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Critique : Dogman


: 2018
Titre original : –
Réalisation :
Scénario : , , Matteo Garrone,
Interprètes : , ,
Distribution :
Durée : 1h42
Genre : drame
Date de sortie : 11 juillet 2018

3.5/5

Matteo Garrone fait partie de ces réalisateurs qui ne font jamais 2 fois le même film et dont l’appréciation par les spectateurs est extrêmement mouvante et, en général, très tranchée. C’est ainsi que certains vont encenser Gomorra, Grand Prix du Festival de Cannes en 2008, et rejeter Reality, même récompense en 2012, ainsi que Tale of Tales, reparti bredouille en 2015, alors que, pour d’autres, l’avis sera totalement inverse. Matteo Garrone était de nouveau en compétition au Festival de Cannes 2018, avec Dogman, et c’est son interprète principal, Marcello Fonte, qui a été récompensé, avec un Prix d’interprétation masculine totalement mérité si l’on tient compte du fait que Vincent Lindon, exceptionnel dans En guerre, était plus ou moins hors concours après avoir déjà obtenu cette récompense en 2015 pour un rôle assez proche.

Synopsis : Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce…

Une curieuse « amitié »

L’Italie, pays de lumière et de douceur de vivre ? Pas pour Matteo Garrone dans Dogman, en tout cas, le réalisateur nous entrainant dans une banlieue de Rome absolument sinistre, dans un quartier où sévit Simoncino, un ancien boxeur cocaïné avec un tout petit grelot à la place du cerveau et qui, ne connaissant que les rapports de force violents, terrorise quotidiennement son voisinage lorsqu’il n’est pas en prison. Quel lien peut-il vraiment y avoir entre cette brute épaisse et Marcello, qui tient une boutique de toilettage et de garde de chiens ? Marcello, la gentillesse même, un homme « trop bon, trop con », un naïf qui vit avec sa fille et qui se laisse faire par tout le monde et, tout particulièrement, par Simoncino. Est-il vraiment possible de parler d’amitié entre ces deux hommes que tout sépare ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une relation de type dominant – dominé dans laquelle le dominant entraine le dominé dans des spirales criminelles délétères mais finit par pousser le bouchon tellement loin que la soumission arrive à se transformer en révolte brutale.

Une réflexion sur la vengeance au cinéma

Dogman est un film que Matteo Garrone a porté en lui pendant 10 ans. Au départ, un fait divers qui, à la fin des années 80, s’est véritablement déroulé dans la banlieue de Rome et qui impliquait, comme dans le film, un toiletteur pour chiens et un ancien boxeur sorti de prison qui en avait fait son souffre-douleur favori. Bien entendu, en 10 ans, le film a évolué, aussi bien par rapport à la réalité des faits que par rapport aux idées de départ du réalisateur. Si on peut voir dans Dogman un parallèle entre le comportement des animaux, par nature bestial, et celui des êtres humains, très souvent tout aussi bestial, si on y retrouve également un thème rappelant le combat de David contre Goliath, il n’empêche que ce film nous amène à réfléchir, une fois de plus, à la place, si souvent valorisée, de la vengeance dans le cinéma. A se poser des questions, aussi, sur notre propre éthique, très souvent mise à mal par le plaisir plus ou moins malsain qu’on prend à assister au cinéma à des actes de vengeance au caractère souvent sordide alors  que, moralement, l’association  du droit et de la justice devrait nous pousser à rejeter toute forme de vengeance individuelle. Verdict de la réflexion :  Dogman, par rapport à de nombreux westerns, à la plupart des films de Peckinpah ou, plus récemment, à La colère d’un homme patient,  est loin d’être ce qui se fait de pire en matière de vengeance dont on voit l’exécution avec plaisir tout en étant conscient qu’elle est moralement indéfendable.

Une fois qu’on a admis qu’il n’y a pas de honte particulière à apprécier le bouleversement du comportement de Marcello vis à vis de Simoncino, on peut aborder sereinement une ultime façon de voir Dogman : le voir, avant tout, comme un film politique. En effet, Dogman est un film italien, et il n’est pas interdit de penser que, pour Matteo Garrone, Marcello, avec sa profonde naïveté, est une métaphore du peuple italien qui, après s’être laissé entraîner dans des comportements nauséeux par une classe politique stupide, brutale et corrompue, en arriverait à se libérer de ses chaînes avec une certaine brutalité, pas vraiment inexcusable.

En tout cas, quelle que soit la lecture faite de ce film, une certitude : grâce à la mise en scène de Matteo Garrone, grâce, également, au jeu des comédiens, Dogman faisait partie du haut du panier au sein d’une sélection Cannes 2018 une fois de plus très inégale !

Un prix d’interprétation mérité

A près de 40 ans, Marcello Fonte est loin d’être un comédien expérimenté : une première apparition à l’écran en 2011, avec un tout petit rôle dans Corpo celeste, de Alice Rohrwacher, un rôle guère plus important en 2017, dans L’intrusa de Leonardo di Costanzo et voilà ce quasi sosie de Luis Rego qui, pour son premier premier rôle, repart de Cannes 2018 avec rien moins que le Prix d’interprétation masculine ! Un prix que tout le monde, qui plus est, s’accorde à considérer comme étant parfaitement justifié. Il faut dire que, déjà bien aidé par son physique tout à fait en phase avec le rôle qu’il doit interpréter, Marcello Fonte se montre parfait dans le dosage à donner des différentes facettes de son personnage : juste ce qu’il faut de peur et de comportement soumis face à Simoncino, sourire forcé dans ses rapports avec le voisinage, tendresse dans sa relation avec sa fille ou quand il s’occupe des chiens qui lui sont confiés.

A ses côtés, dans le rôle de Simoncino, un comédien qu’on voit souvent dans le cinéma italien contemporain : Edoardo Pesce. Un comédien dont le physique le conduit le plus souvent vers des rôles de grosse brute (Fortunata) ou de personnage bas du front (Tout mais pas ça !). Dans Dogman, il combine les deux facettes avec un talent certain !

Conclusion

Film qui peut (qui doit ?) faire l’objet de différents niveaux de lecture, Dogman vient positivement enrichir la filmographie de Matteo Garrone et prouver, une fois de plus, la qualité du cinéma italien d’aujourd’hui, trop souvent mésestimé, voire carrément rejeté.

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Auteur

Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles