Critique : Antigang

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Antigang AFFICHEAntigang

France, 2015
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Tristan Schulmann,
Acteurs : , Caterina Murino,
Distribution : SND
Durée :1h30
Genre : Action
Date de sortie : 19 août 2015

Note : 3/5

Il en sort un par an, deux tout au plus, aucun parfois. Je veux bien sûr parler des films de genre français. Ces bêtes noires dont ont peur les distributeurs, les exploitants et, par conséquent, les spectateurs. Leur distribution en salles, leur manque de budget et leurs acteurs non bankables en sont les parfaits exemples. Or, le polar d’action semble plus favorable à une plus grande visibilité et à un certain succès que ses cousins du cinéma de genre que sont le film d’horreur ou fantastique. Et ce, grâce à une ou plusieurs têtes d’affiche à des références outre atlantique et un second degré omniprésent. Et ça, Benjamin Rocher Rocher l’a bien compris!

Antigang 01

Synopsis : Serge Buren, flic légendaire, et son équipe de jeunes policiers aux méthodes peu orthodoxes, sont aux prises avec un groupe de braqueurs violents et expéditifs quant aux méthodes utilisées pour commettre leurs méfaits. N’hésitant pas à se servir d’armes de guerre et de bombes pour dévaliser bijouteries et banques. Face à de tels ennemis, les policiers devront user d’ingéniosité pour les arrêter avant qu’ils ne fassent plus de victimes.

Jean Reno et Alban Lenoir et, ci-dessous, Caterina Murino
Jean Reno et Alban Lenoir et, ci-dessous, Caterina Murino

antigang caterina murino

BADASS !!

Benjamin Rocher n’est pas un novice puisqu’il a co-réalisé (avec le seigneur de la critique cinéma, ), en 2010 et la première mi-temps du diptyque Goal of the dead en 2014. Et, aujourd’hui, pour la première fois, il se lance dans l’aventure ciné totalement en solo et oublie les zombies pour un instant. Même si La Horde reste, dans mon coeur, sa principale réussite, on ne peut pas reprocher au bougre son énergie furieuse, dans sa filmographie. Et, son dernier opus ne déroge pas à la règle: c’est enragé, nerveux et BADASS!! Même si ses films ont des défauts et qu’ils n’arrivent pas au même niveau que leurs modèles américains, on reconnaît néanmoins un plaisir qu’il veut communiquer aux spectateurs. Il n’oublie pas qu’il est en France, que les possibilités sont plus restreintes qu’ailleurs mais il s’en fout ! Il veut le faire et il va le faire, pour proposer un divertissement pop corn fun. Et de ce côté là, on ne peut pas se plaindre puisqu’il va ancrer la culture populaire au film d’action bourrin. Par exemple, le métrage débute sur un dialogue à propos des légendes du rock. Jean Reno rétorque à ses jeunes collègues qu’il n’y a qu’une seule légende, c’est Johnny Hallyday ! S’ensuit un générique sur fond de baston et du morceau Gabrielle du même Johnny. Alors, ça peut paraître con mais on hallucine et on jubile devant autant de compréhension des codes ainsi que de savoir faire pour introduire un film de manière concise et amusante. De même, le personnage incarné par Alban Lenoir a « Darling, faisons l’amour ce soir » des Poetic Lovers en guise de sonnerie de portable. Ces clins d’oeil musicaux peuvent paraître désuets et à la ramasse mais, en réalité, mettent en exergue les méthodes et la façon de travailler quelque peu dépassées et violentes de Serge Buren et de son équipe. Une balle reçue dans l’épaule fait chuter un des braqueurs d’un pont, Alban Lenoir écrase la tête d’un malfrat avec une voiture en réparation dans un garage clandestin… Autant d’exemples de badass attitude qui sont de purs plaisirs de spectateur.

Antigang

L’humour, quant à lui, est bien amené, entre deux bastons, ENORME hommage aux différents volets de L’Arme fatale et autres . Il est suffisamment surprenant et bien écrit, pour procurer des sourires permanents, à défaut de véritables éclats de rire. Évidemment, ce n’est pas d’une finesse incroyable mais c’est efficace et c’est ce que nous sommes venus chercher, franchement ! Pourquoi on trouve ça génial quand ce sont les américains qui le font et que c’est obligatoirement beauf et raté quand ce sont les français qui s’y mettent ? (voir la critique de nos confrères d’avoir-lire.com ici). Mais, cela dit, le film n’est pas exempt de défauts…

 

Un casting au poil mais…

Pour commencer, le casting est varié et excellent, pour la plupart mais on ne peut pas en dire autant de son usage. Alban Lenoir est une confirmation, voué à une grande carrière. Il est totalement mis en avant, il sait balancer ses répliques de manière crédible tout en sachant être complètement à l’aise dans les scènes d’action. Or, les rôles féminins sont purement illustratifs et elles répètent sans cesse la même partition, sur les mêmes sujets. Le cinéma de genre français est tellement plus intéressant lorsqu’il attribue des rôles féminins forts et qui exsitent à ses actrices, comme dans La horde, justement. C’est fort dommage étant donné que Caterina Murino, Stefi Celma et sont, par ailleurs, très bonnes… comédiennes, bien sur! Mais, le vrai problème est qu’en dehors de Jean Reno et Alban Lenoir, tous les autres personnages sont des fonctions auxquels le réalisateur ne s’intéresse pas plus que ça et même, pour certains, pas du tout. On ne connaît même pas le nom de plusieurs personnages ou, en tout cas, on ne les décèle pas tant le cinéaste semble s’en foutre. Ils sont juste là pour constituer une équipe de plus de flics, rien de plus. C’est dommage parce que ça aurait pu être super intéressant de se démarquer des buddy movies traditionnels et de construire une unité de cinq flics dont on connaît la vie, auxquels on peut s’identifier et qu’on a plaisir à suivre. De plus, mettre sur le devant de la scène des acteurs méconnus du grand public tels Oumar Diaw, ou Jean-Toussaint Bernard, était une idée alléchante et noble. Mais, malheureusement, il se contente de les mettre en scène sans les exploiter. Enfin, Jean Reno semble absent, peu absorbé par le projet et en chie physiquement dans les scènes d’action.

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Pétri de bonnes intentions

Côté défauts, le film ne s’arrête pas là puisqu’il multiplie les faux pas techniques. Les plans aériens de Paris sont trop nombreux, ne dénotent rien et cassent le rythme. De même pour les ralentis qui sont également très présents, brisent l’action en train de se dérouler et ne traduisent aucun sous texte intéressant. Il y avait, d’ailleurs, le même défaut dans les deux épisodes de Goal of the dead. Mais, Antigang demeure un long métrage d’action efficace et bien produit. Benjamin Rocher soigne certains de ses cadres, sa photographie et son montage, afin de créer une ambiance futuriste et un aspect cinématographique indéniable, loin de tous les téléfilms policiers diffusés sur les chaînes hertziennes. Il a encore des efforts à faire pour devenir le nouveau Michael Mann hexagonal ou mais, il est sur la bonne voie. Le marketing de son film est basé sur sa ressemblance avec (du fameux Michael Mann) mais il n’en est rien. Le scénario est blus basique et fondé sur une certaine efficacité, en allant à l’essentiel. Effectivement, lorsque qu’Alban Lenoir (Cartier) apprend à Oumar Diaw (Manu) que Jean Reno (Serge Buren) a tué son frère qui ne semblait pas fréquentable, le réalisateur décide de ne pas en dire plus, de laisser le spectateur se faire sa propre histoire et nous épargner un flash back ridicule.

Le côté décomplexé des combats parfaitement corégraphiés par et relativement lisiles même si on est encore très loin de la maestria de Tsui Hark… Mais, en suivant un scénario archi rebattu, Antigang sait surprendre par instants en faisant exploser les règles de ce type d’histoire, surtout en France (vous découvrirez par vous même, ça risque de vous surprendre!). Le rythme alerte et le découpage malin donnent un souffle à ce film qui sait se détacher des productions Besson et de leurs clichés habituels.

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Conclusion

Loin d’être révolutionnaire, Antigang a au moins le mérite de se détacher de la production habituelle de polars français, en proposant un spectacle efficace, bien torché et rigolard. On ne se prend jamais au sérieux, ça bastonne sec et c’est brut de décoffrage. On aurait aimé plus de description des rapports humains au sein de cette brigade, un chouia de vérité des sentiments et d’émotion supplémentaire et moins d’effets techniques usés jusqu’à la corde… Mais bon, on ne va pas se plaindre, c’est assez sympa et agréable pour mériter qu’on donne une chance au cinéma de genre français en ce mois d’Août gouverné par les grosses productions américaines.

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