News — 31 août 2017
La Cinémathèque Française à l’automne 2017

La a rouvert ses portes hier, après la pause estivale habituelle pendant quatre semaines au mois d’août. C’est l’occasion pour vous présenter la dizaine de cycles qui rythmeront cette saison automnale 2017 du côté de la rue de Bercy. La seule nouveauté tarifaire de la saison est le Libre Pass Duo, qui permet un accès quasiment illimité aux activités de la Cinémathèque pour deux personnes au prix de 19 € par mois pour un engagement minimum d’un an.

Les festivités viennent de commencer et dureront pendant tout le mois de septembre avec une intégrale des films du réalisateur français, parti faire fortune aux États-Unis, (1904-1977). Seront projetés les films les plus célèbres du maître du fantastique, tels que La Féline avec Simone Simon et Vaudou, nés de sa collaboration mythique au studio RKO avec le producteur Val Lewton, ainsi que ses autres films de genre majeurs comme le film noir La Griffe du passé avec Robert Mitchum et le film d’aventures La Flibustière des Antilles avec Jean Peters. En tout, une trentaine de films réalisés par le fils de Maurice Tourneur seront projetés, ainsi que deux remakes notables, La Féline de Paul Schrader et Contre toute attente de Taylor Hackford. Le Festival de Locarno, partenaire officiel de la rétrospective, a déjà rendu hommage à Tourneur début août et un ouvrage collectif sera édité par Capricci sous la direction de Fernando Ganzo, qui animera également une conférence sur l’œuvre du réalisateur le jeudi 7 septembre.

Après l’hommage que lui a rendu le Festival de Bergame en Italie au mois de mars dernier, le réalisateur tchèque aura droit à une rétrospective supplémentaire de la part de la Cinémathèque Française, dont il est membre d’honneur, dès aujourd’hui et jusqu’au 20 septembre. Que la présence de l’un des auteurs majeurs de la renaissance du cinéma tchèque, âgé aujourd’hui de 85 ans, ne soit pas confirmée ne laisse hélas rien présager de bon pour sa santé. C’est donc son collaborateur fidèle, le scénariste français Jean-Claude Carrière, de quelques mois son aîné, qui participera à un dialogue le samedi 9 septembre, après la projection de la copie restaurée de Valmont. Pendant trois semaines, le public privilégié de la Cinémathèque pourra voir ou revoir les chefs-d’œuvres tchèques du réalisateur, L’As de pique, Les Amours d’une blonde et Au feu les pompiers, qui ressortiront en version restaurée l’année prochaine, ses coups de maître hollywoodiens Vol au dessus d’un nid de coucou – Oscars du Meilleur Film et du Meilleur réalisateur en 1976 –, Ragtime, Amadeus – Oscars du Meilleur Film et du Meilleur réalisateur en 1985 –, Larry Flynt et Man on the Moon, ainsi que ses deux films ressortis en copie restaurée cette année Valmont et Hair. Enfin, de façon plus anecdotique, le film Les Bien-aimés de Christophe Honoré, dans lequel Milos Forman avait joué devant la caméra en 2010, fait également partie de cette rétrospective.

La filmographie du réalisateur français (1905-1934) est certes très courte, puisque elle ne contient essentiellement que trois courts-métrages dont le révolutionnaire Zéro de conduite et un long-métrage L’Atalante. Ce dernier sera par ailleurs présenté dans une version restaurée par les soins de la Gaumont et supervisée par l’éminent historien Bernard Eisenschitz. Mais de là à lui consacrer seulement deux misérables jours au cours du week-end prochain, les 2 et 3 septembre, la Cinémathèque se rend la tâche un peu trop facile. Il faudra donc se contenter de ce cycle express, avec en supplément un montage commenté des rushes de L’Atalante et une nouvelle version de Zéro de conduite.

Cela fait vingt ans que l’ancienne colonie britannique Hong Kong a été rendu à la Chine. L’occasion idéale de revenir du 20 septembre au 11 octobre sur l’Histoire filmique de cette enclave plus ou moins autonome en vingt films de vingt réalisateurs différents, dont Full alert de Ringo Lam, Crazy Kung Fu de Stephen Chow, The Grandmaster de Wong Kar-Wai, Infernal affairs de Andrew Lau et Alan Mak, Made in Hong Kong de Fruit Chan, PTU Police Tactical Unit de Johnnie To et Time and Tide de Tsui Hark. Ces films bénéficieront presque tous de deux séances. L’invitée spéciale de cette rétrospective géographique est la réalisatrice Ann Hui, qui viendra présenter en avant-première son nouveau film Our Time will come et qui dialoguera avec le programmateur de la Cinémathèque Jean-François Rauger le jeudi 21 septembre à l’issue de la projection de The Way we were.

