DVD — 04 septembre 2019
Test Blu-ray : Le distrait

 
France : 1970
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : , Pierre Richard
Acteurs : Pierre Richard, ,
Éditeur :
Durée : 1h23
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 6 décembre 1970
Date de sortie DVD/BR : 11 septembre 2019

 

Pierre Malaquet est distrait, doté d’une imagination fertile mais teintée d’humour décalé. Grâce à sa mère, il est engagé dans une agence de publicité où il multiplie les gaffes qui sont autant de coups médiatiques…

 


 

Le film

[3,5/5]

« Arrête de jouer dans le cinéma des autres. D’ailleurs tu n’as pas beaucoup de place : tu n’es pas un jeune premier; tu n’es pas non plus une rondeur. Tu as une place particulière, qui n’est pas encore écrite. C’est à toi de l’écrire et de faire ta place. » C’est par ces mots qu’en 1968, Yves Robert a encouragé Pierre Richard à se créer une personnalité unique au cœur du cinéma français. Ce conseil aboutira, après des mois d’écriture avec André Ruellan, à la sortie du Distrait en décembre 1970.

Indéniablement, il y a déjà beaucoup dans Le distrait du Pierre Richard que le public connaît. Il incarne en effet dans le film un personnage proche de celui qui ferait sa gloire tout au long des années 70/80 : celui du grand échalas dégingandé et maladroit, occasionnellement bavard, fantaisiste, survolté et/ou poétique, et semblant surtout complètement inadapté au monde qui l’entoure. En deux mots, on tenait déjà là « LE » Pierre Richard que le public a adoré et largement plébiscité dans les salles obscures pendant les deux décennies ayant suivi ce premier film. Car aussi surprenant que cela puisse paraître aujourd’hui – les stars du rire au cinéma sont autant d’étoiles filantes dans la mémoire du spectateur – Pierre Richard attirait à chaque nouveau film des millions de fidèles dans l’hexagone. Et déjà en 1970 avec ce coup d’essai, l’acteur / réalisateur était parvenu à réunir 1,4 millions de spectateurs hilares dans les salles françaises…

Mais comme le dit le proverbe, Rome ne s’est pas faite en un jour, et Pierre Richard non plus. Le distrait porte ainsi sur lui beaucoup des stigmates de son époque, et des promesses post-Mai 68 : le film a en effet, à travers sa dénonciation sans détour des dérives de la publicité, dressé – sans le vouloir peut-être – un joli portrait de la jeunesse de l’immédiat après 68 : gentiment contestataire, pleine d’aspirations et de rêves utopiques concernant la société, mais finalement également assez inconstante et peu fiable, le personnage de Pierre Richard provoquant catastrophe sur catastrophe en cherchant à bien faire. Le distrait affiche donc clairement, en filigrane de son intrigue, de vagues idées politiques et contestataires amenées par le biais de l’humour féroce, à la façon d’un Jean Yanne à la même époque. On pourra d’ailleurs regretter que les films ultérieurs de Pierre Richard aient fait disparaître de son cinéma, petit à petit, cette dimension contestataire, d’autant que cette première expérience s’avérait sans doute plus frais et un peu moins mécanique dans ses ressorts comiques que beaucoup d’autres ayant suivi, l’acteur s’étant malheureusement parfois simplement contenté de nous resservir le même personnage, de « faire du Pierre Richard » en un sens – c’est d’ailleurs ce que le public attendait de lui.

Pour autant, si ce mélange des genres est plaisant, tout est question de dosage et d’équilibre, et dans ce registre, Le distrait montrera rapidement ses limites, le récit penchant tantôt d’un côté tantôt de l’autre, ce qui est d’autant plus flagrant que malgré sa courte durée, le film tend à étirer ses séquences et ses gags au-delà de toute limite raisonnable. On pense notamment à l’ouverture, qui suit Pierre Richard en train de traverser un rond-point, aux multiples passages de Pierre Richard dans le bureau de Bernard Blier ou encore à la scène du « suivez la flèche ». Trop longues, trop répétitives, certaines séquences ralentissent le rythme du film, tandis que d’autres au contraire fonctionnent encore à merveille : celles du bureau qui s’affaisse, du concours à base d’œufs, les passages avec , la pub des boites de champignons coupés / entiers… Autant de moments formidables qui rendent le film toujours aussi indispensable, malgré ses défauts.

 

 

Le Blu-ray

[4,5/5]

Disponible chez Gaumont au sein de la vingt-neuvième vague de sa collection (ou ), Le distrait s’offre donc aujourd’hui un très attendu lifting Haute-Définition, chaque nouveau film de Pierre Richard débarquant en Blu-ray étant un petit événement en soi. D’autant que comme à son habitude, Gaumont nous offre sur cette nouvelle édition un épatant boulot de restauration…

Présenté au format 1.66 respecté et en 1080p, Le distrait nous propose en effet un rendu Haute-Définition absolument remarquable. Le travail de restauration a été fait de façon scrupuleuse, en respectant le grain d’origine ainsi que la patine de couleurs un peu particulière (très « pop ») du film. La définition est précise et nous propose un beau piqué, les couleurs sont belles, les noirs profonds. En deux mots, le master proposé par l’éditeur français est excellent, et on est heureux de pouvoir découvrir (ou redécouvrir) le film dans des conditions techniques optimales. Côté son, le film est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0 (mono d’origine), et le mixage s’avère parfaitement clair, équilibré, et même étonnamment dynamique vu son âge : pas le moindre souci à l’horizon.

Rayon suppléments, l’éditeur nous propose de découvrir un entretien avec Pierre Richard (30 minutes) qui, premier film oblige, reviendra sur son parcours et la façon dont il est arrivé derrière la caméra. Il reviendra ensuite sur le tournage en lui-même, sans langue de bois ni fausse modestie. Un bon moment, que l’on complètera avec la traditionnelle bande-annonce ainsi qu’avec un sujet sur la restauration du film par Gaumont, sur le mode toujours payant du « avant / après ».

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles