Interview de Mélanie Laurent pour la sortie de son premier film : Les adoptés

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Interview de Mélanie Laurent pour la sortie de son premier film : Les adoptés
Interview de Mélanie Laurent pour la sortie de son premier film : Les adoptés
© Franck Bortelle

« Je ne m’étais jamais sentie autant à ma place »

La jeune réalisatrice était présente le 15 novembre au Gaumont Parnasse pour répondre aux questions du public. Elles ont fusé. Extraits d’un « entretien » entre une jeune femme posée et un auditoire conquis…

 

Comment est né ce projet ?

D’une volonté de traiter un sujet qui fasse intervenir la famille. L’éducation aussi. C’est un film qui m’a pris cinq ans à mener à bout.

 

Il y a des choses qui étaient très présentes dans votre esprit bien avant le tournage ?

Oui, bien sûr. Des plans notamment. Je pense en particulier à ce plan du petit garçon dans sa chambre tapissée de dinosaures. Je voulais que tous ces monstres soient à la fois effrayants pour des adultes et rassurants pour un gamin de 4 ans et demi. Je précise que ce papier peint n’existe pas : il a été créé spécialement pour le film (rires dans la salle)

 

D’un point de vue technique, comment avez-vous abordé votre travail de metteur en scène ?

J’avais envie qu’on croie en cette histoire et, pour ce faire, j’ai utilisé tous les champs possibles qu’offre la technique : les profondeurs de champs, les flous. Je ne voulais pas du tout faire un film réaliste. C’est une approche plutôt littéraire qui m’intéressait.

 

Des cinéastes vous ont inspiré ?

Pas vraiment. Je ne suis pas cinéphile. Je vois des films bien sûr, mais j’ai tendance à aimer revoir les choses que j’ai adorées. J’ai du voir « Boogie nights » de Paul-Thomas Anderson plus de 40 fois. Idem avec « Amours Chiennes » d’Inárritu. Et, comme vous pouvez le remarquer, il n’y a pas vraiment de ces films dans le mien (rires dans la salle).

 

Quelles sont les phases de ce projet que vous avez préférées ?

Toutes ! Au départ on m’a conseillé de ne pas me lancer là-dedans. « Ne fais pas un premier film ». Or j’ai adoré travailler avec tant de gens différents. J’ai adoré l’écriture car nous étions trois à écrire chacune nos séquences avant de les confronter. Puis il y a eu les coupes. Même ça c’était exaltant. Et la préparation, la recherche des lieux. Puis le montage. Toutes ces phases, on m’avait dit que ce serait l’horreur. Ben non…

 

Vous avez pu faire ce que vous vouliez ?

Budgétairement, nous étions dans un relatif confort mais il y a bien eu des choses pour lesquelles j’ai du renoncer. Par exemple, quand on entend la voix d’Audrey Hepburn. La voix coûtait moins cher que de montrer un extrait du film « Charade ». Donc on s’est contenté de mettre juste sa voix. Idem pour des plans que j’avais prévus avec des grues. Du coup, ça apporte un peu de mystère au film. Ce n’est pas plus mal…

 

Et le tournage s’est passé comment ?

Le premier jour, un peu cata. J’avais l’impression de tout avoir loupé. Puis les choses se sont mises en place. Ce n’était pas évident car j’entretiens d’excellents rapports avec les comédiens depuis longtemps, en particulier Denis. Mais dès que je me suis affirmée, j’ai vraiment eu l’impression pour la première fois de ma vie d’être vraiment à ma place.

 

Le plus dur finalement dans cette aventure ?

C’est d’attendre ce p…. de 23 novembre !!! (rires dans la salle)

 

Des éléments biographiques sont-ils inclus dans votre film, en particulier le drame qui surgit à la moitié ?

Non, je n’ai pas vécu ce genre de drame. Je pense vraiment que si j’avais connu ce genre de chose, je n’aurais pas été en mesure d’en faire un film. Il faut du décalage, je pense… Mais il y a bien sûr quelques éléments personnels. Par exemple, Marie Denarnaud m’a dit qu’elle aurait adoré être libraire si elle n’avait pas été comédienne. D’où le choix d’en faire une libraire dans le film…

 

Se diriger est un problème ?

J’ai été très cool avec la comédienne (rires dans la salle). J’avais une doublure lumière. Mais il est vrai que ce n’est pas évident au début. En plus c’est très fatigant. Je ne suis pas sûr que je le referai mais je pense toutefois que j’aurais été frustrée de ne pas vivre certaines scènes du film (en particulier le fou rire avec Denis et le bisou avec le gamin quand on a du chocolat plein la figure…)

 

Votre personnage est violoniste : c’est un clin d’œil à l’un de vos précédents films, « Le Concert » ?

Oui, bien sûr. Au départ, l’idée était qu’elle soit guitariste au milieu des violons. Puis j’ai tourné « Le Concert » et c’est ainsi que j’ai pu avoir pour la scène dans l’atelier, la participation de la concertiste du film.

 

C’était gonflé de prendre des comédiens qui ne soient pas des têtes d’affiche…

C’était eux que je voulais. Marie, j’espère vraiment qu’on la reverra dans un rôle différent de ceux qu’on lui a proposés jusqu’à présent. Denis, c’est mon meilleur pote. D’ailleurs sur le tournage, ce n’était pas toujours évident à gérer. J’ai du être à la fois patronne et maman. Encore plus avec le gamin. Il joue avec une aisance incroyable. Ca lui plaisait, il faisait ça instinctivement. Mais il fallait le cadrer, lui expliquer certaines choses. Un jour il a mal parlé à une costumière. Là, je suis intervenue. Il a vite compris…

 

Le film est très écrit : tout ce qui était dans le scénario est à l’écran ?

Oh non ! Il y a beaucoup de plans improvisés qui sont présents dans le film et des choses très écrites qu’on a fini par couper. Des plans incroyables qu’on a tournés parce qu’à un moment donné, les choses se sont présentées comme ça. Un lever de brume sur la ville de Lyon : j’ai tourné la caméra, j’ai fait tomber un filtre qui s’est brisé en mille morceaux. On l’a remis sur la caméra et on a tourné comme ça. Ca donne un truc très étrange à l’écran mais ça me plaît. Idem avec un rayon de soleil. La caméra était posée sur un lit. Avec la poussière, ça faisait un truc qui me plaisait. Du coup, on a pris les manteaux des machinos, on les a secoués dans le rai de lumière et on a tourné. Et c’est aussi grâce à ce genre d’improvisations que je n’ai pas fait un « film comme », vu tous les metteurs en scène avec lesquels j’ai tourné. Mais surtout ça m’a permis de me sentir vraiment libre…

Lire la critique du film Les Adoptés

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