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Critique : Les Caprices de l’enfant roi

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Les Caprices de l’enfant roi

France, 2026
Titre original : –
Réalisateur : Michel Leclerc
Scénario : Michel Leclerc et Baya Kasmi, d’après une idée originale de Alexandre Castagnetti et Michel Leclerc
Acteurs : Artus, Julia Piaton, Nemo Schiffman et Niels Hamel-Brochen
Distributeur : Le Pacte
Genre : Comédie historique
Durée : 1h54
Date de sortie : 24 juin 2026

2,5/5

Et si l’année 2026 était celle du retour au cinéma des grandes figures de l’imaginaire national français ? Après le diptyque de Antonin Baudry La Bataille De Gaulle sur les exploits du général pendant la guerre sorti au début de l’été et en attendant en octobre une énième adaptation des Misérables de Victor Hugo par Fred Cavayé, voici une farce passablement enjouée sur un chapitre mouvementé de la jeunesse de Louis XIV. La couleur est annoncée d’emblée dans Les Caprices de l’enfant roi, qui se réclame d’une véracité historique nullement reconnue par les historiens. Et c’est donc avant tout à une relecture des mythes de la France ancienne, de D’Artagnan à Molière, en passant par Cyrano De Bergerac, que s’adonne le huitième long-métrage de fiction de Michel Leclerc.

Une relecture qui se veut dans l’air du temps, en faisant volontairement référence à des sensibilités anachroniques comme le féminisme et l’identité queer, mais qui a trop souvent tendance à s’éparpiller. Ainsi, plusieurs histoires rivalisent pour l’attention du public, entre diverses intrigues amoureuses et autres stratagèmes machiavéliques à la cour, sans que l’une ou l’autre ne parvienne à réellement rendre plus dynamique un récit somme toute exsangue.

Les numéros plutôt savoureux de Franck Dubosc en vieux mousquetaire sur le déclin et de Nemo Schiffman sublimement séduisant en Molière encore aux balbutiements de son extraordinaire œuvre théâtrale, voire de Niels Hamel-Brochen infiniment plus supportable en jeune imposteur qui introduit la vulgarité des faubourgs dans les salles somptueuses des Tuileries qu’en enfant-roi gâté qui découvre sur le tard les joies du quotidien, doivent coexister avec les prestations clairement plus transparentes d’Artus en Cyrano en manque d’amour et de Julia Piaton en cheffe de troupe de théâtre constamment surmenée.

© 2026 Michael Crotto / Mandarin & Compagnie / Elephant Story / Scope Pictures / Le Pacte Tous droits réservés

Synopsis : En 1651, la Fronde populaire menace de renverser le pouvoir en place à Paris. Afin de mettre son fils Louis, futur roi Louis XIV, à l’abri, Anne d’Autriche le confie à son fidèle serviteur D’Artagnan. Celui-ci amène l’adolescent capricieux chez le provocateur Cyrano De Bergerac, qui considère que la place la plus sûre pour le dauphin en danger de mort serait au sein de la troupe de théâtre de son amie Madeleine Béjart, en l’y présentant comme son propre fils François. L’arrivée de ces deux nouveaux membres n’arrange guère Madeleine, une femme forte au bord de la faillite, qui est de surcroît secrètement amoureuse du comédien le plus flamboyant de sa troupe, Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière. Alors que le jeune Louis ne fait point le poids en tant que costumier, les talents d’écriture de Cyrano s’avèrent rapidement essentiels lorsqu’il s’agit de renouveler le répertoire de la compagnie de Madeleine.

© 2026 Michael Crotto / Mandarin & Compagnie / Elephant Story / Scope Pictures / Le Pacte Tous droits réservés

L’ironie malicieuse était sans doute censée être la tonalité dominante des Caprices de l’enfant roi. Hélas, la mise en scène de Michel Leclerc se montre particulièrement peu adroite en termes de rythme. Souvent, elle se complaît à alterner entre les deux fils du récit – Louis l’adolescent préservé qui découvre la richesse de la vie ordinaire d’un côté et Louis la petite frappe qui confronte les mœurs hypocrites de la cour à la réalité brutale de la vie de l’autre – sans jamais établir la moindre tension dramatique.

