Test Blu-ray : Rusty James

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Rusty James

 
États-Unis : 1983
Titre original : Rumble fish
Réalisateur : Francis Ford Coppola
Scénario : S.E. Hinton, Francis Ford Coppola
Acteurs : Matt Dillon, Mickey Rourke, Diane Lane
Éditeur : Wild Side Vidéo
Durée : 1h34
Genre : Drame
Date de sortie cinéma : 15 février 1984
Date de sortie DVD/BR : 8 février 2017

 

 

Dans une petite ville de l’Oklahoma, Rusty James, jeune délinquant, rêve de devenir comme son frère, le légendaire chef de bande « Motorcycle Boy ». Quand celui-ci revient de Californie après 3 mois d’absence, il cherche à empêcher son frère cadet de suivre le même chemin…

 

 

Le film

[4/5]

Tourné par Coppola dans la foulée de Outsiders, et toujours d’après un roman de S.E. Hinton, Rusty James en reprend une grande partie du casting et le côté « bande de jeunes » pour en constituer une espèce de pendant esthétisant et froid. Comme s’il s’agissait de la deuxième face d’une même pièce, Rusty James « retourne » Outsiders en le transformant en objet Brechtien, réflexif, profondément conscient de sa nature cinématographique et affichant fièrement une batterie d’artifices visuels clinquants, des cadres léchés, un noir et blanc über-travaillé, comme si le réalisateur cherchait, pour illustrer sa fable sur le temps qui passe teintée de mythologie, à créer un univers unique, suspendu, entre rêve et réalité, entre vie et mort.

Au titre original Rumble fish, qui désigne les poissons combattants dont l’existence se superpose à celle du personnage principal, les distributeurs français ont choisi de préférer Rusty James, nom du personnage incarné par Matt Dillon dans le film – un personnage de rêveur, intellectuellement limité, en manque de repères, peut-être impuissant, figure de James Dean tendance Fureur de vivre, déambulant comme dans un rêve en marcel à la Bruce Springsteen et portant littéralement le film sur ses frêles épaules de faux bagarreur, la loose en bandoulière. En face de lui, son frère, son idéal, incarné par un Mickey Rourke s’affichant lui tel un Marlon Brando époque Equipée sauvage, et dont on ne sait réellement s’il est mort ou vivant, ou s’il n’est pas juste la projection de l’esprit, le fantasme éveillé de Rusty. Le sentiment d’irréalité du film de Coppola se retrouve également dans la musique du film signée Stewart Copeland, amalgame de sons et de boucles sonores nous livrant au final un résultat bizarrement harmonieux, contribuant clairement à la puissance hypnotique de l’ensemble.

Grand créateur de formes visuelles, pour le meilleur comme pour le pire, dans le sens où il se voit, à force d’expérimentations, par moments rattrapé par le kitsch (remember Dracula ?), Francis Ford Coppola préfigure avec Rusty James tout un pan du vidéo-clip et de la pub qui lui succéderaient durant les années 80/90. Mais comme dans le cas de Twixt qu’il réaliserait presque trente ans plus tard, l’expérimentation formelle réussit ici plutôt bien à l’ensemble, qui dégage encore, en 2017, une énergie et un charme uniques.

 

 

Le Blu-ray

[5/5]

A nouveau, Wild Side fait le choix de chouchouter le consommateur français avec la sortie événement de Rusty James qui s’affichera au choix dans une version « simple » ou dans un nouveau coffret « grand format » similaire à celui utilisé pour Le grand chantage, et venant grossir les rangs de sa déjà riche collection de coffrets « luxe » dédiés à différents films et réalisateurs.

Côté Blu-ray, le film bénéficie d’ailleurs d’un joli upgrade Haute-Définition. Le film a visiblement été restauré, et le Blu-ray nous propose aujourd’hui un piqué précis tout en conservant la granulation d’origine, et une stabilité exemplaire. La sublime photo noir et blanc de Stephen H. Burum s’en trouve en magnifiée, la profondeur de champ est remarquable, et les contrastes ont été particulièrement soignés : les noirs sont profonds sans être bouchés, les blancs ne sont pas « cramés » ; bref, l’éditeur a fait tout son possible pour nous permettre de (re)découvrir Rusty James dans les meilleures conditions possibles. Du côté des enceintes, VF d’époque et VO anglaise nous sont proposées, en DTS-HD Master Audio 2.0, en mono d’origine évidemment. Les dialogues sont clairs, les ambiances et la musique dissonante de Stewart Copeland parfaitement bien préservées, et sans souffle. On notera cependant une nette domination de la version originale sur sa petite sœur française, pour de simples raisons artistiques – même si la VF d’époque nous permet d’entendre quelques voix bien connues des amateurs.

En plus d’être un bel objet, le coffret édité par Wild Side n’est d’ailleurs pas avare en suppléments et autres contenus inédits : outre un livre de 185 pages signé Adrienne Boutang nous proposant de très nombreuses photos de tournage et autres affiches étrangères, on retrouvera sur la galette proprement dite la plupart des suppléments disponibles sur l’édition spéciale DVD sortie aux Etats-Unis en 2005, reproduits ici en définition standard, 4/3 et VOST : on commencera avec un passionnant commentaire audio de Francis Ford Coppola, pour enchainer avec une vingtaine de minutes de scènes coupées, appuyant nettement plus que le montage final sur les limites intellectuelles de Rusty. Même si elles s’avèrent assez courtes (une douzaine de minutes chacune), les deux featurettes consacrées au tournage et à la conception de la musique du film sont également tout à fait passionnantes, revenant sur plusieurs séquences clés du film (le « corps astral », la surimpression des combattants en couleurs…). On terminera le tour du propriétaire avec la traditionnelle bande-annonce du film.

 

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