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Test Blu-ray : Le Vaurien – L’Intégrale en 6 films

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Le Vaurien – L’Intégrale en 6 films

Japon : 1968-1969
Titre original : Burai yori daikanbu
Réalisation : Toshio Masuda, Keiichi Ozawa, Mio Ezaki
Scénario : Kaneo Ikegami, Keiji Kubota, Hideichi Nagahara
Acteurs : Tetsuya Watari, Chieko Matsubara, Mitsuo Hamada
Éditeur : Roboto Films
Durée : 9h environ
Genre : Thriller, Action, Film de yakuza
Date de sortie DVD/BR : 21 mai 2026

Après avoir passé trois ans en prison, Goro, jeune yakuza respectueux d’un code d’honneur en désuétude, cherche à prendre un nouveau départ. Sa rencontre avec la belle Yukiko renforcera sa volonté, mais les liens avec la pègre ne se coupent pas si facilement…

Les films

[3,5/5]

La saga Le Vaurien déboule comme une série de cartes postales vintage, griffonnées à la hâte par une époque qui ne savait pas encore qu’elle deviendrait culte. Sortis entre 1968 et 1969, ces films de yakuzas produits par la Nikkatsu portent en eux l’énergie d’un Japon en pleine mutation, coincé entre les derniers éclats du ninkyo eiga et l’arrivée d’un cinéma plus urbain, plus nerveux, plus électrique. Le Vaurien s’inscrit dans cette transition, avec ses costumes impeccables, ses rues saturées de néons et ses personnages qui semblent marcher sur un fil tendu entre tradition et modernité. Les vêtements féminins, souvent élégants mais jamais fétichisés, témoignent d’une libération des mœurs qui s’invite dans le cadre sans jamais le vampiriser, et qui contraste avec bien des films japonais sortis à la même époque. On sent bien que la Nikkatsu et le film de Toshio Masuda cherchaient à capter un moment où le cinéma japonais cherche à respirer autrement, à s’ouvrir, à vibrer au rythme d’une jeunesse qui refuse de rester sage.

Sorti quelques mois seulement après le premier opus, le deuxième film, Le Retour du Vaurien, cette fois réalisé par Keiichi Ozawa, prolonge cette dynamique en accentuant la dimension mélodramatique, comme si la Nikkatsu avait décidé de tester la résistance émotionnelle de son héros. Le fameux Vaurien de héros, toujours incarné à l’écran par Tetsuya Watari, devient alors un miroir tendu à une société qui se reconstruit, qui hésite, qui avance en trébuchant parfois. Les cadrages légèrement obliques, les zooms rapides, les couleurs chaudes du NikkatsuScope donnent au Retour du Vaurien une texture presque tactile, comme si chaque plan cherchait à retenir un fragment de réalité avant qu’il ne s’évapore. Et mine de rien, derrière ses allures de série B, on commence à sentir que la saga explore la tension entre destin et liberté, entre codes et débordements, entre ce que l’on croit devoir être et ce que l’on devient malgré soi.

Avec Le Vaurien se déchaîne, la saga prend un virage plus frontal, presque fiévreux, comme si le personnage principal décidait enfin de se mesurer au monde sans filet. Le personnage du Vaurien y gagne en intensité ce qu’il perd en innocence, et cette bascule se ressent dans la mise en scène de Mio Ezaki, plus sèche, plus directe, plus urbaine encore. Les rues semblent avaler les personnages, les intérieurs deviennent des pièges, les regards se durcissent. Le Vaurien trouve ici une résonance particulière avec certains polars japonais de la même période, qui partageaient cette fascination pour les hommes en marge, les trajectoires brisées, les loyautés impossibles. La saga s’inscrit alors dans une tradition où le héros n’est jamais un modèle, mais un point d’interrogation ambulant, un être qui avance parce que s’arrêter serait pire.

Le quatrième opus, Mélodie pour un Vaurien, est à nouveau réalisé par Keiichi Ozawa, qui ne lâcherait plus la barre de la franchise jusqu’au sixième film. De retour aux affaires, il apporte au film une respiration différente, presque musicale, comme si la saga décidait de s’offrir une parenthèse lyrique sans renoncer à sa rugosité. Le personnage de Tetsuya Watari y apparaît plus vulnérable, plus poreux aux émotions, et cette fragilité nouvelle irrigue le film d’une douceur inattendue. Les couleurs se font plus nuancées, les mouvements de caméra plus souples, les silences plus éloquents. Cet épisode explore alors la possibilité d’un apaisement, même fugace, même illusoire, et cette tentative donne au film une tonalité singulière, presque contemplative. Et si on pense parfois aux mélodrames de la Nikkatsu des années 60, au cœur desquels les passions se mêlaient aux ruelles humides et aux lumières tremblantes, Mélodie pour un Vaurien garde néanmoins sa personnalité, son mélange de tendresse et de chaos, son refus obstiné de choisir entre la poésie et la bagarre.

Avec La Vengeance du Vaurien, la saga retrouve ses pulsations les plus sombres. Le Vaurien se confronte ici à ses fantômes, à ses erreurs, à ses ennemis, et cette confrontation donne au film une densité presque tragique. Les contrastes visuels se renforcent, les ombres s’allongent, les visages se ferment. Le film devient un théâtre de tensions où chaque geste semble chargé d’une histoire plus grande que lui. Le film dialogue avec certains polars américains de la même époque, mais aussi avec les drames japonais qui exploraient la désillusion post-croissance. Le Vaurien montre alors que la violence n’est jamais un simple spectacle, mais une conséquence, un écho, une cicatrice qui refuse de se refermer.

En 1969, le sixième film mettant en scène le personnage du Vaurien, Tue, Vaurien, Tue !, clôt la saga avec une énergie presque crépusculaire, comme si Le Vaurien savait que l’heure était venue de ranger les armes, les regrets et les illusions. Le film condense tout ce qui fait la force de la série : un héros cabossé mais digne, une mise en scène nerveuse mais élégante, une tension constante entre fatalité et révolte. Le Vaurien y apparaît comme un personnage qui a traversé six films sans jamais perdre son humanité, même lorsqu’elle se dissimule derrière des gestes abrupts. La saga Le Vaurien trouve ici une conclusion à la fois mélancolique et lumineuse, comme un dernier salut adressé à une époque qui s’apprêtait à changer de visage.

Le coffret Blu-ray

[4,5/5]

Le coffret Blu-ray Le Vaurien – L’intégrale en 6 films édité par Roboto Films propose un packaging solide, qui en impose d’entrée de jeu : un boîtier rigide contenant un Digipack trois volets, trois Blu-rays, un livret et des cartes postales. Les films bénéficient ici de masters 2K lumineux, avec un excellent piqué, des textures argentiques fines et une copie globalement propre malgré quelques défauts, essentiellement concentrés sur le premier film. Les contrastes restituent bien les éclairages tranchés de l’époque, les noirs sont soutenus, les étalonnages chauds et naturalistes. La saga du Vaurien profite également d’une colorimétrie nuancée, avec des teintes réalistes parfois délavées mais toujours cohérentes. Les fluctuations de densité sont probablement imputables au tournage en NikkatsuScope, et malgré quelques imperfections, l’ensemble offre une expérience visuelle fidèle et agréable. Côté son, les mixages DTS-HD Master Audio 2.0 (mono) des six films de la saga sont clairs, dynamiques, sans souffle notable. Les voix restent nettes, les musiques jazz d’Harumi Ibe et Naozumi Yamamoto trouvent une belle présence, et les scènes d’action conservent une énergie brute. La saga du Vaurien n’a jamais été un festival sonore, mais cette édition respecte parfaitement l’esprit des films, avec un spectre limité mais propre, sans distorsion ni agressivité.

Les suppléments du coffret Le Vaurien – L’intégrale en 6 films sont généreux : on commencera avec un livret de 32 pages avec des essais de Pauline Martyn, Mohamed Bouaouina et Stéphane du Mesnildot, six photos d’exploitation et, côté suppléments vidéo, une présentation de la saga Stéphane du Mesnildot (27 minutes), qui replace avec intelligence les films dans leur contexte de production et de sortie. On trouvera également les bandes-annonces des six films, accompagnées d’une poignée de bandes-annonces de films disponibles chez Roboto Films. En deux mots, la saga Le Vaurien trouve ici un écrin éditorial riche, qui éclaire la saga sous différents angles, entre analyse historique, étude des personnages et réflexion sur la place de Tetsuya Watari et Chieko Matsubara dans la mythologie Nikkatsu. Pour vous procurer ce coffret Blu-ray Le Vaurien – L’intégrale en 6 films, rendez-vous sur le site de l’éditeur Roboto Films !

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