drôle, présenté en séance spéciale à Cannes 2022. Une région dont il fait dire à un des personnages que, « quand on y réfléchit, c’est une région assez triste : les très riches crèvent d’ennui, les riches font semblant d’être très riches, quant à tous les autres, ils crèvent de jalousie ». C’est aussi une région où prolifèrent les magouilles liées à la spéculation immobilière, une région où il n’est pas étonnant de rencontrer une ancienne gloire du cinéma qui s’est retirée dans une luxueuse villa avec vue directe sur la mer, une région dont tout porte à croire qu’elle est plus riche que d’autres en escort-girls, une région, enfin, qui, du fait de son histoire et de la proximité géographique, abrite un grand nombre d’habitants ayant des origines italiennes : des spécificités régionales que Nicolas Bedos a utilisées pour construire l’histoire de Mascarade, une histoire dont de nombreux éléments proviennent de sa propre existence passée ou de l’existence d’autres personnes et dont il a eu connaissance. L’élément pivot du film s’appelle Adrien, il a une trentaine d’années et il vit en gigolo auprès de Martha, une ancienne grande gloire du cinéma. Il pourrait se satisfaire de cette situation mais sa rencontre avec Margot, une ravissante escort-girl de son âge, va changer la donne. Profiter de la jeunesse et de la beauté de Margot pour arnaquer Simon Laurenti, un agent immobilier dans la soixantaine, un homme marié, voilà un projet bien tentant pour Adrien et Margot.

Après OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, film de commande dont il n’était pas scénariste, on pouvait se demander si Nicolas Bedos allait confirmer le très grand talent dont il avait fait preuve, aussi bien comme scénariste que comme réalisateur, dans l’excellentissime La belle époque, film très personnel qui avait précédé OSS 117. Peut-être attendait-on trop de ce film adapté d’un roman que Nicolas Bedos a vainement tenté d’écrire pendant un an, mais force est de reconnaitre que, malgré les qualités de Mascarade, une petite déception risque de s’inviter chez toutes celles et tous ceux qui s’étaient régalé.e.s à la vision de La belle époque. Le premier grief qui vient à l’esprit, c’est la longueur du film ! Lorsque Mascarade a été projeté au Festival de Cannes, Nicolas Bedos voyait son film pour la première fois depuis le montage et  « il lui a paru évident que le film nécessitait des coupes et des améliorations notables ». Il s’est remis au travail mais le film dure encore … 2 h 14. Que dire du montage, avec moult flashbacks ? On arrive à s’y retrouver, mais on aurait apprécié un peu plus de simplicité (allons jusqu’à dire : un peu plus de modestie cinématographique) dans la conduite du récit.

Par contre, disposant d’un casting royal, Nicolas Bedos prouve de nouveau qu’il est un très bon directeur d’acteurs et, mieux encore, un excellent directeur d’actrices. En effet, si Pierre Niney, dans le rôle d’Adrien, François Cluzet dans celui de Simon Laurenti et Charles Berling (Jean-Charles, un ami de Martha) sont égaux à eux-mêmes, c’est-à-dire très « solides », ce que Nicolas Bedos obtient d’Isabelle Adjani (Martha), de Marine Vacth (Margot), d’Emmanuelle Devos (Carole, l’épouse de Simon Laurenti) et de Laura Morante (Giulia, une amie d’Adrien. Quel plaisir de « retrouver » cette magnifique comédienne !) est exceptionnel, même si on connait le grand talent de ces comédiennes. Le côté pathétique de Martha, l’amour blessé que ressent Carole, la colère de Margot et de Giulia face au comportement de la gent masculine envers elles, tout cela est particulièrement bien rendu dans Mascarade. Et à la fin du film, face à ces portraits de femme fatale, de femme trompée, de femmes rouées, on ne peut s’empêcher de se demander si Mascarade est un film féministe ou bien un film misogyne !


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