Critiques de films Drame Festivals — 28 octobre 2019
La Roche-sur-Yon 2019 : Psychobitch

Norvège, 2019

Titre original : Psychobitch

Réalisateur :

Scénario : Martin Lund

Acteurs : Jonas Tidemann, Elli Müller Osborne, Henrik Rafaelsen

Distributeur : –

Genre : Drame d’adolescents

Durée : 1h49

Date de sortie : –

3,5/5

Pour paraphraser le bref discours de présentation que la directrice artistique adjointe du a tenu avant la projection de Psychobitch, il y a des films qu’on aurait aimé voir quand on était encore plus jeune et donc pile-poil dans la tranche d’âge du public ciblé. Car en dépit de son titre plutôt violent, ce film norvégien constitue un formidable portrait nuancé de l’adolescence. Il décrit en effet avec une subtilité remarquable cette période de la vie si cruciale, dont la boussole balbutiante de l’existence penche en faveur soit du courage d’affirmer sa personnalité et de partir sur des bases solides vers la vie d’adulte, soit du désir de conformisme finalement plus pressant, certes plus confortable et rassurant, quoique guère un réflexe gagnant à long terme. En somme, le film de Martin Lund est un hymne vibrant en hommage aux révoltés précoces et autres ostracisés du cercle cruellement fermé de la considération adolescente. Les moments de trouble et d’incertitude vécus par les personnages y sont nombreux. Mais c’est précisément cette sensibilité à fleur de peau, ce chancellement incessant entre l’être et le paraître, qui rendent le film aussi percutant.

© Ape & Bjørn / Norsk Filmdistribusjon Tous droits réservés

Synopsis : Marius est un élève des plus exemplaires. Il accumule tout autant les trophées pour ses activités sportives que les meilleures notes au lycée. Ce rôle d’adolescent sans reproche lui vaut la tâche impossible de former pour les besoins des cours un binôme avec Frida, une camarade de classe à la réputation désastreuse, considérée comme infréquentable et aux résultats scolaires en chute libre. Après une première approche houleuse, Marius et Frida voient naître entre eux une improbable complicité, qui pourrait même évoluer davantage, à condition que Marius veuille bien mettre en question son image de premier de la classe.

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Danser à son propre rythme

Il y a très peu de genres aux codes plus éculés que celui du film d’adolescent. Tout le monde a traversé de façon plus ou moins indemne cet âge difficile et obscur. Personne ou presque ne voudrait y retourner. Et le reflet cinématographique qu’on en voit défiler de temps en temps sur nos écrans a tendance à nous réconforter dans notre nostalgie sinistre, propre au survivant nullement héroïque de tant de turbulences hormonales. Bref, notre aversion toute relative contre les films d’adolescents, d’ailleurs plus contre l’accumulation paresseuse de poncifs qui y a lieu que contre ce type d’œuvre en général, avait considérablement freiné nos espérances avant notre dernière séance cette année en Vendée. D’où notre surprise fort agréable de découvrir en Psychobitch un film, qui a su retrouver une part considérable de cette innocence enfantine, en pleine déchéance au moment du passage à l’âge adulte. Sauf que la mise en scène n’en fait point une tragédie, au choix déprimante ou névrosée, mais une suite astucieuse d’opportunités, à parts égales ratées ou transformées en expériences bénéfiques pour la construction de traits de caractère autonomes et authentiques. Ainsi, l’attirance des contraires n’y fonctionne pas selon la vieille recette de la guerre larvée entre deux conceptions philosophiques diamétralement opposées, dont l’une aura tôt ou tard à triompher sur l’autre, mais avec la sagesse nécessaire afin de dégager un chemin médian à l’aspect plus personnel, sur lequel Marius et Frida pourraient éventuellement se rencontrer.

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La neige, l’amour, les vaches

L’équilibre délicat entre les tentations d’une vie rocambolesque et le long fleuve tranquille de la respectabilité est atteint par Martin Lund, grâce à sa vision admirablement objective des choses. Ni les écarts de conduite provoqués par la fréquentation de cette fille en guise d’électron libre, ni la volonté de répondre docilement aux attentes formulées plus ou moins explicitement par les amis et les parents de Marius ne se prêtent ici à l’exagération caricaturale. Ils contribuent plutôt à élargir progressivement le spectre de ce qui reste envisageable pour le personnage principal, voire ce que ce dernier n’avait jamais osé considérer avant d’être confronté à cette nouvelle proposition de statut social, si différente du sien jusqu’à présent. Tandis qu’une forme instinctive et presque sauvage d’attirance le pousse à mettre en question ses certitudes anciennes du côté de Frida, il cherche en parallèle à ne pas brusquer les sensibilités de la plupart de ses amis de longue date, quitte à vivre un moment de dépucelage aussi cocasse que maladroit. Mais après tout, cet échelon primordial de la vie sexuelle n’est-il pas toujours marqué par un degré élevé de malaise et d’inconfort ? Heureusement, le ton du récit sait garder son calme en toute circonstance, tout en rendant la confusion intime de ces jeunes ordinaires suprêmement accessible.

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Conclusion

Et de trois pour nos coups de cœur pendant notre séjour au Festival de La Roche-sur-Yon 2019 ! Psychobitch est cette bête rare d’un film qui sait à la fois nous rendre concrets les soucis de la génération adolescente d’aujourd’hui et nous inspirer une drôle de sensation de nostalgie, en remplissant à merveille le rôle indispensable de procuration du cinéma, à travers une mise en abîme avec notre propre adolescence, déjà si lointaine et hélas vécue avec moins de panache que celle des personnages dans le troisième long-métrage de Martin Lund.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles