Scarlet et l’éternité
Japon : 2025
Titre original : Hateshi naki Sukaretto
Réalisation : Mamoru Hosoda
Scénario : Mamoru Hosoda
Acteurs (VO) : Mana Ashida, Masaki Okada, Koji Yakusho
Éditeur : Sony Pictures
Durée : 1h51
Genre : Animation, Science-Fiction
Date de sortie cinéma : 11 mars 2026
Date de sortie DVD/BR : 15 juillet 2026
Scarlet, une princesse médiévale experte en combat à l’épée se lance dans une périlleuse quête pour venger la mort de son père. Son plan échoue et grièvement blessée elle se retrouve projetée dans un autre monde, le Pays des Morts. Elle va croiser la route d’un jeune homme idéaliste de notre époque, qui non seulement l’aide à guérir mais lui laisse également entrevoir qu’un monde sans rancœur ni colère est possible. Face au meurtrier de son père, Scarlet devra alors mener son plus grand combat : briser le cycle de la haine et donner un sens à sa vie en dépassant son désir de vengeance…
Le film
[4,5/5]
Les premiers instants de Scarlet et l’éternité ont quelque chose d’un vieux conte qui aurait décidé de ranger ses pantoufles pour enfiler une armure cabossée. Chez Mamoru Hosoda, la princesse n’attend pas qu’un cheval blanc vienne lui régler ses problèmes administratifs : elle dégaine son épée, trébuche, saigne, se relève et poursuit obstinément un fantôme nommé vengeance. Inspiré très librement de Hamlet, le film ne cherche pourtant jamais à réciter William Shakespeare comme un élève appliqué. Il préfère attraper son œuvre par le col, la secouer gentiment jusqu’à ce qu’il en tombe une pluie d’étincelles contemporaines. Scarlet et l’éternité raconte ainsi le parcours d’une jeune femme projetée dans un étrange Pays des Morts où la colère devient presque une monnaie d’échange, où chaque âme semble porter son passé comme un sac à dos rempli de pierres. Derrière cette aventure fantastique, Mamoru Hosoda continue surtout d’explorer ce qui l’obsède depuis longtemps : la manière dont les êtres humains se reconstruisent lorsqu’un événement vient faire exploser la carte de leur existence.
Scarlet et l’éternité surprend d’ailleurs par la direction empruntée. Les films de Mamoru Hosoda ont souvent placé la famille, l’enfance ou les mondes virtuels au cœur de leur récit, de Âme et Yuki, les enfants loups à Belle en passant par Le Garçon et la Bête ou Miraï ma petite sœur. Ici, le cinéaste semble avoir ouvert une porte plus rugueuse, presque minérale. Les paysages traversés ressemblent parfois à des tableaux où les émotions auraient pris le pouvoir sur la géographie. Les montagnes deviennent des cicatrices, les déserts prennent des allures de cathédrales écroulées et les champs de bataille se changent en jardins d’obsidienne où fleurissent malgré tout quelques pétales d’espoir. C’est une idée toute simple mais redoutablement efficace : plus Scarlet s’enferme dans son désir de revanche, plus le monde paraît se figer autour d’elle, comme si l’univers entier retenait sa respiration en attendant qu’elle accepte enfin de regarder ailleurs que vers son passé. Cette logique donne au film une cohérence émotionnelle qui dépasse largement les règles parfois mystérieuses de son univers fantastique. Il ne s’agit pas tant de comprendre chaque mécanisme du Pays des Morts que de ressentir la manière dont celui-ci épouse les tourments de son héroïne.
Impossible également d’évoquer Scarlet et l’éternité sans s’attarder sur sa splendeur visuelle. Mamoru Hosoda et son équipe jouent sans cesse avec les textures, les matières et les contrastes. Une robe blanche couverte de fleurs peut devenir le point le plus lumineux d’un paysage noyé dans le rouge sang ; quelques instants plus tard, une ville contemporaine éclate de lumière tandis que d’immenses écrans semblent transformer les souvenirs en monuments. L’animation ne cherche jamais uniquement à impressionner par sa virtuosité technique. Elle accompagne les états d’âme, traduit les hésitations et laisse les couleurs raconter ce que les personnages taisent encore. Certaines images possèdent même cette étrange qualité des rêves dont on ne se souvient plus très bien au réveil, mais dont une sensation persiste toute la journée, accrochée au coin de la mémoire comme un cerf-volant particulièrement têtu. Cette beauté n’est jamais gratuite : elle devient le prolongement naturel du regard que Mamoru Hosoda porte sur ses personnages, tiraillés entre le poids du passé et la possibilité, toujours fragile, d’un avenir différent.
