Test Blu-ray : Les Grands Ducs

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Les Grands Ducs

France : 1996
Titre original : –
Réalisation : Patrice Leconte
Scénario : Patrice Leconte, Serge Frydman
Acteurs : Jean-Pierre Marielle, Philippe Noiret, Jean Rochefort
Éditeur : Rimini Éditions
Durée : 1h24
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 21 février 1996
Date de sortie DVD/BR : 3 mai 2022

Trois vieux comédiens, sans le sou, minables et au chômage, sont engagés dans une comédie de boulevard médiocre, qui part en tournée. Le spectacle est monté par un producteur escroc, bien décidé à le saboter afin de toucher l’argent des assurances. Mais les trois acteurs se prennent au jeu et s’investissent dans ce qui sera peut-être la dernière chance de leur vie…

Le film

[4/5]

Le succès colossal de Ridicule en 1996 (2 millions d’entrées) aura quelque peu éclipsé le fait que Patrice Leconte était également le réalisateur d’un autre film la même année, sorti dans les salles seulement deux mois plus tôt : Les Grands Ducs. Complétement construite autour de la personnalité de ses trois acteurs principaux, à savoir Jean Rochefort, Philippe Noiret et Jean-Pierre Marielle, cette comédie n’avait alors réuni qu’un peu plus de 500.000 curieux dans les salles obscures. Ce résultat honorable fut rétrospectivement considéré comme un échec par le cinéaste lui-même. Pourtant, si on compare ces chiffres avec ceux réalisés à l’époque par les autres films de Patrice Leconte (358.000 pour Le Mari de la coiffeuse en 1990, 638.000 pour Tango en 1993, 159.000 pour Le Parfum d’Yvonne en 1994), on ne pourra que relativiser cette notion d’échec public que l’on évoque pourtant dans la plupart des papiers consacrés au film.

Le moins que l’on puisse dire, à la (re)découverte des Grands Ducs, c’est que le film de Patrice Leconte est taillé sur mesure pour son trio d’acteurs déchainés. Jean Rochefort, Philippe Noiret et Jean-Pierre Marielle s’en donnent à cœur joie, composant pour notre plus grand plaisir trois acteurs de théâtre en fin de carrière, habitués au cacheton et un peu ringards. Les trois acteurs, véritables monuments du cinéma français, déploieront tout leur talent pour donner vie à ces personnages, décrits dans le scénario comme « trois grabataires », sans jamais les tourner en dérision – au contraire, ils parviennent à donner à ces personnages un panache et presque une noblesse que l’on n’aurait jamais osé imaginer.

A travers Les Grands Ducs, Patrice Leconte et ses acteurs, plus complices que jamais, rendent hommage à ces milliers de comédiens de l’ombre n’ayant pas réussi à percer, et écumant les planches de tous les théâtres de Paris pour apparaitre dans de petits vaudevilles sans gloire. Victor le cabotin (Noiret), Eddie le vieux beau (Rochefort) et Georges le caractériel (Marielle) représentent ainsi à leur manière une sorte de déclaration d’amour à ces personnalités qui consacrent leur existence à suivre une troupe de ville de province en ville de province, d’hôtels en restaurants sans prétention, jouant dans des salles pas forcément toujours remplies, tout en gardant toujours l’espoir de percer un jour et de voir enfin son nom en haut de l’affiche.

Si le film est essentiellement porté par son trio d’acteurs sublimes, Les Grands Ducs nous propose néanmoins également une poignée de seconds-rôles remarquables. On pense par exemple à Catherine Jacob, irrésistible dans sa façon de tour à tour résister et se laisser aller dans les bras du personnage de Jean Rochefort. On notera également la présence de Clotilde Courau, en ingénue déçue par le milieu des acteurs, de Jacques Nolot, exceptionnel en administrateur homosexuel ou encore bien sûr de Michel Blanc, comme toujours parfait en producteur odieux. Mais ce qui fait la réussite des Grands Ducs ne se limite pas au talent de ses acteurs, mais bel et bien aussi à celui de Patrice Leconte, qui grâce à une caméra extrêmement mobile parvient à insuffler à son film la folie doucement hystérique et le rythme effréné qui étaient nécessaires afin de coller aux basques de ses personnages imprévisibles, pour qui il déborde d’ailleurs littéralement de tendresse. On notera également que les dialogues du film signés Serge Frydman sont tout particulièrement savoureux et mémorables : impossible par exemple pour qui a vu Les Grands Ducs de ne pas se souvenir de la fameuse réplique « Sur Guingamp ! », que les amateurs de ce film-culte citent encore régulièrement aujourd’hui quand ils tombent sur une retransmission de théâtre de boulevard à la TV.

Le Blu-ray

[4/5]

C’est donc Rimini Éditions qui nous propose aujourd’hui de redécouvrir Les Grands Ducs ainsi que deux autres films de Patrice Leconte dans des éditions Blu-ray que l’on n’avait pas forcément vues venir. Et comme d’habitude avec l’éditeur, le rendu Haute-Définition du film de 1996 est tout à fait satisfaisant. L’image est proposée au format Scope 2.35 respecté, les partis pris de la photo du film sont parfaitement respectés, et le tout est proposé dans un master toujours stable, avec de belles couleurs vives et surtout un grain argentique parfaitement préservé. Côté son, le film nous est proposée en DTS-HD Master Audio 2.0, et le mixage restitue les dialogues de façon relativement claire et équilibrée, faisant occasionnellement preuve d’un certain punch, notamment dans la restitution de la musique ou de l’ambiance régnant dans la salle de théâtre.

Du côté des suppléments, Rimini Éditions a fait du beau travail. Dans un premier temps, on sera ravis de retrouver les suppléments déjà disponibles sur l’édition M6 Vidéo sortie en 2000 : on commencera donc par réécouter le très sympathique commentaire audio de Patrice Leconte. Comme d’habitude, ce dernier fait preuve d’un certain humour à froid et s’avère le plus souvent tout à fait passionnant, nous livrant une véritable « leçon de cinéma ». On continuera ensuite avec un intéressant making of (17 minutes), également disponible sur le DVD de 2000, qui donnera largement la parole à Patrice Leconte et nous donnera à découvrir énormément de moments volés sur le tournage. Place ensuite aux suppléments inédits : on se plongera avec plaisir dans un entretien avec Patrice Leconte (12 minutes). S’exprimant sans la moindre langue de bois, il reviendra sur le titre de tournage du film (La Tournée des Grands Ducs), sur le tournage et sur les acteurs, en revenant de façon assez sévère sur le peu d’implication de Michel Blanc dans le projet. Il évoquera également la petite chanson de « Scoubidou » qui clot la pièce de théâtre dans le film, et élargira son propos au fait qu’il rêve de signer un jour une comédie musicale. On terminera enfin avec le documentaire Rochefort en baskets (1h04). Réalisé en 2015 par Alain Teulère, ce passionnant documentaire nous permettra de rencontrer l’acteur dans sa propriété de Porquerolles. Avec ses bretelles violettes et ses baskets jaunes, il se livrera avec malice et bonne humeur sur sa carrière et son rapport au monde. Le tout sera par ailleurs accompagné de témoignages de proches du comédien et de personnalités du Septième Art ayant croisé sa route, tels que Sandrine Kiberlain, Edouard Baer, Guillaume Canet, Jean-Pierre Marielle, Philippe Le Guay, Patrice Leconte…

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