Quel plus beau prétexte pour une rétrospective à la Cinémathèque Française que la sortie d’un nouveau film, à présenter devant un parterre d’abonnés au Libre Pass ! La réalisatrice française (*1946) sera la première – mais pas du tout la dernière cette année – à profiter de ce privilège quelque peu commercial, puisque le cycle qui lui sera consacré du 25 septembre au 20 octobre coïncidera avec la sortie de Un beau soleil intérieur, présenté à la Quinzaine des réalisateurs cette année au Festival de Cannes, le 27 septembre. Ce soir-là, la réalisatrice ne courra pas les plateaux de télévision, mais se tiendra à la disposition du public de la Cinémathèque pour une leçon de cinéma, animée par le Directeur Général de la prestigieuse institution Frédéric Bonnaud. De quoi écouter attentivement la créatrice de chefs-d’œuvres envoûtants comme Chocolat avec Isaach De Bankolé, Beau travail avec Denis Lavant et White material avec Isabelle Huppert. Certains de ses acteurs viendront par ailleurs présenter des films, tels que Béatrice Dalle pour Trouble Every Day le samedi 30 septembre, Grégoire Colin pour Beau travail le dimanche 1er octobre et Alex Descas pour 35 rhums le mercredi 4 octobre.

Puis ce sera l’heure de l’ouverture de la première grande exposition de cette saison, consacrée au père d’Astérix, de Lucky Luke et de tant d’autres, le dessinateur français mythique (1926-1977). A l’occasion du quarantième anniversaire de sa mort, la Cinémathèque présentera pendant cinq mois, du 4 octobre 2017 au 4 mars 2018, une exposition intitulée « Goscinny et le cinéma » qui reviendra largement sur le travail de cet homme passionné de cinéma. Elle sera accompagnée d’une série de programmes de projections, contentant par exemple les adaptations des bandes dessinées de Goscinny au cinéma, comme Astérix et Obélix Mission Cléopâtre de Alain Chabat, d’un cycle justement sur les différents films autour de la vie de la reine égyptienne réalisés entre autres par Cecil B. DeMille et Joseph L. Mankiewicz, ainsi que de quelques westerns classiques ayant inspiré l’univers de Lucky Luke, comme La Chevauchée fantastique de John Ford, Le Train sifflera trois fois de Fred Zinnemann et Il était une fois dans l’ouest de Sergio Leone. L’exposition sera reprise à la Cité Internationale de la bande dessinée et de l’image d’Angoulême à partir du 22 juin 2018.

La Cinémathèque Française a souvent aménagé une petite place de choix aux compositeurs de musiques de films, comme en novembre dernier à Lalo Schifrin. Cette année, l’heureux élu mélomane sera le compositeur canadien (*1946), un fidèle collaborateur de David Cronenberg et triplement oscarisé pour la musique de la trilogie du Seigneur des anneaux. Impossible de montrer ne serait-ce que les films les plus marquants de ce compositeur de génie en à peine deux semaines à partir du 9 octobre, puisqu’il avait fait un tour chez Martin Scorsese (After hours, Gangs of New York, Aviator, Les Infiltrés et Hugo Cabret), Jonathan Demme (Le Silence des agneaux et Philadelphia), Barbet Schroeder (J.F. partagerait appartement), Tim Burton (Ed Wood), Robert Benton (Un homme presque parfait), David Fincher (Seven, The Game et Panic Room), James Gray (The Yards) et Peter Jackson (Le Seigneur des anneaux), tout en revenant sans cesse chez Cronenberg, de Chromosome 3 jusqu’à Maps to the Stars. Ce bref coup de projecteur se poursuit hors les murs, à travers un concert avec l’Orchestre national d’Île-de-France le 7 octobre à la Salle Pleyel et la sortie à la mi-septembre d’un double CD événement chez Universal Music France. Howard Shore sera présent à la Cinémathèque le lundi 9 octobre pour dialoguer avec Stéphane Lerouge et Bernard Benoliel, ainsi que pour « une surprise musicale ».

Le timing aurait été presque parfait, puisque la rétrospective de l’immense réalisateur italien (1906-1976) se termine peu de temps avant notre anniversaire fin novembre. Quel plaisir cela aurait été de revoir par exemple l’un de nos films de chevet, Le Guépard avec l’imposant Burt Lancaster et la sensuelle Claudia Cardinale, pour nos quarante et quelques ans ! Visconti n’est pas du tout un réalisateur rare, puisque sept de ses films étaient ressortis en France depuis le début de la décennie, de Senso en 2010 jusqu’à Sandra en mai dernier. La vocation de la Cinémathèque Française est toutefois aussi de donner l’occasion de se replonger dans la filmographie de maîtres reconnus, ce que nous ferons donc avec grand plaisir du 11 octobre au 12 novembre.

