Série TV : Chefs épisode 5 et 6

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CHEFS Episode 1 et 2

Sortez une bonne fois pour toute, vos mains de vos slips. Lavez-les bien proprement. N’omettez surtout pas de frotter entre chaque espace, libérez vos doigts sales de toutes ces impuretés nauséabondes. Frottez comme des chenapans et installez-vous devant votre petit écran. Ne vociférez pas moult jérémiades frisant la barbarie de bas étage. Celles-ci sont inexorablement vaines face à ce que Calt Production a décidé de faire en collaboration avec Marion Festraëts et Arnaud Malherbe. Et oui, « Chefs » ferme ses portes sur la saison Number One de notre bonne petite série terroir lancée par notre bonne petite chaîne terroir, France 2. « A2, A2…passionnément ! »

Allez, faisons encore un point sur la situation…

Si vous n’avez pas suivi le début des hostilités, il est de mise que vous soyez attentifs devant ces quelques lignes que je m’apprête à vous délivrer afin que nous soyons enfin en phase face à cette œuvre sérielle. Nous nous étions quittés sur plusieurs faits d’arme capitaux, nous laissant sur une fin très prononcée. Romain (Hugo Becker) notre chouchou renfermé, traverse Paris en long, en large et en travers, perdu dans ses pensées et ses problématiques. Cette compétition personnelle qu’il semble mener contre lui-même, tellement il marche ce brave gentilhomme, souligne avec logique le marathon qu’il mène péniblement pour devenir quelqu’un. L’ex-taulard qu’il était, on le sentait gros comme une maison, a du talent, du goût pour les mets culinaires et la série ne déroge nullement à cette prévisibilité. Nous avons précédemment appris qu’il était le fils de Clovis Cornillac, alias le Chef dans la série. Papounet a du cœur malgré cette froideur envahissante mais attachante qui le caractérise. Il le forme, lui apprend les trucs et astuces (version accélérée évidemment) très pratiques dans le monde de l’excellence gastronomique. Deux coups de cuillérées à pot, et le voilà promu, catapulté espoir national, que dis-je, international, que dis-je, galactique, de la cuisine ! Faut dire une chose, il est parti avec un sérieux avantage, le bougre : il a vu sa maman cuisiner quand il avait l’âge de jouer aux billes. Sincèrement, on ne peut lutter contre cet argument de choc, car j’ai l’intime conviction que personne sur cette planète n’a regardé son entourage familial tenter de sortir quoique ce soit de bon de la casserole un dimanche midi. Moi je dis… s’il est tellement bon le Romain, pourquoi n-a-t-il pas mit la main à la patte et aidé sa chère môman, ne serait-ce que pour égoutter les pâtes dans la passoire ? L’inné, messieurs dames, l’inné ! C’est la seule raison céleste qui me bondi sauvagement au visage. Bref ! Grâce à Romain le petit chef, et à son apport divin, les cuisines du « Le Paris » remportent le droit de puiser dans le panier à légumes de Matsumoto, le seul et l’unique Maître Maraîcher. Et Cloclo dans tout ça ? Notre bellâtre à la barbe poivre et sel connaît une déconfiture toute palpable. Il n’a plus de goût. Tabasco…pas de goût, Chablis…pas de goût, andouillettes…pas de goût ! Le vide sidéral l’empare et le fait douter de son talent, de sa structure, de son relief, de sa classe. L’ignominie de cette situation est adoucie par son idylle naissante avec Delphine (Anne Charrier), femme forte, femme fatale, femme « working girl ». Je me languis de savoir ce que va nous réserver la suite de la série !

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Attention les vélos, le duel de bonhomme n’attend que son verdict !

Une fois le générique à la « Tintin et Milou » passé (je vous prie de bien vouloir faire preuve de tolérance à mon égard…si vous l’entendez, vous comprendrez), les portes des cuisines s’ouvrent sur un duel sans merci entre deux des personnages importants de la série à savoir Yann (Nicolas Gob) et Romain. Yann travaille dans les cuisines du restaurant depuis onze ans. Il est devenu le second de Clovis Cornillac à force de travail et d’abnégation. Tout comme Romain, c’est un ancien prisonnier. Disons qu’il n’a pas sabré le champagne quand Romain est arrivé dans la brigade. La tension entre nos deux gaillards est montée crescendo allant jusqu’à l’empoignade et au passage à tabac. Les deux hommes ont une chose en commun : une attirance certaine pour Charlène (Joyce Bibring), la seule femme de la brigade qui jongle entre son travail lui pompant visiblement une énergie toute particulière, son gosse qui pleurniche à foison, son célibat, et ses deux prétendants. On sent qu’elle a une charnelle préférence pour notre petit Romain national. Rajoutons à cela, la préférence du Chef à vouloir faire en sorte que notre génie de la cuisine se sente dans ses petits souliers. Il faut se l’avouer, Yann sent le vent tourner en sa défaveur et n’avoir plus que le titre de second, lui collant parfaitement à son personnage. Que feriez-vous dans cette situation ? Moi je pense, que placer quelques bâtons dans les roues de son rival permettrait d’assurer à Yann une sérénité toute retrouvée. Eh bien, ni une ni deux, il provoque Romain en duel en tout bien tout honneur. Gentes dames, gents damoiseaux ! Oyez la nouvelle avec courroux ! Le théâtre de cette confrontation opposant Romain à Yann verra le vaincu se faire éjecter de son antre. Le règlement de compte culinaire entre les deux hommes prendra fin à l’issue de cette rencontre éliminatoire chère à nos télé-réalités. Une recette terroir, un arbitre terroir chauffeur de taxi fin gastronome, un poème terroir de Rimbaud et voilà nos deux belligérants au coude à coude ! Malheur au vaincu ! Faites sonner le gong ! Ça va trancher du jambon dans tous les sens !

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Et l’équilibre dans tout ça… ?

Clovis Cornillac, dépourvu de goût, enquille bouteilles et clopes pour combler sa carence gustative. Mais dis donc, ce Chef a des organes vitaux en béton armé avec tout ce qu’il ingère ! Ce qui m’estomaque dans cette série, c’est la faculté qu’ont les personnages à tirer sur leurs cigarettes et à descendre les bouteilles d’alcool comme du petit lait. Le placement de produit tient une place réellement prépondérante au fil des épisodes. France 2 nous a bien prévenus. On peut alors se questionner sur cet omniprésent antagonisme entre le monde aseptisé de la restauration et l’anéantissement à petit feu du goût par les effets de l’alcool et du tabac. L’équilibre ici est à revoir, mais plus qu’une série centrée sur la cuisine, elle souligne avec splendeur le caractère cruel et corrompu de nos personnages. L’équilibre semble se stabiliser ici, si on s’en tient à la profondeur de l’équipe du restaurant « Le Paris ». Delphine (Anne Charrier) toujours aussi castratrice et froide dans la peau de la directrice d’établissement arrive à s‘équilibrer, elle aussi au contact du Chef, Clovis Cornillac. Leur idylle donne un twist plaisant à la série sans y apporter l’effet chimique de la guimauve. La surprise du chef c’est Anne Charrier, la surprise de « Chefs ». Le rôle qu’elle a joué dans « Maison Close » laisse une trace impérissable dans nos souvenirs si on l’additionne à celui de Delphine. Délaissant le restaurant, les deux tourtereaux s’adonnent au jeu du « fuis moi je te suis, suis moi je te fuis » à la campagne chez les parents adoptifs de notre bon vieux chef. En parallèle à cela, on sent aussi que la balance semble s’équilibrer entre lui et son fils, entre l’élève et le maître. Le prévisible reprend ses droits, et il est à parier quelques cacahuètes que nous n’en resterons pas là…Est-ce que l’élève va dépasser le maître ? Telle est la question vitale de fin de saison que nous devrons, sans hésitation, nous poser.

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Chefs – Episodes 5 et 6 – Ma conclusion

On assiste à une diminution de rythme. Les épisodes 2 et 4 de la série étaient réellement bons. Continuer à être au top n’est pas chose aisée dans ce monde hautement ingrat de la télévision. Avoir un regard objectif et rendre un verdict positif ne sont pas de toute évidence, mais elles augurent de plus ou moins bons présages pour la suite des événements. Dans l’ensemble, cette série occupe une place correcte dans le paysage audiovisuel. On aspire à un vent neuf, et ce vent neuf est apporté par « Chefs ». Clovis Cornillac, Hugo Becker et Anne Charrier sont des personnages primordiaux et crédibles. Ils portent tant bien que mal cette instable série prête à exploser si sa crédibilité tend trop à déborder et à outrepasser les limites du rationnel. Ce qu’on aime, ce sont tous ces rebondissements parfois loufoques. Ce qui nous exaspère, c’est cette ambiance feutrée, noircie par les fumées de ces plats qu’on a laissé trop longtemps sur le feu, et étouffée par une bande son à en faire des « nœuds de huit ». En résumé, nous attendons d’un bon restaurant qu’il renouvelle judicieusement sa carte afin que fidélité se fasse. Attendons alors que la saison deux nous livre son verdict pour en faire de même… Vous pouvez éteindre la télévision !

 

 

 

 

 

 

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