Why war
France, Suisse, Israël, Italie : 2024
Titre original : –
Réalisation : Amos Gitaï
Scénario : Amos Gitaï
Interprètes : Irène Jacob, Mathieu Amalric, Micha Lescot
Éditeur : Epicentre Films
Durée : 1h23
Genre : Documentaire, Drame
Date de sortie cinéma : –
Date de sortie DVD : 17 mars 2026
En 1932, Albert Einstein est invité par la Société des Nations à adresser une lettre à une personne de son choix sur un sujet qu’il décidera. Il décide d’interroger Sigmund Freud sur le moyen d’éviter la guerre. Cette correspondance sur la guerre entre ces deux grands penseurs s’avère aujourd’hui plus pertinente que jamais. Inspiré par cet échange de lettres entre Albert Einstein et Sigmund Freud il y a près d’un siècle, le film Pourquoi la guerre tente de remonter à la racine des conflits humains, pour expliquer la sauvagerie des guerres qui dévastent notre monde.
Le film
[3.5/5]
Why war est le titre original de ce film d’Amos Gitaï et, également, le titre de ce DVD, et, Pourquoi la guerre, le titre que, probablement, ce film aurait eu si il était sorti en salle, ce qui n’a pas été le cas, et que Allociné, malgré tout, utilise. Dans les 2 cas, avec Why, avec Pourquoi, on est dans le domaine de la question et, pourtant, dans un cas comme dans l’autre, on note l’absence de point d’interrogation. Est-ce tout simplement parce qu’il n’y a jamais eu et qu’il n’y a toujours pas de véritable réponse à cette question cruciale ? Par contre, l’échange épistolaire entre Albert Einstein et Sigmund Freud qui s’est déroulé en 1932 et sur lequel repose le film a bien été édité en 1933 avec un point d’interrogation accompagnant le titre : « Warum Krieg? ». Sans doute parce que l’époque était différente : la Première Guerre mondiale s’était terminée 15 ans auparavant et beaucoup s’interrogeaient sur les risques d’un nouvel embrasement mondial. Concernant cette correspondance entre Albert Einstein et Sigmund Freud, tout est parti d’une proposition faite à Albert Einstein par la Commission internationale de coopération intellectuelle, l’ancêtre de l’UNESCO : choisir une personne à qui adresser une lettre sur un sujet de son choix. C’est Sigmund Freud qu’il avait eu l’occasion de rencontrer 6 ans auparavant qu’Albert Einstein a choisi, le sujet étant : comment éviter la guerre ? L’ensemble de la correspondance entre les 2 hommes a été édité par l’Institut international de coopération intellectuelle en 1933, deux semaines après l’accession d’Adolf Hitler au poste de chancelier. C’est en s’inspirant de cette correspondance qu’Amos Gitaï a réalisé Why war, un film qui se situe à mi-chemin entre fiction et documentaire, un film dans lequel Mathieu Amalric interprète le rôle de Sigmund Freud, le cigare aux lèvres quasiment en permanence, et Micha Lescot celui d’Albert Einstein, ne quittant pratiquement jamais sa pipe.
Dans l’esprit de Amos Gitaï, et à juste titre, s’inspirer de la correspondance qu’ils ont entretenue ne signifiait pas filmer une sorte de match de ping-pong dans lequel il n’y aurait que des échanges verbaux tirés de cette correspondance entre les 2 personnages, correspondance qui, dans le but de rechercher comment il est possible d’éviter la guerre, cherche à définir les causes des conflits humains et à expliquer la barbarie qui les accompagne inéluctablement. Il a choisi d’élargir le propos en installant à leur côté 2 autres personnages, un couple dans la vie, Irène Jacob et Jérôme Kircher. Déjà présente dans Shikun, le film précédent d’Amos Gitaï, ainsi que dans « House » et « Golem », 2 spectacles écrits et mis en scène par Amos Gitaï, Irène Jacob, vêtue presque en permanence d’une robe rouge, a droit à un rôle beaucoup plus important que celui de son mari, reprenant entre autre des textes de Susan Sontag et Virginia Woolf, des textes qui, sans vraiment s’opposer aux idées sur la guerre énoncées dans la correspondance entre Einstein et Freud, ont le grand mérite d’avancer des idées féminines sur le sujet. A noter que la présence du couple permet de mettre en scène une forme de guerre particulière, celle qui peut exister au sein d’un couple.
Peut-être parce qu’une des interventions de Sigmund Freud est relative à la culture, « tout ce qui pourrait travailler au développement de la culture travaille aussi contre la guerre », Why war est presque autant un film sur l’art que sur la guerre, un film dont l’aspect esthétique est particulièrement soigné, un film souvent déconcertant où le théâtre voisine avec le cinéma, la peinture, la musique et l’architecture. De ce film d’une grande intelligence on retient forcément beaucoup de choses, une des plus importantes, surtout dans les moments que notre planète vit actuellement, étant une double interrogation : pourquoi une majorité de gens qui n’ont aucun intérêt dans le déroulement d’une guerre en arrive à suivre une minorité qui, elle, espère tirer bénéfice de ce déroulement ? Cela signifie-t-il que l’homme a en lui un besoin de haine et de destruction ?

Le DVD
[4/5]
Why war, qui n’est pas sorti en salle dans notre pays, n’a pas eu droit à une sortie en Blu-ray. C’est sans doute dommage vu l’accent mis par le réalisateur sur l’aspect esthétique de son film. Cela étant, force est de reconnaitre que le DVD se sort plus que correctement de l’affaire, avec un piqué très correct et un excellent respect des couleurs. Très classiquement, le son est disponible en stéréo et en Dolby 5.1, avec le choix entre un sous-titrage en français pour les très rares moments où la langue pratiquée n’est pas le français, un sous-titrage en anglais ou une absence de sous-titrage.
A côté d’une galerie de photos et d’une bio-filmographie d’Amos Gitaï, le film est accompagné d’un intéressant supplément consistant en une conversation à bâton rompu entre Irène Jacob et Amos Gitaï. Qui dit conversation à bâton rompu dit presque forcément que de nombreux sujets sont abordés avec le passage d’un sujet à l’autre selon la logique du moment. En tout cas, cette conversation nous apprend que l’idée du film a commencé à surgir chez Amos Gitaï le 1er janvier 2024, peu de temps donc après le début de la guerre du 7 octobre 2023 à Gaza, alors que le réalisateur était à dans un hôpital de Tel Aviv et qu’il cherchait à séparer la douleur physique qu’il ressentait du cadre de sa pensée. Cette correspondance entre Albert Einstein et Sigmund Freud, il se souvenait qu’il pouvait la retrouver dans la bibliothèque de sa mère. Après cette mise en bouche, il est question de l’intérêt à confronter ce que peuvent dire sur la guerre un marxiste comme Albert Einstein et un spécialiste de l’âme humaine comme Sigmund Freud, plus pessimiste qu’Einstein. Dans la conversation, on trouve entre autre : Why war : un film contre la guerre sans image de guerre ! ; La littérature, plus libre, le cinéma, plus autoritaire ; beaucoup trop de dialogues dans les films de guerre hollywoodiens : dans une véritable guerre, comme celle du Kippour à laquelle Amos Gitaï a participé en 1973, les dialogues sont rares, se limitant à des ordres ou à des paroles très fonctionnelles ; face au fatalisme qu’on rencontre presque toujours lorsqu’on parle de la guerre, le film ne donne pas de réponse mais, au moins, pose la question et la poser, c’est déjà un rempart contre la propagande qui prétend que la guerre, c’est bien !

