Cette quête intérieure trouve d’ailleurs un écho passionnant dans la manière dont Scarlet et l’éternité refuse obstinément de transformer la vengeance en simple moteur spectaculaire. Beaucoup de récits bâtis autour d’un désir de revanche finissent par faire de la violence une sorte de feu d’artifice jouissif et presque moralement acceptable. Mamoru Hosoda prend presque le chemin inverse. Chaque affrontement laisse une cicatrice, chaque victoire possède un arrière-goût de défaite, comme si le film rappelait avec douceur qu’aucune épée n’a jamais réussi à découper un chagrin en morceaux suffisamment petits pour qu’il disparaisse. Sous ses airs de grande fresque fantastique, Scarlet et l’éternité parle finalement d’une question très simple : que reste-t-il lorsque la colère, entretenue pendant des années comme une vieille lampe que l’on refuse d’éteindre, cesse soudain d’éclairer le chemin ? Cette interrogation irrigue tout le récit et donne une véritable profondeur aux rencontres effectuées par Scarlet. Chacun des personnages croisés semble représenter une façon différente d’habiter ses blessures, certains s’y enfermant comme dans une forteresse, d’autres choisissant au contraire d’en faire un passage vers autre chose.
Mais le plus remarquable dans cette affaire est sans doute que Scarlet et l’éternité parvient à porter ce discours sans jamais sacrifier le plaisir de l’aventure. Les séquences d’action conservent une énergie communicative, servies par un sens remarquable de l’espace et du mouvement. Mamoru Hosoda possède cette capacité assez rare à rendre lisible des affrontements pourtant d’une grande ampleur. Les déplacements des personnages racontent toujours quelque chose de leur état d’esprit, les mouvements de caméra accompagnent les émotions au lieu de chercher à les écraser sous une avalanche d’effets. Les décors, eux, deviennent de véritables partenaires de jeu : une porte monumentale paraît peser autant sur les épaules de Scarlet que sur celles du spectateur, tandis que les immenses étendues désertiques semblent avaler les personnages jusqu’à les réduire à de simples éclats de lumière perdus dans un monde trop vaste. Cette élégance de la mise en scène rappelle que le réalisateur demeure l’un des grands artisans de l’animation japonaise contemporaine, capable d’allier la précision du geste à une forme de lyrisme qui ne bascule jamais dans l’esbroufe.
La partition musicale accompagne admirablement cette ambition, alternant envolées orchestrales et moments de silence où le simple bruit d’un pas ou le froissement d’un vêtement deviennent soudain bouleversants. Cette retenue permet à Scarlet et l’éternité de toucher juste jusque dans ses instants les plus spectaculaires. Le film n’assène jamais ses idées ; il les laisse lentement infuser au détour d’un regard, d’un paysage ou d’une hésitation. Et derrière les créatures, les batailles et les paysages vertigineux se cache une réflexion profondément humaine sur le pardon, la mémoire et cette étrange faculté qu’ont les êtres de continuer à avancer malgré le poids de leurs fantômes. Mamoru Hosoda signe ainsi une œuvre d’une beauté plastique éblouissante, mais surtout un film qui refuse les réponses faciles. Scarlet comprend peu à peu que l’éternité promise par le titre n’est peut-être pas celle de la souffrance, mais celle des liens invisibles qui unissent les vivants à ceux qu’ils ont perdus. Une idée infiniment plus vertigineuse qu’un simple récit de vengeance… et sans doute la plus belle victoire du film.
Le Blu-ray 4K Ultra HD
[4/5]
Difficile de résister à un Steelbook aussi élégant que celui de Scarlet et l’éternité. Fidèle à l’identité visuelle du film de Mamoru Hosoda, cette édition Blu-ray 4K Ultra HD éditée par Sony Pictures soigne immédiatement son entrée en scène grâce à un visuel épuré mettant Scarlet au premier plan, dans une composition qui évoque davantage une illustration d’Artbook qu’un simple emballage commercial. L’objet donne envie d’être exposé autant que visionné, ce qui constitue toujours un excellent point de départ pour une édition collector.
Côté image, il convient de rappeler que Scarlet et l’éternité est issu d’un master 2K, ici proposé en HDR10. Les amateurs de gain spectaculaire en matière de définition risquent donc de rester sur leur faim : les contours des personnages, les arrière-plans et les nombreux détails de l’animation ne gagnent pas véritablement en précision par rapport au Blu-ray également disponible dans le Steelbook. En revanche, le travail effectué sur la colorimétrie et la dynamique lumineuse modifie sensiblement la perception de nombreuses séquences. Là où le Blu-ray privilégiait parfois une palette plus chaude, presque solaire, cette présentation HDR10 adopte des teintes légèrement plus froides et plus nuancées, donnant davantage de profondeur aux rouges sang qui dominent une partie du récit ainsi qu’aux ciels crépusculaires traversés par Scarlet. Les contrastes gagnent également en subtilité, avec des hautes lumières mieux maîtrisées qui évitent certains excès de luminosité observés sur le Blu-ray classique. La partie sonore se montre tout aussi convaincante. La version originale japonaise bénéficie naturellement d’un mixage Dolby Atmos particulièrement immersif, exploitant avec finesse la verticalité lors des séquences les plus spectaculaires sans jamais tomber dans la démonstration permanente. Les ambiances du Pays des Morts enveloppent littéralement le spectateur, tandis que les effets atmosphériques, les réverbérations ou les déplacements des personnages profitent d’une spatialisation particulièrement précise. Les scènes d’action déploient une ampleur remarquable, mais le mixage sait également se faire discret lorsque l’émotion prend le dessus. Face à cette proposition très ambitieuse, la version française en DTS-HD Master Audio 5.1 n’a absolument pas à rougir. Bien au contraire, Sony Pictures nous livre un mixage extrêmement solide, dynamique et parfaitement équilibré. Les dialogues restent constamment limpides, la musique conserve toute son ampleur orchestrale et les effets surround participent efficacement à l’immersion sans jamais paraître artificiels.
Les suppléments proposés par Sony Pictures prolongent intelligemment la découverte de Scarlet et l’éternité. La quantité pourra sembler relativement modeste au premier abord, mais l’ensemble privilégie clairement la qualité à l’accumulation. On commencera donc par un entretien avec Mamoru Hosoda (9 minutes). Le scénariste / réalisateur y revient avec beaucoup de simplicité sur plusieurs aspects essentiels du film. Il explique notamment son désir d’apporter davantage de matière aux décors, d’intégrer la poussière, la boue ou les irrégularités des surfaces afin que cet univers fantastique conserve une véritable sensation de réalité physique. Mamoru Hosoda évoque également les difficultés rencontrées au cours du développement, les instruments ayant inspiré la musique ainsi que la volonté de construire une histoire capable de dépasser le simple récit de vengeance. On continuera ensuite avec des tests d’animation (2 minutes), qui constituent une curiosité destinée aux amateurs d’animation. Ces courts essais permettent d’observer quelques storyboards animés accompagnés de musique avant leur transformation en séquences définitives. Même très brefs, ils mettent parfaitement en évidence la manière dont le rythme, le découpage et les mouvements étaient déjà présents dès les premières étapes de la production.
Cette impression se retrouve d’ailleurs dans les deux modules de comparaisons film / storyboard (7 minutes). Le procédé est simple mais particulièrement parlant : le storyboard apparaît en parallèle de la scène terminée, permettant de mesurer avec précision tout le travail effectué par les animateurs. On constate que Mamoru Hosoda construit avant tout sa mise en scène par le mouvement et la composition des cadres, l’animation venant ensuite enrichir des intentions déjà parfaitement définies. C’est un supplément particulièrement instructif pour tous ceux qui s’intéressent au langage visuel du cinéma d’animation. Deux galeries d’illustrations complètent agréablement cet ensemble. La première rassemble un peu plus d’une douzaine d’illustrations, essentiellement des décors peints, tandis que la seconde met en avant plusieurs dessins préparatoires signés Tadahiro Uesugi. Le défilement manuel est certes assez sommaire, mais ces œuvres permettent d’apprécier tout le travail de recherche effectué autour des paysages, de l’architecture ou des harmonies colorées. Au final, cette édition Blu-ray 4K Ultra HD proposée par Sony Pictures constitue une très belle manière de découvrir ou de redécouvrir Scarlet et l’éternité. Si les suppléments auraient sans doute gagné à être plus nombreux, ceux présents accompagnent intelligemment le film en privilégiant l’analyse du processus créatif plutôt que la simple promotion. Du beau travail !

























