Critique : Un jour dans la vie de Billy Lynn

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Etats-Unis, 2017
Titre original : Billy Lynn’s long halftime walk
Réalisateur : 
Scénario : Jean-Christophe Castelli
Acteurs : Joe Alwyn,
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Durée : 1h53
Genre : Drame, Action
Date de sortie : 1er février 2017

4/5

Si vous voulez voir le nouveau film d’Ang Lee tel qu’il a été tourné et tel qu’il devrait être vu, il vous faudra aller soit jusqu’aux Etats-Unis, soit jusqu’en Chine. En effet, seuls cinq cinémas projettent Un jour dans la vie de Billy Lynn à la fois en , et surtout 120 images par secondes. En France, il faut se résigner à un format classique, 2D et 24 images par seconde, et encore faut-il avoir accès à une des courageuses 22 salles qui le diffusent ! Si multiplier par cinq la cadence d’images par secondes peut paraître un simple gadget technique, il n’en est rien : Ang Lee cherche par là à créer une sorte d’hyper-réalité pour narrer l’histoire de Billy Lynn, en nous confrontant à des images qu’on n’a jamais vu sur aucun écran. Impossible pour le français que je suis de juger le résultat, qui ne sera jamais projeté dans nos contrées, ou en tout cas pas tout de suite, puisque même le Blu-ray UHD se limitera à 60 images par seconde (ce qui est déjà bien, mais encore faut-il avoir le matériel adéquat !).

Bref, il nous faudra sûrement attendre la sortie des suites d’Avatar, que James Cameron promet de diffuser en 60 images par seconde, pour avoir le droit d’assister à une éventuelle révolution de nos habitudes de spectateur. Rappelons-nous que Le Hobbit de Peter Jackson avait essayé d’amorcer une évolution en doublant la cadence d’images, mais il faut avouer que le résultat était loin d’être convaincant (et même gênant en ce qui me concerne). Mais cessons de nous apitoyer sur quelque-chose que nous n’avons pas vu pour nous intéresser au film en lui-même, qui heureusement ne se limite pas à une simple démo technique !

Synopsis officiel : En 2005, Billy Lynn, un jeune Texan de 19 ans, fait partie d’un régiment d’infanterie en Irak victime d’une violente attaque. Ayant survécu à l’altercation, il est érigé en héros, ainsi que plusieurs de ses camarades. Et c’est avec ce statut qu’ils sont rapatriés aux Etats-Unis par l’administration Bush, qui désire les voir parader au pays… avant de retourner au front.

Le visage d’un héros américain 

Il y a deux ans, l’American Sniper de Clint Eastwood avait fait parlé de lui. A la fois grand succès commercial et objet de polémique, chacun y voyait une idéologie différente. Force était de constater que ce n’était pas le conflit en lui-même qui intéressait Eastwood, mais la figure du héros purement américain incarné par Chris Kyle, qui rappelons le aurait tué plus de 200 irakiens. Ces derniers étaient d’ailleurs vus comme des ennemis sans visages, de simples cibles à abattre. Ici Ang Lee s’intéresse lui aussi à la figure du héros, mais n’a pas du tout la même approche. Billy Lynn est loin d’être une figure monolithique se contentant de faire son boulot de soldat sans réfléchir : son statut de héros, son action héroïque qui a fait le tour du pays, est plus un poids qu’autre chose. L’ennemi lui, n’est pas un soldat sans âme. Ainsi on a deux visions de la guerre qui s’opposent lors d’un dîner de famille : si le père est biberonné par FOX news et soutient les interventions américaines au moyen-orient, la sœur elle y est totalement opposée (jouée par Kristen Stewart, qui semble depuis quelques années bien loin des ses fresques vampiriques !). Billy Lynn semble tiraillé par ces deux visions, même s’il n’en parle finalement jamais – à part concernant les raisons de son engagement – et on ne saura qu’à la fin vers quel côté il se tournera.

« L’ennemi », « les barbus » comme disent certains soldats, sont moins manichéens qu’ils ne pouvaient l’être dans le film d’Eastwood. Les irakiens ont ici un visage. Un des plans les plus marquant de tous le film est d’ailleurs le gros plan du visage d’un combattant agonisant ; un visage qui  est finalement aussi humain que celui des soldats de l’autre camp, alors qu’il s’agit dans l’action d’un ennemi. Les visages, qu’importe à qui ils appartiennent, semblent obséder Ang Lee tout au long du film : il les scrute, fait de nombreux plans en vue  la première personne, nous plonge dans le regard des protagonistes – celui de Joe Alwyn, qu’on suit tout le film, est parcourut par un déluge d’émotions. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles il a voulu filmer avec le procédé décrit un introduction : il cherchait une nouvelle manière de filmer les visages.

Superbowl, super scène

On passe donc une journée avec ce jeune soldat, comme le dit le titre français. Plutôt une poignée d’heures même, lors d’un match de Superbowl pendant lequel la troupe « Bravo », entre deux services en Irak, est mise en valeur. Billy Lynn est ailleurs : il pense aux mois qu’il a passé sur le terrain, ainsi qu’à des discussions avec sa sœur. Sans oublier qu’il commence à nouer une relation avec une pom-pom girl qu’il vient de rencontrer … On est ainsi entièrement plongé dans les pensée du héros. Toutes les transitions se font avec fluidité, et on ne cesse de faire des allers-retours entre l’Irak, le domicile familial, et le stade, où les actions tendent à se confondre. Un art du montage parfait, qui culmine lors du spectacle de mi-temps, un concert des Destiny’s Child, qui remémore à Lynn « l’exploit » militaire pour lequel il est célébré. Une scène, ou plutôt deux scènes simultanées incroyables, apothéose cinématographique dans laquelle Ang Lee déploie tous ses talents : on est enveloppé par le son des balles qui fusent et par le brouhaha du concert, on est happé dans un déluge d’images. Un grand moment de cinéma, pour un film qui passera plutôt inaperçu, mais dont on reparlera sûrement dans quelques années comme un classique. Après tout, les films cultes le sont rarement au moment de leur sortie …

Conclusion

Peu de personnes verront donc le film, mais celles qui y l’ont vu ou le verront auront la chance de vivre une expérience cinématographique surprenante. Et s’il vous faut d’autres arguments que ceux développés plus haut, sachez que Vin Diesel y joue un soldat empreint d’hindouisme – il est d’ailleurs parfait dans le rôle. Preuve de plus que Billy Lynn est génial ?

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