Test Blu-ray 4K Ultra HD : Incubus

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Incubus

États-Unis : 1966
Titre original : –
Réalisation : Leslie Stevens
Scénario : Leslie Stevens
Acteurs : William Shatner, Allyson Ames, Eloise Hardt
Éditeur : Le Chat qui fume
Durée : 1h14
Genre : Fantastique
Date de sortie cinéma : 23 novembre 1966
Date de sortie DVD/BR/4K : 14 décembre 2023

Situé au bord de l’océan, le village de Nomen Tuum a tout d’un lieu paradisiaque. On y trouve un puits, la Fontaine du Cerf, au fond duquel coule une source aux vertus curatives. Mais cet endroit a aussi attiré des succubes, démons à l’apparence de belles femmes, recherchant des âmes corrompues pour les livrer au Dieu des Ténèbres. L’une d’elles, Kia, a jeté son dévolu sur une âme pure : Marko, ancien soldat rentré au pays après avoir été blessé et qui vit modestement dans une ferme avec sa sœur, Arndis. Kia séduit Marko, qui tombe rapidement amoureux de la jeune femme, ignorant sa véritable nature…

Le film

[4/5]

Avant d’aborder les qualités du film en lui-même, on ne peut commencer un article sur Incubus sans évoquer les nombreuses petites histoires autour du film de Leslie Stevens. En France, et pour les cinéphiles de 30 à 50 ans, la découverte du film est souvent liée au travail de Jean-Pierre Dionnet, et à Cinéma de quartier – on ne compte d’ailleurs plus les œuvres que le cofondateur de Métal hurlant a contribué à sortir de l’oubli et à remettre sur le devant de la scène cinéphile.

Incubus est également connu pour d’autres raisons. Premièrement, il s’agit du seul long métrage américain tourné en espéranto ; l’idée de tourner dans la langue du Docteur Zamenhof semble d’ailleurs avoir été dans l’air du temps à l’époque, puisqu’en 1964, deux ans avant le film de Leslie Stevens, c’était également le cas d’Angoroj, réalisé par Jacques-Louis Mahé. Pour autant, l’intérêt de Leslie Stevens pour l’espéranto n’avait rien de linguistique, et ne visait nullement à populariser la langue : considérant que les créatures démoniaques au cœur d’Incubus (succubes, incube, diable) ne pouvaient pas s’exprimer en anglais, il avait simplement cherché à utiliser une langue « différente ».

Mais à l’inverse de Christian Vander qui inventa sa propre langue – le Kobaïen – pour les chansons du groupe Magma, Leslie Stevens a opté pour une langue « construite » pré-existante. Il s’était ainsi d’abord penché sur le volapük, mais avait déterminé que cette langue était trop difficile d’un point de vue phonétique, pour finalement arrêter son choix sur l’espéranto, les racines latines de la langue se prêtant bien à l’atmosphère étrange et folklorique du film. Le réalisateur a par ailleurs interdit tout doublage d’Incubus. Cependant, si le commun des mortels pourra sans peine se laisser bercer par les sonorités de cette langue exotique, les vrais espérantophones (ou espérantistes) sont en revanche souvent déçus par la mauvaise prononciation des acteurs.

La deuxième raison pour laquelle Incubus a longtemps enflammé les imaginations est liée au fait que le film a longtemps été considéré comme perdu : on pensait en effet que toutes les copies du film avaient brûlé lors d’un incendie, mais une copie en 16mm dotée de sous-titres français a finalement été retrouvée à la Cinémathèque Française en 1996, ce qui permit au film d’être restauré et redécouvert en DVD, aux États-Unis en 2001, puis en France en 2003. Une vingtaine d’années plus tard, Le Chat qui fume et Emmanuel Rossi créent l’événement en mettant la main sur une copie 35mm du film (considérée comme la seule au monde à ce jour), en excellent état, ce qui permit à l’éditeur d’en lancer une restauration 4K.

Le fait qu’Incubus soit resté invisible pendant plusieurs décennies avait par ailleurs contribué à la légende macabre autour du film : comme dans le cas de Poltergeist, le film de Leslie Stevens se trimbale en effet une réputation de « film maudit », liée au fait que plusieurs de ses acteurs – pourtant peu nombreux – furent marqués par un destin tragique. Ann Atmar, qui incarnait la sœur de William Shatner dans le film, s’est donné la mort quelques semaines après le tournage. Quelques mois plus tard, l’acteur d’origine serbe Milos Milos, qui jouait le rôle de l’incube, a quant à lui assassiné l’épouse de Mickey Rooney, Barbara Ann Thomason, avait qui il entretenait une liaison, avant de se suicider dans le lit de l’acteur.

