DVD — 01 juin 2018
Test Blu-ray : Adieu poulet

 
France : 1975
Titre original : –
Réalisation :
Scénario :
Acteurs : , ,
Éditeur : Metropolitan Vidéo
Durée : 1h32
Genre : Policier
Date de sortie cinéma : 10 décembre 1975
Date de sortie DVD/BR : 29 mai 2018

 

 

Le commissaire Verjeat, aidé de son adjoint Lefèvre se bat contre la corruption de sa ville, à la veille de nouvelles élections. Mis sous pression, il partira en donnant un coup de pied dans la fourmilière…

 

 

Le film

[4,5/5]

Si le film est mis en scène par Pierre Granier-Deferre, que l’on connaît surtout aujourd’hui pour ses adaptations de Simenon, Adieu poulet porte surtout la marque de son scénariste, Francis Veber. Celui qu’on connaît aujourd’hui comme un scénariste / réalisateur de talent, à qui l’on doit une série de perles incontournables de la comédie des années 70/80 était en effet à l’époque un « simple » scénariste évoluant, à l’image d’un Jean-Marie Poiré, dans l’ombre de Georges Lautner et du producteur Alain Poiré. Tout comme Jean-Marie Poiré, il avait acquis en travaillant auprès de Lautner une efficacité certaine, livrant des scripts riches en « punchlines » souvent très drôles, et dégraissant suffisamment ses intrigues pour aller à l’essentiel (On aura tout vu, La valise, Il était une fois un flic…). Ainsi, on ne pourra se voiler la face : une bonne partie de l’énergie d’Adieu poulet repose non pas sur la réalisation du film, fonctionnelle, sans génie, mais bel et bien sur le scénario de Veber, qui nous livre avec régularité des répliques qui « claquent » et parvient à insuffler à ce polar typique des 70’s une personnalité très attachante.

Le deuxième point fort du film, c’est bien sûr son duo d’interprètes principaux : si Lino Ventura ne force certes pas trop son talent, nous livrant à peu de choses près la même composition qu’à son habitude, Patrick Dewaere en revanche crève littéralement l’écran, prouvant à qui en douterait encore qu’il était le meilleur acteur français des années 70 (avec son partenaire des Valseuses Gérard Depardieu). Moderne, enfiévré, déjanté, Dewaere emporte tout sur son passage, tout en réussissant l’exploit de toujours se montrer parfaitement juste dans son jeu – une profonde impression de « réalisme » social se dégage de l’entreprise, qui à la façon de quelques autres grands films politisés des années 70, dénonce une série de magouilles politicardes très symptomatiques d’une époque où les désillusions post-68 commençaient à gangréner la société française.

Au final, Adieu poulet s’avère donc un excellent petit film policier, solide et efficace, qui de plus est également porté par un casting de « gueules » du cinéma français que l’on adore : on pense à Victor Lanoux en politicien véreux, en chef de la police le cul entre deux chaises, dans une petite apparition remarquée, ou encore en juge incorruptible : une vraie réussite de cinéma populaire à l’ancienne.

 

 

Le Blu-ray

[4/5]

Après une première édition DVD il y a une petite dizaine d’années, Adieu poulet réapparait en Blu-ray sous les couleurs de , et l’éditeur s’est fendu d’un bien beau travail de restauration (4K) : définition exemplaire, piqué précis, couleurs éclatantes, contrastes soignés et patine argentique pleinement respectée. C’est un sacré tour de force, et la galette proposée par l’éditeur nous offre la possibilité de redécouvrir le film dans des conditions vraiment inédites et remarquables. Côté son, le film est mixé en DTS-HD Master Audio 2.0 mono d’origine, est d’une belle clarté, sans souffle ni craquements disgracieux.

Du côté des suppléments, l’éditeur a tout d’abord fait le choix de recycler la présentation du film par Clélia Ventura, héritée de l’édition DVD de 2009. La fille de Lino Ventura évoque donc ses souvenirs d’Adieu poulet, en remettant le tournage du film dans son contexte (elle explique notamment pourquoi et comment Pierre Granier-Deferre a été choisi pour la mise en scène du film), et raconte les relations, tendues au départ, puis franchement cordiales et amusées, entre son père et le phénomène Patrick Dewaere. On poursuivra ensuite avec un très intéressant entretien avec Francis Veber, au cours duquel il raconte, entre autres, s’être heurté à la susceptibilité de Lino Ventura durant l’écriture du film. En effet, il se trouve que son personnage devait à l’origine être un « ripou », et l’acteur aurait catégoriquement refusé, déclarant, en parlant de lui à la troisième personne, « Lino ne se fait pas acheter par une pute ! ». Derrière le sourire de façade, et à travers les multiples informations qu’il nous balance (notamment qu’Yves Robert n’aurait pas écrit une seule ligne du Grand blond avec une chaussure noire), on ressent une certaine amertume de la part de Francis Veber, qui souffre visiblement, malgré les millions d’entrées réalisées par ses films, de n’avoir jamais été reconnu –d’après ses dires– par la critique et par ses pairs : « cinquième roue du carrosse » en tant que scénariste, « harcelé » en tant que metteur en scène… On terminera bien sûr avec la traditionnelle bande-annonce originale.

 

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Auteur

Cet article a été écrit par Mickaël Lanoye, rédacteur cinéma / DVD / Blu-ray sur Critique-film.fr. Lire tous ses articles