
Surtout, n’y voyez aucune préméditation de notre part de consacrer déjà un deuxième article cette semaine au cinéma de nos ancêtres. C’est l’actualité inhabituellement chargée du cinéma allemand qui veut cela, alors que le prochain festival à lui être dédié à Paris n’aura lieu que dans sept semaines, du 7 au 11 octobre. En attendant, la salle mythique du Quartier latin le Nouvel Odéon vous a préparé une très belle rétrospective en douze films, en guise d’introduction aux chefs-d’œuvre de la cinématographie germanique. Pendant trois semaines, jusqu’au mardi 8 septembre, ces œuvres majeures seront projetées à raison de six à huit séances par film sur la durée du cycle. De quoi vous faire une belle culture de cinéphile germanisant, de surcroît à moindres frais, puisque la salle exploitée par le distributeur Haut et court a de nouveau le droit, depuis début juillet, d’accepter la carte UGC Illimité !
Les heures de gloire du cinéma allemand se résument-elles réellement à deux périodes bien distinctes : le muet et le début du parlant jusqu’à la prise de pouvoir par Hitler en janvier 1933 d’un côté, puis le Nouveau Cinéma allemand à partir du milieu des années ‘60 et ses timides répliques jusqu’à nos jours de l’autre ? Hélas, nous sommes contraints d’admettre que les programmateurs du Nouvel Odéon ont vu tout à fait juste en agençant exclusivement leur rétrospective autour de ces deux axes. Car entre ces deux décennies fastes, il n’y a essentiellement eu que de la propagande nazie et du divertissement poussiéreux d’évasion. Puis, la plupart des piliers du Neuer Deutscher Film ont beau encore tourner des films remarquables jusqu’à aujourd’hui – bravo à Werner Herzog, Wim Wenders et Volker Schlöndorff, tous âgés d’au moins 81 ans à présent ! –, la relève ne s’est jamais vraiment mise en place.
Néanmoins, il serait impardonnable de bouder son plaisir face à un tel retour en arrière nostalgique, au nombre de films plutôt abordable. Et globalement représentatifs de ce qui se faisait de mieux dans les immenses studios de l’UFA du temps du muet, quand des cinéastes de légende comme Fritz Lang, Georg Wilhelm Pabst et Josef von Sternberg impressionnaient le public du monde entier avec leurs œuvres finalement intemporelles. Dommage seulement que l’autre maître, Friedrich Wilhelm Murnau, n’ait pas trouvé sa place dans ce cycle sinon exemplaire !
Parmi les films plus récents, la sélection forcément parcimonieuse nous paraît de même pertinente, même si nous craignons que l’Europa Europa de Agnieszka Holland nous laisse une fois de plus sur notre faim. Au moins, il mérite sa place ici, grâce à l’imbroglio soulevé à l’époque par rapport à sa campagne pour l’Oscar du Meilleur Film étranger, ainsi que pour être le seul film d’une réalisatrice. Peu importe qu’elle soit d’origine polonaise et qu’elle ait réalisé des films infiniment plus engageants depuis …

Avant l’avènement du nazisme (1920-1931)
Le Cabinet du docteur Caligari (1920) de Robert Wiene, avec Werner Krauss et Conrad Veidt [muet]
Metropolis (1927) de Fritz Lang, avec Brigitte Helm et Alfred Abel [muet]
Loulou (1929) de Georg Wilhelm Pabst, avec Louise Brooks et Fritz Kortner [muet]
L’Ange bleu (1930) de Josef von Sternberg, avec Emil Jannings et Marlene Dietrich
M le maudit (1931) de Fritz Lang, avec Peter Lorre et Otto Wernicke

Le Nouveau Cinéma allemand et au-delà (1966-1990)
Les Désarrois de l’élève Törless (1966) de Volker Schlöndorff, avec Mathieu Carrière et Marian Seidowsky
Aguirre La Colère de dieu (1972) de Werner Herzog, avec Klaus Kinski et Ruy Guerra
Alice dans les villes (1974) de Wim Wenders, avec Rüdiger Vogler et Yella Rottländer
L’Ami américain (1977) de Wim Wenders, avec Dennis Hopper et Bruno Ganz
Le Mariage de Maria Braun (1979) de Rainer Werner Fassbinder, avec Hanna Schygulla et Klaus Löwitsch – Ours d’argent de la Meilleure actrice à Hanna Schygulla au Festival de Berlin en 1979
Le Tambour (1979) de Volker Schlöndorff, avec David Bennent et Mario Adorf – Palme d’or au Festival de Cannes en 1979, Oscar du Meilleur Film étranger en 1980
Europa Europa (1990) de Agnieszka Holland, avec Marco Hofschneider et Julie Delpy
















