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Décès du producteur Jeremy Thomas

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Furyo © 1983 National Film Trustee Company / Antares-Nova / Recorded Picture Company / Oshima Porductions / Hanway Films / Carlotta Films
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Le producteur anglais Jeremy Thomas est décédé le 11 septembre dans l’Oxfordshire des suites d’un cancer. Il était âgé de 77 ans. L’un des plus importants producteurs indépendants du cinéma mondial, Thomas avait été à l’origine d’œuvres majeures comme Furyo de Nagisa Oshima, Le Dernier empereur de Bernardo Bertolucci, Le Festin nu et Crash de David Cronenberg, Only Lovers Left Alive de Jim Jarmusch, Dogman de Matteo Garrone et Eo de Jerzy Skolimowski.

Au cours de son illustre carrière longue d’un demi-siècle, depuis 1976 jusqu’à cette année-ci, il avait collaboré avec de nombreux cinéastes de prestige, tels que Nicolas Roeg, Stephen Frears, Volker Schlöndorff, Jonathan Glazer, Amos Gitai, Wim Wenders, Terry Gilliam, Richard Linklater, Takashi Miike et Werner Herzog.

The Hit © 1984 Recorded Picture Company / Zenith Entertainment / Hanway Films / Mary-X Distribution Tous droits réservés

Né dans une famille d’ores et déjà étroitement liée au cinéma britannique, puisque son père Ralph Thomas avait réalisé la série populaire des comédies Docteur avec Dirk Bogarde et que son oncle Gerald Thomas était le réalisateur de l’ensemble des trente parodies hautement populaires outre-Manche Carry On, Jeremy Thomas s’était d’abord essayé en tant qu’assistant au montage. Ainsi, pendant la première moitié des années 1970, il avait été actif en cette capacité au service des réalisateurs Ken Loach (Family Life), Perry Henzell (Tout tout de suite) et Gordon Hessler (Le Voyage fantastique de Sinbad).

En 1976, Thomas avait produit son premier film en Australie, Mad Dog Morgan de Philippe Mora avec Dennis Hopper, avant de fonder deux ans plus tard sa maison de production Recorded Picture Company, à l’occasion du tournage de Le Cri du sorcier de Jerzy Skolimowski, Grand Prix au Festival de Cannes en 1978.

Pendant les dix années suivantes, Jeremy Thomas avait d’emblée fait preuve d’un goût pour des sujets à l’éclectisme peu consensuel et d’une fidélité envers des cinéastes prêts à prendre des risques. En témoignent des films tels que La Grande escroquerie du Rock’n Roll de Julien Temple, Enquête sur une passion, Eureka et Une nuit de réflexion de Nicolas Roeg, Furyo de Nagisa Oshima et The Hit de Stephen Frears.

Le Festin nu © 1991 Brian Hamill / Recorded Picture Company / Téléfilm Canada / Hanway Films / Metropolitan Filmexport Tous droits réservés

Puis vint la production gigantesque de Le Dernier empereur, l’épopée historique de Bernardo Bertolucci tournée dans la Cité interdite qui allait remporter entre autres récompenses l’Oscar du Meilleur Film et le César du Meilleur Film étranger en 1988. Pourtant, après ce sacre international, Jeremy Thomas allait rester fidèle à son mode opératoire hors des sentiers battus.

Jusqu’à la fin du siècle, il allait par conséquent financer les films de réalisateurs aussi visionnaires que Karel Reisz (Chacun sa chance), Peter Medak (L’Âge de vivre), David Cronenberg (Le Festin nu et Crash – Prix spécial du jury au Festival de Cannes en 1996), Volker Schlöndorff (Le Roi des aulnes), Bob Rafelson (Blood and Wine), Johnny Depp (The Brave) et Nagisa Oshima (Tabou).