Mais la malédiction autour d’Incubus ne s’arrête pas là : en 1968, la fille d’Eloise Hardt, qui incarnait la « succube supérieure » dans le film, a été enlevée et assassinée. Son meurtrier n’a jamais été identifié, même si des rumeurs courent sur la possibilité qu’elle ait été tuée par des membres de la famille Manson, et ce probablement parce que Sharon Tate et Roman Polanski avaient assisté à la première du film en 1966. Par ailleurs, dans son autobiographie Shatner Rules parue en 2011, William Shatner avait révélé que sur le tournage de Star Trek, quelques mois après avoir terminé Incubus, il avait été menacé par un groupe d’espérantistes radicaux, qui lui avaient déclaré avoir jeté une malédiction sur le film de Leslie Stevens. Avec le recul, cela peut paraitre aussi absurde que le running-gag du mystérieux redneck poursuivant sans cesse les héros de Saturday the 14th (Howard R. Cohen, 1981) en leur criant « You’re DOOMED », mais il ne faut pas sous-estimer le vaudou espéranto.

Par association d’idées, on pourra étendre la malédiction du film aux démêlés judiciaires ayant opposé Wesley Snipes à New Line Cinema et David S. Goyer en 2005, puisqu’un extrait d’Incubus était visible dans Blade : Trinity (2004), ce qui a probablement fait ricocher la malédiction du côté du diurnambule. Néanmoins, on ne peut pas vraiment parler de film maudit pour tout le monde : William Shatner trouverait en 1967 le rôle de sa vie dans la série Star Trek, et le directeur photo du film Conrad L. Hall deviendrait par la suite le lauréat de trois Oscars, pour Butch Cassidy et le Kid, American Beauty et Les Sentiers de la perdition.

Tout ça pour dire que cette pseudo-malédiction a fait une mauvaise publicité à Incubus au moment de sa sortie en 1966. De plus, l’usage de l’espéranto et de l’interdiction de doubler les acteurs ont fait que le film de Leslie Stevens a eu du mal à trouver des distributeurs, sauf en France, où il a immédiatement suscité une grande admiration. Le noir et blanc somptueux, l’évolution narrative lente et la langue étrange parlée par les acteurs ont contribué à donner au film de Leslie Stevens une aura assez prestigieuse, de chef d’œuvre horrifique baigné d’influences européennes diverses, allant de la Hammer Films au cinéma d’Ingmar Bergman.

Et il est vrai que la photo éthérée de Conrad L. Hall apporte au film une beauté onirique qu’il est impossible de nier, et offre au spectateur une poignée d’images qu’il lui sera impossible d’oublier. Il est vrai également que l’atmosphère développée par Leslie Stevens tout au long de l’intrigue d’Incubus est absolument remarquable, et s’avère clairement renforcée par l’utilisation de l’espéranto, une langue aux sonorités étranges et vaguement familières. De plus, l’utilisation de cette langue voulue « universelle » tend à mettre en évidence l’universalité des thèmes abordés par Leslie Stevens, tels que l’éternelle lutte entre le Bien et le Mal, ici conceptualisée de façon assez radicale.

Le « Mal » mis en scène par Incubus est représenté par les succubes, qui prennent l’apparence de jeunes femmes auxquelles aucun homme ne semble être en mesure de résister, et qui semblent maîtriser les éléments, l’eau, la terre, le vent… et même le soleil, par le biais d’une éclipse solaire, qui coupera le personnage incarné par Ann Atmar de son lien avec son frère (William Shatner). Les croyances païennes et la nature occupent ainsi un rôle important dans l’atmosphère du film, au point qu’on puisse presque le rattacher au mouvement du « Folk Horror », aux côtés de La Nuit des maléfices (1971), The Wicker Man (1973) ou, plus récemment, de The VVitch (2015), Errementari (2017), Le Bon Apôtre (2018) ou Midsommar (2019). Ainsi, si Incubus n’appartient pas tout à fait à ce sous-genre, il s’y rattache en partie, de la même façon que des productions européennes telles que Marketa Lazarová (1967), Le Grand inquisiteur (1968), Les Vierges de Satan (1968), Doomwatch (1972), ou même l’australien Pique-nique à Hanging Rock (1975).

Cela dit, le fait qu’il utilise certains codes du Folk Horror signifie également qu’Incubus ne fera pas forcément l’unanimité autour de lui, même au sein de la petite communauté des amateurs de cinéma fantastique. La lenteur de l’évolution narrative, le recours aux symboles, l’atmosphère baignée de paganisme rural sont ainsi autant d’éléments qui pourront rapidement faire « décrocher » les spectateurs les moins ouverts à l’ésotérisme flottant qui baigne tranquillement tout le film de Leslie Stevens. C’est là une des caractéristiques les plus flagrantes des films se réclamant du Folk Horror : soit ils passionnent immédiatement, soit ils provoquent un rejet tout aussi immédiat et radical. Nous, on aime !

