Test Blu-ray : La poudre d’escampette

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La poudre d’escampette

France, Italie : 1971
Titre original : –
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , , Michael York
Éditeur : Coin de mire Cinéma
Durée : 1h56
Genre : Comédie, Aventures
Date de sortie cinéma : 1 septembre 1971
Date de sortie DVD/BR : 9 avril 2021

En 1942, contraint de quitter la France occupée, Valentin, qui, en temps de paix était horticulteur, s’est installé en Afrique du Nord où il est devenu trafiquant d’armes. C’est ainsi qu’une nuit, au large de la Libye, il repêche un jeune officier anglais, Basil, dont l’avion a été abattu. De retour sur la côte, arrêtés par la police militaire italienne, Valentin et Basil réussissent à s’échapper aidés par Lorène, la femme du Consul de Suisse. Leur fuite les entraine de plus en plus loin dans le désert du Sud tandis que les deux hommes tombent amoureux de Lorène…

Le film

[5/5]

« Alors c’est une suisse, un français et un anglais qui sont dans le désert… » Vous l’aurez compris : La poudre d’escampette est une grosse blague livrée par à son public, plus que jamais complice de son ton ironique et iconoclaste. Il s’agit en effet d’une fantaisie pleine de charme, d’action, d’humour et de poésie, comme seul pouvait nous l’offrir le réalisateur de L’homme de Rio, Les tribulations d’un chinois en Chine ou Le magnifique. Le film était d’ailleurs à l’origine prévu pour Jean-Paul Belmondo, mais il tomba finalement dans l’escarcelle de .

La poudre d’escampette est adapté d’un roman de intitulé « La route au soleil ». A l’origine, il s’agit d’un récit de guerre et d’aventures, mais sous la plume du scénariste (qui fit, le temps de deux films avec , quelques infidélités à Yves Robert), l’histoire prend une tournure nettement plus humoristique, au départ centrée sur les personnalités des trois protagonistes principaux, que tout oppose.

La représentation de la guerre 39/45, et en particulier des soldats italiens, tient de la farce la plus échevelée. Le passage prenant place dans le fort militaire tenu par trois soldats pour le moins désinvoltes s’impose ainsi comme l’un des grands moments du film, hilarant, irrésistible, maniant l’absurde avec le plus grand talent. La mécanique du trio composée de deux hommes et une femme fonctionne parfaitement bien, passant de l’humour à la romance – forcément contrariée – et portée par les prestations de trois acteurs en état de grâce.

Comme d’habitude, s’avère assez impérial dans son genre, adaptant le rôle dévoué à Bébel à sa personnalité, en conservant néanmoins quelques passages “musclés” et même une dimension héroïque en fin de métrage. Michael York, surtout connu pour son rôle dans L’âge de cristal (1976), campe quant à lui un soldat candide et déconnecté de la réalité. Leur duo fonctionne parfaitement, préfigurant avec quelques années d’avance le « style Veber » et notamment La valise (1973), qui entretient de nombreuses similarités avec La poudre d’escampette.

Dans le rôle de Lorène, la femme du consul en quête d’aventure(s), retrouve un rôle de la trempe de celui de Rita, qu’elle tenait dans Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages (1968). Dans La poudre d’escampette, elle retrouve en effet un personnage qui correspond à merveille à sa fantaisie naturelle et à sa diction particulière : un rôle « à la Mireille Darc », typique de ceux dont raffolait la grande sauterelle dans les années 60/70, mais lui permettant tout de même d’affirmer une réelle personnalité, se démarquant de son modèle par une candeur et un naturel assez remarquables.

D’un point de vue symbolique, le fait de réunir les trois personnages au cœur du désert de Libye n’a rien d’innocent, dans le sens où la vie de chacun d’entre eux est un désert d’un point de vue affectif – ils n’ont aucune réelle perspective d’avenir. Valentin () a vu sa maison et son entreprise détruite par les bombardements ennemis, et vit en expatrié en Tunisie, où il vit de petits trafics. Basil, le soldat britannique (Michael York), est dessinateur dans le civil, et semble ne parvenir à vivre qu’à travers les cases de ses BD, plus simples que la vie réelle, notamment en ce qui concerne la vie amoureuse. Enfin, Lorène est prisonnière d’une “cage dorée” et d’un mariage sans amour, lui offrant certes une existence confortable, mais dénuée de toute passion.

La cavale mouvementée de nos trois héros leur permettra de se trouver un “but” dans la vie, même si ce dernier s’avère fugace. La mise en scène de alterne avec brio les moments tendus, l’humour et la délicatesse, voire même la poésie. Tel un funambule, il parvient à donner au film un équilibre et une véritable humanité, se cachant derrière la farce. Peu à peu, au fil des séquences, le trio de personnages laisse en effet leurs carapaces respectives se fendre, ce qui permet à leurs sensibilités de percer, et La poudre d’escampette d’aborder leurs personnalités, plus complexes et vulnérables qu’elles n’y paraissent.

Tendresse et non-dits sont donc les maîtres-mots de la dernière partie du film, qui nous offre d’ailleurs quelques moments d’une grâce assez incroyable, telles que cette séquence de “réveillon” ou les balles remplacent les décorations de Noël. Ces moments de magie amenés par petites touches discrètes contribuent à donner aux dernières séquences de La poudre d’escampette une atmosphère vraiment touchante, teintée d’une sensibilité à fleur de peau. L’émotion est par ailleurs habilement renforcée par la partition mélancolique de Michel Legrand.

La collection « La séance »

Depuis l’automne 2018, l’éditeur Coin de mire Cinéma propose avec régularité au public de se replonger dans de véritables classiques du cinéma populaire français, tous disponibles au cœur de sa riche collection « La séance ». En l’espace de ces deux années de passion, le soin maniaque apporté par l’éditeur à sa sélection de films du patrimoine français a clairement porté ses fruits. Ainsi, Coin de mire est parvenu à se faire, en peu de temps, une place de tout premier ordre dans le cœur des cinéphiles français. L’éditeur s’impose en effet comme une véritable référence en termes de qualité de transfert et de suppléments, les titres de la collection se suivent et ne se ressemblent pas, prouvant à ceux qui en douteraient encore la richesse infinie du catalogue hexagonal en matière de cinéma populaire. Une telle initiative est forcément à soutenir, surtout à une époque où le marché de la vidéo « physique » se réduit comme peau de chagrin d’année en année.

Chaque titre de la collection « La séance » édité par Coin de mire s’affiche donc dans une superbe édition Combo Blu-ray + DVD + Livret prenant la forme d’un Mediabook au design soigné et à la finition maniaque. Chaque coffret Digibook prestige est numéroté et limité à 3.000 exemplaires. Un livret inédit comportant de nombreux documents d’archive est cousu au boîtier. Les coffrets comprennent également la reproduction de 10 photos d’exploitation sur papier glacé (format 12×15 cm), glissés dans deux étuis cartonnés aux côtés de la reproduction de l’affiche originale (format 21×29 cm). Chaque nouveau titre de la collection « La séance » s’intègre de plus dans la charte graphique de la collection depuis ses débuts à l’automne 2018 : fond noir, composition d’une nouvelle affiche à partir des photos Noir et Blanc, lettres dorées. Le packaging et le soin apporté aux finitions de ces éditions en font de véritables références en termes de qualité. Chaque coffret Digibook prestige estampillé « La séance » s’impose donc comme un superbe objet de collection que vous serez fier de voir trôner sur vos étagères.

L’autre originalité de cette collection est de proposer au cinéphile une « séance » de cinéma complète, avec les actualités Pathé de la semaine de la sortie du film, les publicités d’époque (qu’on appelait encore « réclames ») qui seront bien sûr suivies du film, restauré en Haute-Définition, 2K ou 4K selon les cas. Dans le cas de La poudre d’escampette, il s’agit d’une restauration 4K réalisée par Sony Pictures avec la participation d’OCS et du CNC.

La septième vague de la collection « La séance » sera disponible à partir du 9 avril 2021 chez tous vos dealers de culture habituels. Les six nouveaux films intégrant la collection la portent aujourd’hui à un total de 43 titres. Les six films de cette « nouvelle vague » sont donc (, 1950), (, 1952), Brelan d’as (Henri Verneuil, 1952), (, 1955), La poudre d’escampette (, 1971) et Les granges brûlées (, 1973). Pour connaître et commander les joyaux issus de cette magnifique collection, on vous invite à vous rendre au plus vite sur le site de l’éditeur.

Le coffret Digibook prestige

[5/5]

Quelle joie de découvrir aujourd’hui La poudre d’escampette ! Invisible depuis de très nombreuses années, inédit en DVD et à fortiori en Blu-ray, le film de renaît ici de ses cendres et de l’oubli dans lequel il était plongé depuis quasiment cinquante ans. Le film est donc un des joyaux disponibles au sein de la nouvelle vague de coffrets “La séance” de chez Coin de mire Cinéma. La remasterisation 4K a fait des merveilles, et La poudre d’escampette s’offre ici un époustouflant lifting Haute-Définition sur galette Blu-ray : de toute beauté.

Aussi bien côté image que côté son, le master du film de est d’excellente tenue. Le master est d’une stabilité exemplaire, le grain d’origine est préservé, la définition et le piqué sont d’une parfaite précision, et la gestion des contrastes semble avoir fait l’objet d’une attention toute particulière : l’ensemble est excellent, c’est du très beau travail. On ne va pas couper les cheveux en quatre : le fait est que cette édition vous permettra de (re)découvrir La poudre d’escampette dans les meilleures conditions possibles. Du côté des enceintes, le film nous est proposé en DTS-HD Master Audio 2.0, en mono d’origine évidemment. Les dialogues sont clairs, les ambiances plutôt bien préservées, sans souffle. La perfection faite Blu-ray.

Dans la section suppléments, l’éditeur nous propose, outre la traditionnelle et inévitable bande-annonce du film, de reconstituer chez soi l’intégralité d’une séance de cinéma, comme à l’époque de la sortie du film. Place donc aux Actualités Pathé de la 35ème semaine de l’année 1971 (12 minutes). On commencera donc les infos de la semaine avec un sujet dédié à la crise monétaire touchant le dollar US, et qui s’avérait « prévisible » si l’on en croit les propos de l’économiste Jacques Rueff. Ce dernier évoquera une solution afin de sortir de la crise. On poursuivra ensuite avec le tourisme du côté de Saint-Tropez, « étalon or et azur de la mode vacancière » – un sujet que n’aurait probablement pas renié Laurent Delahousse, puisque sous couvert de « mode », il s’achève sur de nombreux plans bien complaisants sur des vacancières se promenant ou se faisant bronzer seins nus sur la plage. Le sujet suivant, en couleurs, continue sur la voie du dépaysaement avec une petite visite au Maroc, se situant quelque-part entre la tradition de l’Orient et la modernité de l’Occident. Le journal se terminera sur les images, fortes en émotions, et dénuées de tout commentaire, des conséquences du massacre de Ballymurphyn à Belfast.

Après la bande-annonce de La veuve Couderc, l’éditeur nous propose de continuer la séance avec une page de réclames publicitaires de cette année 1971 (9 minutes). On nous invitera à laisser parler la nature avec les glaces Gervais, à pas ne priver les enfants des bonbons La Pie qui chante, ou encore à manger du Topset et des crackers Belin – En vente dans cette salle ! On enchaînera ensuite avec une course-poursuite entre la police et des truands en Volkswagen WK70, une pub pour les jean’s Levis, une voyante nous vantant les mérites de Bricorama. Mais ce n’est pas fini, puisqu’on continue avec, mmmh, la bouillabaisse du restaurant Rougeot, la vinaigrette Saladina d’Amora, un pastiche de Columbo dans lequel le fameux inspecteur résoudra un crime grâce à un ampli-tuner disque et cassette Grundig. On terminera avec la chanson « Soif d’aujourd’hui » entonnée à la gloire de Coca Cola.

Mais ce n’est pas tout, puisque Coin de mire Cinéma nous propose également une très intéressante présentation du film par Julien Comelli (20 minutes). Le célèbre cinéphile / biochimiste suisse y reviendra donc sur les deux films « disparus » de la carrière de , au coeur d’un sujet réalisé par son complice de toujours Erwan Le Gac. Comme à son habitude, Julien Comelli replacera le film dans son contexte de tournage en évoquant largement le casting du film. Il y évoquera la succession d’échecs commerciaux subie par le cinéaste à l’époque du tournage, le refus de Jean-Paul Belmondo ou encore le remplacement de Marthe Keller par . Il dressera également des liens plus ou moins tirés par les cheveux entre La poudre d’escampette et plusieurs autres films : La grande vadrouille, La valise, Cabaret et Les baroudeurs.

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