À cette époque, il avait également réalisé son seul long-métrage, All the Little Animals avec John Hurt et Christian Bale, sélectionné au Festival de Cannes à Un certain regard en 1998. Toutefois, son partenariat artistique le plus durable était celui qu’il entretenait alors avec Bernardo Bertolucci, rythmé de quatre films supplémentaires entre 1990 et 2003. Il s’agit de Un thé au Sahara avec Debra Winger et John Malkovich, Little Buddha avec Keanu Reeves, Beauté volée avec Jeremy Irons et Liv Tyler, ainsi que Innocents The Dreamers avec Michael Pitt et Eva Green.

Little Buddha © 1993 Recorded Picture Company / CiBy 2000 / Sahara Company / Rimini Éditions Tous droits réservés

Au cours des dix premières années du nouveau millénaire, Jeremy Thomas allait rester aussi prolifique et à l’affût de nouveaux talents. Citons comme preuves les sorties remarquées de Sexy Beast le premier long-métrage de Jonathan Glazer, Le Chemin de la liberté de Phillip Noyce, Young Adam de David Mackenzie, Terre promise de Amos Gitai, Don’t Come Knocking et Palermo Shooting de Wim Wenders, Tideland de Terry Gilliam, Glastonbury de Julien Temple, Fast Food Nation de Richard Linklater et Création de Jon Amiel.

De même pour les années 2010, au cours desquelles Jeremy Thomas allait retrouver les têtes et les styles familiers de Jerzy Skolimowski (Essential Killing – Prix spécial du jury au Festival de Venise en 2010 – et 11 minutes), Wim Wenders (Pina et Every Thing Will Be Fine), David Cronenberg (A Dangerous Method) et Terry Gilliam (L’Homme qui tua Don Quichotte). Tout en rencontrant ses nouveaux collaborateurs plutôt réguliers Takashi Miike (13 Assassins, Hara-kiri Mort d’un samouraï, Blade of the Immortal et First Love Le Dernier Yakuza), Jim Jarmusch (Only Lovers Left Alive), Matteo Garrone (Tale of Tales Le Conte des contes, Dogman et Pinocchio) et Ben Wheatley (High-Rise).

Enfin, les cinq dernières années de l’illustre carrière de Jeremy Thomas ont vu naître des films aussi divers que Eo de Jerzy Skolimowski – Prix du jury au Festival de Cannes en 2022 –, Anselm de Wim Wenders, Jusqu’au bout du monde de Viggo Mortensen et Shikun de Amos Gitai. Les tout derniers films produits par lui viennent d’avoir leur première en festival : Bucking Fastard de Werner Herzog à Venise et Bad Lieutenant Tokyo de Takashi Miike ce jour à Toronto.

Sexy Beast © 2000 Nick Wall / Recorded Picture Company / Film 4 / Fox Searchlight Pictures / Bac Films Tous droits réservés

Jeremy Thomas a gagné l’Oscar du Meilleur Film en 1988 pour Le Dernier empereur. Le même film lui avait valu le BAFTA du Meilleur Film l’année suivante. L’Académie du cinéma britannique l’avait aussi nommé en 2001 pour Sexy Beast dans la catégorie du Meilleur Film britannique. Et en 2018, Thomas a été nommé au European Film Award du Meilleur Film européen pour Dogman.

En 1994, Jeremy Thomas a été le président du jury au 44ème Festival de Berlin. Son jury avait attribué l’Ours d’or à Au nom du père de Jim Sheridan. Tandis que les festivals de Cannes et de Venise n’ont jamais fait appel à un producteur ou une productrice pour présider sur la compétition, cela fut déjà le cas à trois reprises à celui de Berlin. Avant Thomas avec le producteur français Pierre Braunberger (Tirez sur le pianiste) en 1966 et après lui à travers son confrère américain Bill Mechanic (Tu ne tueras point) en 2001.

Eo © 2022 Skopia Film / Hanway Films / Alien Films / ARP Sélection Tous droits réservés

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