Le Blu-ray 4K Ultra HD

[5/5]

La grande majorité des éditeurs français joue la carte de la sécurité, en proposant des films déjà sortis et ayant été restaurés à l’étranger, dans des éditions aux bonus et aux visuels recyclés d’éditions antérieures ou également en provenance d’autres pays du globe : pas Le Chat qui fume. En France, les éditions « Collector », Steelbooks, Digipacks, Médiabooks impliquent le plus souvent de disposer d’un budget conséquent : pas chez Le Chat qui fume. Qu’on se le dise : Le Chat qui fume nous propose aujourd’hui de redécouvrir Incubus dans un sublime Combo Blu-ray + Blu-ray 4K Ultra HD, en Digipack trois volets + Fourreau (avec comme toujours Frédéric Domont à la composition graphique). Mais le plus fort dans cette nouvelle sortie, c’est que le scan 4K du film a été fait pour Le Chat qui fume par le studio Éclair Préservation Vanves, qu’il s’agit pour le moment d’une exclusivité française, et que le tout nous est proposée dans une édition limitée à 1000 exemplaires. Et tout ça pour combien, me demanderez-vous ? Je vous entends déjà vous dire que c’est là encore une édition pour laquelle vous devrez débourser entre 60 et 80 € ? Hé bien non : Incubus est disponible sur le site de l’éditeur pour seulement 28 €. En revanche, hâtez-vous mes bons amis, car d’ici quelques jours, cette édition sera probablement épuisée, et il vous faudra probablement débourser une centaine d’euros pour l’acquérir auprès des spéculateurs du Net.

Côté master, la restauration effectuée par Le Chat qui fume sur Incubus s’avère tout simplement majestueuse : l’image du Blu-ray 4K Ultra HD nous propose un rendu visuel époustouflant, avec une granulation préservée et un niveau de détail absolument inédit, et ce même si le film se déroule souvent dans le noir ou dans l’obscurité – les contrastes et la gestion du noir et blanc ont parfaitement été gérés, c’est magnifique, un bel hommage rendu au travail sur l’image assuré par Leslie Stevens et son chef op’ Conrad L. Hall. Le Blu-ray 4K Ultra HD est par ailleurs proposé en Dolby Vision. Et bien sûr, les possesseurs de l’édition DVD StudioCanal de 2003 (dans la collection « Cinéma de Quartier ») vont inévitablement soulever la question des sous-titres. Les deux seules copies d’Incubus existantes dans le monde sont françaises, et toutes deux ont des sous-titres incrustés dans l’image. La copie retrouvée à la Cinémathèque dans la deuxième moitié des années 90, et qui avait servi au transfert du DVD était en 1.85, avec les sous-titres français parfois situés en plein milieu des visages. La copie retrouvée par Emmanuel Rossi et exploitée par Le Chat qui fume est en open matte 1.37, avec donc plus d’informations en haut et en bas de l’image, ce qui laisse d’ailleurs parfois apparaître les micros dans le champ, puisque le film était censé être projeté en 1.85. Cette nouvelle copie est d’ailleurs une curiosité historique, puisque les sous-titres parfois incrustés sur les micros nous démontrent que le film fut projeté en 1.37 dans les salles françaises. De fait, les sous-titres sont situés bien plus bas dans l’image que sur la précédente copie, et une fois en 1.85, les sous-titres sur une et deux lignes disparaissent totalement. Un léger cache supplémentaire apparaîtra en bas de l’image quand les sous-titres faisaient trois lignes. Ci-dessous, un exemple de capture d’écran comparative, proposée par Le Chat qui fume sur sa page Facebook.

On notera qu’en plus de nous être proposé au format 1.85 et en 4K (Katka), Incubus est également disponible au format 1.37, sur le Blu-ray, avec les sous-titres d’époque. De fait, si vous ne disposez pas encore de Xbox One ou de lecteur 4K pour profiter du grand spectacle proposé par la version Katka du film, la version Blu-ray vous proposera tout de même une alternative pour découvrir le film, au choix en 1.85 ou 1.37 dans un master stable et parfaitement respectueux du grain argentique d’origine. Même constat d’excellence et de fidélité au matériau d’origine du côté de la piste sonore, puisque le film est uniquement présenté en DTS-HD Master Audio 2.0, mono d’origine et espéranto.

Dans la section suppléments, on trouvera une intéressante présentation du film (10 minutes), qui reviendra sur différents aspects d’Incubus, le rattachant brièvement au mouvement du « folk horror » avant de revenir sur l’histoire mouvementée du film et sa réputation de « film maudit ». Pour vous procurer cette édition Blu-ray + Blu-ray 4K Ultra HD d’Incubus, rendez-vous sur le site de l’éditeur !

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