Cap Farewell

Belgique, Canada, Pays-Bas, 2026
Titre original : –
Réalisatrice : Vanja d’Alcantara
Scénario : Vanja d’Alcantara, Roel Mondelaers, Agnès Caffin et Stéphane Cabel
Acteurs : Noée Abita, Matteo Simoni, Pascale Bussières et Olivier Gourmet
Distribution : Destiny Films
Genre : Drame
Durée : 1h49
Date de sortie : 22 juillet 2026
3/5
Voyager dans sa tête en énumérant les noms de lieux lointains qui la font rêver : c’est ainsi que l’héroïne de Cap Farewell fait face à son existence plus terre-à-terre. Et même carrément précaire, puisque cette jeune femme, à peine sortie de prison, doit batailler dur afin de reprendre pied dans l’environnement de sa vie d’avant qui ne lui veut aucun bien. À partir de cette prémisse pas du tout originale, la réalisatrice belge Vanja d’Alcantara réussit néanmoins à faire de son troisième long-métrage une œuvre aux personnages forts. Car ce sont eux qui conduisent le récit à bon port, après un léger essoufflement du rythme au cours de la dernière demi-heure, suivi d’une précipitation finale des événements, elle non plus parfaitement maîtrisée.
Qu’à cela ne tienne, Noée Abita y trouve un nouveau beau rôle de femme, tiraillée entre les bêtises de sa jeunesse pour lesquelles elle a dû croupir de nombreuses années derrière les barreaux et le désir profond d’assumer enfin la garde de sa fille. Plus tout à fait une gamine irresponsable, mais pas encore une mère à part entière, l’actrice, découverte il y a neuf ans déjà dans Ava de Léa Mysius, a de quoi nous y subjuguer par sa candeur de petite rebelle sur le point de se repentir de ses erreurs. Sa marche vers la maturité devra franchir de nombreux obstacles.
De l’ordre de l’hostilité de la part de son entourage, sa propre mère et son copain compris. Ainsi que par la faute du fil dramatique qui a trop souvent tendance à privilégier les clichés associés au combat de réinsertion sociale perdu d’avance de l’ex-taularde, au lieu de conférer de vrais traits singuliers à cette femme entièrement consciente qu’elle fait fausse route, mais qui y va quand même.

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Synopsis : Après un vol ayant mal tourné sur les docks, Toni doit purger une peine de prison. À sa sortie en liberté conditionnelle, elle est engagée comme serveuse dans le restaurant de son oncle Frank. En attendant de trouver mieux, son objectif principal est de renouer le lien avec sa fille Anna, élevée par sa grand-mère Betty pendant son absence. Son amour de jeunesse et le père de sa fille, Max, souhaite, lui aussi, créer enfin ensemble un foyer familial. Sauf qu’il continue de mener des affaires louches du côté des docks, auxquelles il mêle également Toni.

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Adieu, casseroles du passé
Le premier bon point à mettre sur le compte de Cap Farewell, c’est qu’il ne s’attarde pas outre mesure sur les frasques que Toni a dû commettre avant que le récit ne commence. Évacués en quelques plans à peine au tout début du film, d’abord à travers le lieu d’évasion par excellence qu’est le phare isolé et abandonné, puis en adoptant le point de vue froidement objectif des caméras de surveillance pour résumer son crime, ces faits ne sont pas là pour dresser le portrait exhaustif d’une perdante née.
En effet, à l’image de l’interprétation joliment imprévisible de Noée Abita, son personnage ne cesse jamais d’évoluer au cours du récit. Rarement de manière poussive, par exemple quand elle devient à la dernière minute le cerveau omniscient capable de tirer les ficelles du jeu truqué entre les représentants de la loi et ceux de la pègre. Bien plus souvent en faisant preuve du genre d’ingéniosité, qui risque à tout moment d’être rattrapé par un retour aux sources du comportement autodestructeur.
Celui qui incarne cette option de vie à éviter à tout prix est Matteo Simoni dans le rôle de Max. Alors que c’est lui qui a profité le premier – et en fin de compte le seul – de l’incarcération de son amour de jeunesse, il est nullement prêt à changer de vie, afin de faire de ses rêves d’un foyer ordinaire une réalité. Tout ce qu’il fait ramène Toni vers cette existence toxique qui lui avait si mal réussi jusque là. Pourtant, elle lui reste fidèle jusqu’à un certain point. Pour protéger sa fille de la perte potentielle de son père et, aussi, en réplique à ses agissements antérieurs dont la raison d’être n’était rien d’autre que l’opposition frontale avec sa mère.
Bref, sur le papier, ce pauvre Max aurait aisément pu se limiter au stéréotype de la petite frappe, trop mesquine et gourmande pour s’extraire un jour de son milieu, où prévaut la loi violente du plus fort. Qu’il dépasse ce stade réducteur, on le doit à la finesse à la fois de la mise en scène de Vanja d’Alcantara et du jeu de Matteo Simoni.

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Cap sur l’avenir
Après avoir esquissé rapidement ce que le personnage principal de Cap Farewell fuit, que peut-on dire sur les étapes chaotiques vers une vie supposément meilleure ? Que l’approche de la réalisatrice en est sensiblement plus nuancée, ce qui n’était pas gagné d’avance. Ainsi, la tension permanente entre Toni et sa mère – Pascale Bussières sidérante de justesse dans l’emploi de la figure d’autorité qui ne sait plus comment parler à sa fille – souligne à quel point l’horizon de solutions saines et acceptables pour tout le monde est réduit dans le contexte d’une sortie de prison vécue par certains comme une malédiction.
On y retrouve un thème central du film : l’occupation féroce du terrain, celui de l’autorité parentale ou bien celui de la relation amoureuse. Et tant pis pour celui ou celle qui cède sa place, de gré ou de force, le temps d’une escapade en bord de mer ou d’un séjour à l’hôpital !
Eux, ils restent plutôt discrets à l’arrière-plan, en guise de seconds rôles nécessaires mais qui bénéficient surtout du talent de leurs comédiens respectifs pour exister de manière autonome. Le rôle du parrain local ne fera certes pas date dans l’illustre filmographie d’Olivier Gourmet, contrairement à son tour de force dans son film précédent La Guerre des prix de Anthony Dechaux. Il n’empêche qu’il suffit de quelques regards menaçants, voire aux intentions plus ambiguës, pour que Gourmet confère une dimension inquiétante à son personnage.
La vocation du rôle de Myriem Akheddiou, la nouvelle valeur sûre du cinéma belge, est infiniment plus positive. En deux, trois séquences, guère plus, sa collègue devenue amie démontre sans forcer le trait qu’il est possible de s’en sortir. De préférence en ayant recours à la plus redoutable des armes pour contrer la malveillance patriarcale : la solidarité féminine.

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Conclusion
Sans payer de mine à première vue, le troisième long-métrage de la réalisatrice Vanja d’Alcantara s’avère finalement des plus solides. Bien sûr, vous y chercherez en vain le moindre trait d’originalité en termes de revirements scénaristiques et autres prémisses déjà vues des dizaines de fois au cinéma. Néanmoins, Cap Farewell vit au gré de la vigueur de ses personnages. Ceux-ci sont presque tous habités par une sincérité et une lucidité par rapport au traquenard les empêchant d’avancer, qui relativisent d’emblée les quelques réserves qu’on a pu avoir sur la qualité de l’intrigue. Avec en prime deux interprétations hautement convaincantes, la fille Noée Abita et la mère Pascale Bussières. Elles cristallisent à merveille la grosse difficulté à communiquer ouvertement et de façon constructive entre générations.