De même, d’un point de vue visuel, son film est d’une platitude tristement ennuyeuse. À l’exception de la seule et unique trouvaille des habits des deux amoureux, qui restent accrochés au mur pendant que Madeleine et Molière cèdent à la passion qu’ils éprouvent l’une pour l’autre. C’est décidément trop peu pour conférer le moindre cachet plastique à une histoire située au cœur même d’un faste aristocratique, qui ira encore en grandissant au fil du règne de Louis XIV.

Cette tendance à l’éparpillement narratif s’accentue au fur et à mesure que l’intrigue s’enfonce dans une immobilité de plus en plus frustrante. Faute de danger palpable pour la vie du prochain héritier du trône de France, ni d’autre enjeu d’envergure susceptible de faire progresser le récit dans une direction complémentaire, le film demeure dans le domaine de la farce dépourvue de conséquences. Certes vaguement divertissant, il s’emploie très rarement à approfondir les traits de ses personnages, hâtivement établis dès le début.

Les seules bénéficiaires d’une attention particulière seraient éventuellement les deux femmes se livrant une bataille stratégique au sommet de l’état : Doria Tillier en reine-mère interpellée par le sang-froid du remplaçant temporaire de son fils et Suzanne De Baecque en Anne-Marie-Louise d’Orléans, qui personnifie tout ce qu’il y a de plus laid et vulgaire dans la quête du pouvoir, en jouissant paradoxalement de l’aura la plus moderne.

© 2026 Michael Crotto / Mandarin & Compagnie / Elephant Story / Scope Pictures / Le Pacte Tous droits réservés

Car Les Caprices de l’enfant roi insiste à plusieurs reprises, afin de faire s’opposer l’état d’esprit du XVIIème siècle et une façon plus contemporaine d’envisager l’existence. En cela, le film de Michel Leclerc a beau prendre fait et cause pour une liberté acquise au fil des siècles par les femmes en général et les hommes gays en particulier, il ne parvient jamais tout à fait à rendre crédible cette mise en abîme sociale.

Les nuances tout relatives des deux personnages féminins mentionnés plus haut s’évaporent dès lors sans ébranler sérieusement le monde patriarcal auquel elles doivent se soumettre sans marge de manœuvre notable. Leurs tentatives hésitantes pour saisir ou garder le pouvoir appartiennent alors au même genre de vanité superficielle que celle avec laquelle le pauvre D’Artagnan, prêt à être mis aux rebuts, cherche à embellir in extremis sa légende.

Au moins, le traitement de l’homosexualité supposée de Cyrano fait preuve d’un peu plus de sincérité. Deux ans après La Pampa de Antoine Chevrollier, Artus confère une nouvelle fois une sensibilité à fleur de peau à un personnage pas vraiment en paix avec son orientation sexuelle. Ici, son Cyrano met du temps avant de se dévoiler, avant d’admettre ses sentiments qui ne sont pas réciproques de la part de l’objet de ses désirs.

Pourtant, entre lui et Molière, une sorte de complicité riche en sous-entendus se met en place. Elle n’est certes pas aidée par la désinvolture bancale du scénario, qui en fait au mieux un sujet annexe, gravitant avec les autres autour d’un vide dramatique fort préjudiciable pour le récit dans son ensemble. Mais une séquence par ci et par là, cette histoire d’amour condamnée à rester du côté du fantasme respire plus la vie que toutes les péripéties faussement rocambolesques autour de l’enfant roi réunies.

© 2026 Michael Crotto / Mandarin & Compagnie / Elephant Story / Scope Pictures / Le Pacte Tous droits réservés

Conclusion

Le passé n’attend qu’à être réinterprété selon les perspectives en vigueur à l’heure actuelle. Et cela d’autant plus, quand il touche à des repères intemporels de la culture française comme les célèbres auteurs et personnages historiques dépeints dans Les Caprices de l’enfant roi. Malheureusement, cette noble entreprise de mise à jour concoctée par Michel Leclerc rate fadement sa cible pour rester au stade inoffensif de la comédie aussitôt vue, aussitôt oubliée. Malgré les prestations pas sans charme de Doria Tillier et de Franck Dubosc, ainsi que le démarrage fulgurant du beau Nemo Schiffman dans l’âge adulte, treize ans après son premier rôle marquant dans le film de sa mère Emmanuelle Bercot Elle s’en va, ce film nous a provoqué davantage de frustrations et de regrets que l’impression authentique d’avoir assisté au persiflage inspiré d’un chapitre idéalisé de l’Histoire française.

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