Comédie DVD — 14 novembre 2016
Test DVD : Je me tue à le dire

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Belgique, France : 2015
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : Xavier Seron
Acteurs : , , ,
Éditeur :
Durée : 1h27
Genre : Comédie (très noire !)
Date de sortie cinéma : 6 juillet 2016
Date de sortie DVD : 15 novembre 2016

 

 

Synopsis : Michel Peneud va mourir. Comme vous, comme moi, et comme sa mère, sauf que sa mère, c’est son médecin qui le lui a dit. Alors elle a décidé de vivre. Et vivre pour la maman de Michel Peneud, ça veut dire nourrir ses chats, boire du mousseux comme si c’était du champagne, et aimer Michel. Mais cet amour, Michel le trouve parfois un peu encombrant. A tel point qu’il semble soudain développer des symptômes très proches de ceux de sa mère. Et si Michel avait lui aussi un cancer du sein ?

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Le film

[3.5/5]

Il suffit de quelques secondes pour discerner le ton de Je me tue à le dire : des images en noir et blanc, on voit un cercueil et on entend quelqu’un qui dit : « Au début, ça surprend toujours, mais quand vous achetez une paire de chaussures, vous l’essayez, pas vrai ? ». Cette phrase est destinée à un homme qui est dans le cercueil, mais qu’on on ne va découvrir que quelques secondes plus tard. Cet homme, celui qui essaye le cercueil, c’est Michel Peneud, c’est le héros du film. Il a 37 ans et il est né, d’après son père, parce que sa mère refusait la sodomie. Un père à qui il doit d’avoir subi dans sa jeunesse un tas de plaisanteries dues à ce nom, Pe-neud ! Un nom qui porte à croire qu’on est sur le point de crever. Un lien très fort le lie a cette mère, Monique, à qui on a diagnostiqué un cancer du sein et qui c’est mise à vivre lorsqu’on lui a annoncé qu’elle allait mourir. Ce cancer, les médecins n’arrivent plus à le retrouver et on la soumet à des rayons qui donnent le cancer pour s’assurer qu’il a vraiment disparu. Ce cancer du sein qui semble avoir disparu chez sa mère et qui, bien que très rarement, est susceptible de toucher les hommes, Michel est persuadé d’en avoir les symptômes. Certes, Aurélie, sa petite amie, crie sur tous les toits qu’il est un bon baiseur, mais un hypocondriaque un peu trop dépendant de sa mère, à force, ça use les sentiments !

 

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S’il entre sans conteste dans ce genre très particulier qu’est l’humour cinématographique en provenance de Belgique, Je me tue à le dire le fait par la porte d’un mélange de grande noirceur et de surréalisme. L’humour de Xavier Seron est fait de situations loufoques, ou absurdes, ou désespérantes, et, même si le but du réalisateur était de traiter avec ironie les thèmes de la maladie et de la mort, il n’était pas question, pour autant, de faire rire à tout prix. Résultat : Dans Je me tue à le dire, lorsque les zygomatiques se contractent, il s’agit d’un rire qui se demande s’il peut s’exprimer tellement l’environnement est le plus souvent très sombre. Film à mi-chemin entre le cinéma d’Aki Kaurismäki et celui de Bertrand Blier, Je me tue à le dire repose sur trois pieds : la maladie, la mort et le rapport entre un fils et sa mère, un rapport dans lequel les seins ont une grande importance, un rapport qui empêche le fils d’avancer, lui que sa mère considère comme le frère des nombreux chats qu’elle a accueillis dans sa maison. Comment arriver à concilier ce rapport avec sa mère avec un rapport amoureux solide, d’autant plus lorsque l’ex d’Aurélie revient, toujours aussi séduisant, d’un long séjour au Cambodge ?

 

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Si le film a été tourné en noir et blanc, ce n’est pas dans le but d’apporter davantage de noirceur, c’est pour travailler sur quelque chose d’organique, de viscéral, pour donner davantage de présence au grain de la peau. Par ailleurs, ce film à l’univers très décalé fait beaucoup appel à des références baroques, que ce soit dans la vision de tableaux de José de Ribera et d’Alonso Cano ou dans l’écoute de musiques de Bach, de Haendel et de Purcell. Jean-Jacques Rausin, l’interprète de Michel Peneud, Xavier Seron le connait depuis longtemps : ils étudiaient ensemble il y a plus de dix ans à l’Institut des Arts de Diffusion de Louvain-La-Neuve et Jean-Jacques Rausin a tourné dans la plupart des court-métrages que Xavier Seron a réalisés. Sa façon de se comporter et son look « vêtements + barbe + cheveux » improbable font irrémédiablement penser à Vincent Macaigne. Myriam Boyer est grandiose dans le rôle de Monique. On rencontre aussi Serge Riaboukine qui interprète le rôle de Derek, le meilleur ami de Michelet Fanny Touron dans celui d’Aurélie. Quant à , il n’a qu’un tout petit rôle dans le film, mais la paire de minutes où on le voit et où on l’entend représente un de ses sommets.

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Le DVD

[4/5]

Une fois de plus concernant Blaq Out, nous voici face à du travail bien fait. Une fois n’est pas coutume, on commencera par les suppléments, au nombre de trois. Tout d’abord un entretien de 13 minutes avec Xavier Seron et Jean-Jacques Rausin, réalisé récemment. On remarquera particulièrement le regret du réalisateur qui constate que la professionnalisation des funérailles nous a dépossédés de nos morts, la nôtre, celle de nos proches, nous rendant moins sereins face à elles, et le côté envieux qu’il manifeste face au caractère véritablement festif qu’est la fête des morts telle qu’on la pratique au Mexique et dans d’autres pays d’Amérique latine. D’où son désir de faire un film abordant la maladie et la mort sous un angle différent, un angle faisant appel à l’humour. Les deux autres supplément sont des court-métrages scénarisés et réalisés par Xavier Seron et le nîmois , court-métrages dans lesquels on retrouve Jean-Jacques Rausin dans la distribution et qui confirment que Xavier Seron aime bien amener ses comédiens à se dévêtir ! On retiendra surtout L’Ours noir, réalisé en 2015, une « fantaisie bucolique » librement inspirée du guide du Parc National Forillon, au Québec. 15 minutes particulièrement loufoques, mettant en scène avec des effets « gore » très bon marché mais particulièrement drôles, ce qui peut se passer lorsqu’on ne respecte pas les règles les plus évidentes lors de la visite d’un parc où vivent des ours noirs. Un excellent moment, couvert de récompenses dans un nombre impressionnant de festivals. A côté, le second court-métrage, Mauvaise lune, fait vraiment pâle figure. Il s’agit d’un faux documentaire en noir et blanc, d’une durée de 30 minutes, sur un homme qui a du mal à s’intégrer parmi ses semblables et qui aspire à se transformer en loup-garou les nuits de pleine lune. Un court-métrage qui aurait gagné à être … plus court !

La qualité technique de ce DVD est exemplaire, avec, en particulier, un excellent rendu du noir et blanc, aussi bien dans Je me tue à le dire que dans Mauvaise lune. Si on le souhaite, on peut regarder le film avec des sous-titres pour sourds et malentendants ou, pourquoi pas, des sous-titres en néerlandais. Quant au son, on a le choix entre Dolby 2.0 et Dolby 5.1.

Ce DVD est disponible, entre autre, directement chez Blaq Out.

 

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles

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