Critique : Respire

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Joséphine Japy et Lou de Laâge dans Respire

respire afficheRespire

France, 2014
Titre original : –
Réalisateur : Mélanie Laurent
Scénario : Mélanie Laurent, Julien Lambroschini, d’après l’oeuvre de Anne-Sophie Brasme
Acteurs : Joséphine Japy, Lou de Laâge, Isabelle Carré
Distribution : Gaumont Distribution
Durée : 1h32
Genre : Drame
Date de sortie : 12 novembre 2014

Note : 4/5

Deuxième long-métrage de la comédienne Mélanie Laurent, Respire a été très bien reçu lors de sa présentation à la Semaine de la Critique lors du dernier Festival de Cannes. Était-ce mérité ?

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Synopsis : L’année du bac, Charlie, 17 ans, vit plutôt sereinement son adolescence avec ses copains et ses copines jusqu’à l’arrivée de la charismatique Sarah. Elles deviennent instantanément inséparables et Charlie s’éloigne de ses proches sous son influence grandissante. Lorsque Charlie découvre un secret sur sa nouvelle meilleure amie, la réplique est violente.

Lou de Laâge
Lou de Laâge

Une perverse narcissique

Comédienne révélée par Je vais bien, ne t’en fais pas et dont la renommée est devenue internationale grâce à Quentin Tarantino et ses Inglourious Basterds, Mélanie Laurent était passée à la réalisation avec Les Adoptés (notre critique et notre interview pour ce film, signés Franck Bortelle). En adaptant le roman d’Anne-Sophie Brasme, elle signe une œuvre d’une grande force sur une relation qu’elle décrit comme un cas de perversion narcissique. Mythomane et séductrice, Sarah pourrait être une héroïne de film noir tant elle est capable de manipuler son auditoire à ses fins mais aussi de s’aliéner rapidement ceux qui se méfient d’elle. Elle est une arme de destruction massive qui peut être aisément identifiée comme tel, capable d’un harcèlement étouffant mais qui sait aussi devenir un aimant social mais surtout pour un esprit fragile en quête d’admiration. Lou De Laâge est parfaite en monstre d’égoïsme qui ne se voit pas comme tel et affiche une assurance qui ne s’embarrasse de rien, ne pensant qu’à s’éloigner de ses tristes origines.

Joséphine Japy
Joséphine Japy

Je me suis laissée faire

Charlie est un personnage plus original (sans minimiser la complexité de Sarah), celle qui se laisse envoûter dans ce que l’on pourrait interpréter comme une passion amoureuse adolescente mais qui est bien plus finement esquissé que cela. Elle est comme sous l’emprise d’un gourou de secte, se laisse emporter par l’assurance assumée de cette fille entraînante. Le nouvel entourage de Sarah est certes sous le charme mais pas avec la même intensité que Charlie. Leur amitié exclusive devient malsaine jusqu’à la naissance de l’éloignement à la faveur d’un week-end avec la famille de Charlie. Petit à petit, elle se retrouve à la marge, se laisse écraser dans le seul but de redevenir son ‘amie’ préférée et perd le sens des réalités.

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Ses proches se rendent compte du malaise, sont parfois des témoins très proches de cette relation aussi toxique qu’un poison et complexe à observer, entre amour et haine, entre attirance et rejet qui alternent au gré de l’évolution du scénario. Mais ni son amie d’enfance Victoire (Roxanne Duran, vue dans Le Ruban Blanc de Michael Haneke) ni sa mère (Isabelle Carré magnifique de discrétion présente) ni sa tante perspicace (Claire Keim, rare au cinéma et qui s’impose en quelques minutes de présence où elle minimise en vain la force de séduction de Sarah) ne pourront stopper la marche inéluctable vers la tragédie. Asthmatique, Charlie étouffe quand elle voudrait reprendre son souffle et la crise est autant physique que psychologique. Le travail sur le son accentue son isolement en elle-même et avec les autres.

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Un drame psychologique et physique

Mélanie Laurent signe une captation forte et juste des sentiments exacerbés de l’adolescence, les niveaux de trouble sans répit ni repos avec un soin apporté au son et à la musique qui soulignent avec efficacité le désarroi mental et physique de la victime interprétée avec un art du trouble magnifique par Joséphine Japy qui n’élude rien de sa torpeur sans en exagérer sa prestation. On imagine aisément sa dépendance mais aussi son éventuelle capacité à en sortir. L’intensité de ce très grand drame psychologique dépend pour beaucoup de son jeu physique et de sa capacité à exprimer un trouble ambigu avec sa partenaire Lou De Laâge.

Film Respire

Un film étouffant qui signe que l’école est finie pour ses protagonistes et aucun ne sera réellement épargné, jusqu’au cri final d’une mère qui glace le sang pour l’une des fins les plus marquantes au cinéma de l’année car elle laissera des traces dans l’univers dépeint et d’autant plus troublante car elle est tristement crédible dans son ressenti et son aspect documentaire sur le harcèlement scolaire rarement évoqué avec une telle justesse.

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Résumé

Respire est une œuvre d’une cinéaste aboutie qui s’est passionnée pour son sujet (la moindre des choses certes mais hélas il existe des contre-exemples) qui grâce à l’intensité de sa mise en scène, de son écriture et de sa distribution vous empêche de respirer, vous assomme, vous entraîne dans la dépendance d’une jeune fille à une autre, entre attraction et rejet dans cette tragédie sans concession.

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