La fin de l’année 2017, qui coïncide avec le centenaire de la révolution d’Octobre, rime à la Cinémathèque Française avec un grand cycle sur le cinéma soviétique, dont seule la première partie rentrera dans ce programme de la rentrée. Du 18 octobre au 26 novembre, ce seront les premières années de cette cinématographie nationale qui seront mises à l’honneur à travers une trentaine de films, depuis l’époque du muet jusqu’en 1945. L’occasion idéale de découvrir des œuvres d’un cinéma injustement mal aimé pour des raisons idéologiques, signées par des réalisateurs aussi emblématiques que Boris Barnet (Au bord de la mer bleue), Alexandre Dovjenko (Aerograd et Zvenigora), Sergueï M. Eisenstein (La Grève et Alexandre Nevski) et Dziga Vertov (Trois chants sur Lénine). Responsable de ce cycle conséquent, qui se poursuivra en 2018 pour couvrir les années restantes du cinéma soviétique jusqu’en 1992, l’historien Bernard Eisenschitz tiendra une conférence le jeudi 19 octobre, intitulée « L’URSS des cinéastes (1922-1945) ».

Toujours très présent dans l’actualité, quoique pas toujours pour les bonnes raisons, le réalisateur franco-polonais (*1933) fera escale à la Cinémathèque Française du 30 octobre au 25 novembre. D’abord pour y présenter en avant-première son nouveau film D’après une histoire vraie avec Eva Green et Emmanuelle Seigner, qui sortira en France le 1er novembre, puis pour l’ouverture officielle du cycle le même jour avec Chinatown et enfin pour une master class animée par Frédéric Bonnaud le samedi 4 novembre, à la suite de la projection de The Ghost Writer. En plus de montrer l’intégrale des films du réalisateur, y compris Le Couteau dans l’eau, Répulsion, Le Bal des vampires, Rosemary’s baby, Tess, Le Pianiste et La Vénus à la fourrure, la Cinémathèque lui a également accordé une carte blanche, comprenant entre autres Les Grandes espérances de David Lean, Hamlet de Laurence Olivier, Huit et demi de Federico Fellini, Le Poison de Billy Wilder et Le Voleur de bicyclette de Vittorio De Sica.

Sous le titre « Le Mystère Clouzot », la Cinémathèque Française rendra hommage de façons multiples au réalisateur français (1907-1977). Dans la Galerie des donateurs du Musée du cinéma aura lieu une exposition sur l’itinéraire de Clouzot, à partir du 8 novembre 2017 et jusqu’au 29 juillet 2018. Elle sera accompagnée d’un catalogue, édité sous la direction de Noël Herpe, ainsi que d’un coffret DVD de douze films restaurés, édité par TF1. Ces mêmes films feront également l’objet d’une ressortie en salles, grâce au distributeur Les Acacias, à partir du 8 novembre. Enfin, après l’intégrale qui sera consacrée à Clouzot au Festival Lumière à Lyon au mois d’octobre, la Cinémathèque programmera ses films au mois de novembre, ainsi que des remakes notables comme Sorcerer de William Friedkin et L’Enfer de Claude Chabrol.

Le centenaire du réalisateur de documentaires français (1917-2004) avait déjà été commémoré cet été avec la ressortie de six de ses films en version restaurée, orchestrée par le distributeur Solaris. La Cinémathèque Française participe à la fête pendant une semaine fin novembre, à travers un mélange thématique de ses courts-métrages et de ses films documentaires. On pourra donc y découvrir des mini-cycles sur le thème de la chasse à l’hippopotame et au lion, des cérémonies de funérailles, des études de danses ou bien des rituels de possession.

Enfin, signalons dans le désordre la deuxième édition à la mi-novembre du festival American Fringe, dédié au nouveau regard sur le cinéma indépendant américain, un voyage au cœur du cinéma français des années 1930 jusqu’à fin octobre, une nuit sous le signe de la Planète des singes, version années ’60 et ’70 le samedi 16 septembre, ainsi que les cycles habituels comme la révision des classiques, tous les jours à 14h30 en salle Henri Langlois, les séances de rattrapage du cinéma contemporain tous les lundis soirs, le ciné-club Jean Douchet certains mercredis et les double séances du cinéma Bis certains vendredis.

Articles semblables

Partage

Auteur

Avatar
Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles