
Titre original : Le Corset
Réalisateur : Louis Clichy
Scénario : Louis Clichy et Franck Salomé
Genre : Animation
Durée : 1h31
Pays : France, Belgique (2026)
Voix : Gary Clichy, Rod Paradot, Dimitri Colas et Aurélie Vassort
Distributeur : Kmbo Films
Date de sortie : 14 octobre 2026
Dans l’une de ses critiques les plus récentes, notre confrère sur le site Jean-Jacques a descendu en flammes un film parce qu’il ne disposait pas, selon lui, d’une intrigue à proprement parler. Pareille chose peut être affirmée au sujet du Corset. Encensé un peu partout, notamment aux Festivals de Cannes et d’Annecy, ce film d’animation est davantage une évocation des difficultés liées à l’adolescence qu’une histoire bourrée de revirements à couper le souffle. Néanmoins, le réalisateur Louis Clichy s’acquitte de cette tâche plutôt épineuse avec suffisamment de virtuosité visuelle pour nous faire oublier certaines facilités. Y compris la grande proximité avec la prémisse si émouvante de Billy Elliot, le conte de Stephen Daldry sur un fils de mineur anglais qui rêvait de faire de la danse classique, sorti il y a plus d’un quart de siècle.
L’environnement social de ce premier long-métrage en solo de Clichy, après deux aventures d’Astérix contées dans les années 2010 aux côtés d’Alexandre Astier, remonte encore un peu plus loin en arrière. Ce sont en effet les années ‘80 dans toute leur splendeur rétro qui servent d’arrière-plan ici. Alors qu’on était à peu près du même âge que le jeune héros pendant cette décennie, d’autres points d’identification encore plus personnels nous ont permis d’entrer pleinement dans cette histoire nullement nostalgique. À savoir des soucis de dos et, par voie de procuration fraternelle, l’engouement pour la musique en général et l’orgue en particulier.
Sans oublier que le véritable thème universel dans Le Corset, celui qui en fera très probablement un succès dans des pays pas trop familiers de références populaires en France comme la valise RTL – mise à l’honneur au cinéma pour la deuxième fois cette année, après Juste une illusion de Éric Toledano et Olivier Nakache – est le rapport conflictuel entre le jeune homme engoncé dans son harnais et son père, un agriculteur taciturne au bord de la faillite.

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Synopsis : Christophe, fils de paysan au cœur de la Beauce, est un garçon comme les autres. Au détail près qu’il a la fâcheuse tendance de pencher. Les médecins lui prescrivent un corset en métal, à porter jour et nuit, afin de tenter de redresser sa posture. Mal à l’aise dans cet équipement médical rigide, Christophe se sent plus que jamais exclu du travail à la ferme. Alors que la récolte approche, il se découvre une passion pour l’orgue, grâce à la bienveillance de l’organiste Michel. À la piscine, où il est censé muscler son dos souffrant, il fait la connaissance de Clara, une jeune fille rebelle qui ne tarde pas à lui faire de l’effet.

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De travers
Un singulier décalage entre le son et l’image existe dans Le Corset. Tandis que le premier se veut des plus réalistes, jusqu’au parler très franc des personnages issus du milieu rural, la deuxième s’élance dans des dessins à la beauté enivrante, justement parce qu’ils s’inspirent d’une sublimation esthétique du quotidien littéralement terre-à-terre de Christophe. Nous ne sommes pas tout à fait sûrs où Louis Clichy voulait en venir avec ce grand écart entre les sensations auditives et visuelles que son film nous a inspirées. Toujours est-il que cette dualité finit par garantir une sorte d’accessibilité immédiate. Celle-ci préserve le récit de déraper soit vers le délire de formes et de couleurs en apesanteur, soit du côté d’un misérabilisme terne et désespérant.
De même, le positionnement du point de vue y est particulièrement intéressant. La narration a toujours un temps d’avance sur les gros clichés que l’on pense voir venir, mais qui finissent par ne jamais se manifester. Cela vaut autant pour la trajectoire du protagoniste – tout sauf un ange touché par le doigt divin de la musique ecclésiastique – que pour celle des personnages secondaires. Ainsi, le scénario nous aménage systématiquement de bonnes surprises, sans que cela ne devienne prévisible ou rébarbatif. Ces petites touches discrètes confèrent de l’épaisseur et de la personnalité à l’entourage du piquet métallique, au lieu de laisser stagner les membres de sa famille et ses camarades de musique et de natation au stade navrant de cliché ambulant.

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En somme, Louis Clichy y réussit à faire beaucoup avec très peu. Certes, ce minimalisme des moyens ne s’applique pas du tout au brio du dessin, qui a plutôt tendance à en faire trop. Mais derrière ces acrobaties incessantes du trait de crayon numérique se cache au fond un dilemme conté avec une justesse de ton remarquable. Il s’agit de la difficulté évidente de Christophe d’exister aux yeux de son père.
Longtemps avant que les choses ne reviennent à l’équilibre affectif par le biais d’une conclusion aux accents sirupeux, une barrière infranchissable perdure entre l’adolescent et son père. Ils veulent tous les deux bien faire. Et pourtant, tous les deux sont pris au piège du rôle que la société leur impose : celui du cancre juvénile qui n’en fait qu’à sa tête et celui de la figure d’autorité, qui se sent obligée de répéter auprès de sa progéniture les mêmes erreurs qu’elle avait commises dans le passé.
Cette maladresse constante de part et d’autre, ces bonnes intentions qui n’aboutissent jamais sont le carburant précieux qui fait avancer avec vigueur le récit du Corset. D’autres éléments n’y manquent pas non plus de saveur. Comme cette romance balbutiante, typique pour de jeunes amoureux à cet âge-là, au charme infiniment plus irrésistible tant que Christophe et Clara se tournent autour qu’à partir du moment où leurs affaires de cœur se concrétisent. Ou bien ce substitut paternel guère caricatural sous les traits de l’organiste, à qui le compagnon artistique d’antan de Louis Clichy Alexandre Astier prête sa voix.
Plutôt que d’être le pendant masculin de Mrs Wilkinson, la professeure de danse et confidente de Billy Elliot prête à plaider sa cause auprès de son père borné, cette porte d’accès vers le monde de la culture reste toujours ouverte. En laissant à son jeune élève la liberté de choisir de la franchir avec sérieux et responsabilité ou, au contraire, de perpétuer la tradition familiale à la ferme. Le récit a beau s’arranger in extremis avec un compromis un brin bancal entre ces deux options, il n’en avait point fait jusque là un enjeu dramatique à l’envergure démesurée.

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Conclusion
À présent, la route du Corset paraît tout tracée. Son succès commercial auprès d’un public de tout âge semble assuré, au vu de la séance en début de soirée bondée dans le multiplexe municipal de proche banlieue parisienne où nous l’avons vu. Et même si le sacre suprême de la représentation du cinéma français dans la course à l’Oscar du Meilleur Film international lui a été refusé, nous prévoyons sereinement encore d’autres trophées de cinéma dans son avenir proche. Dans tout cet engouement assez mérité, espérons seulement que les thèmes essentiels que le film de Louis Clichy aborde avec tant de sincérité et de fraîcheur ne seront pas supplantés par l’admiration béate de sa facture visuelle plus flamboyante.















