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Critique : Colony

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Colony

Corée du Sud, 2026
Titre original : Gunche
Réalisateur : Yeon Sang-ho
Scénario : Yeon Sang-ho et Choi Gyu-seok
Acteurs : Gianna Jun, Koo Kyo-hwan, Ji Chang-wook et Shin Hyun-been
Distributeur : ARP Sélection
Genre : Horreur / Interdit aux moins de 12 ans
Durée : 2h03
Date de sortie : 27 mai 2026

3/5

Qu’il respecte avec une belle fidélité nostalgique les codes du film catastrophe fait partie des qualités de Colony. Elles sont en effet nombreuses. Car même si Yeon Sang-ho n’y réitère pas son exploit d’il y a dix ans avec Dernier train pour Busan, à savoir nous ravir avec un film d’invasion zombie à l’intensité hautement jouissive, le réalisateur sud-coréen maîtrise parfaitement la tension au cours de cette course contre l’infection des plus efficaces. En parallèle d’une action haletante de bout en bout, il s’autorise même à diffuser quelques commentaires savoureux sur la culture de son pays en particulier et l’engouement périlleux de l’humanité pour les nouvelles technologies en général. Bref, il s’agit d’un cocktail de film de genre des plus décapants, dont l’élimination progressive des survivants répond à une logique finalement plus sophistiquée que celle des épopées de destruction massive à la mode dans les années 1970.

Cette sophistication naît avant tout de l’ambiguïté des personnages. Mieux vaut ne pas se fier aux apparences, quand il s’agit de classer les rescapés en figurants à donner en pâture aux zombies voraces d’un côté et en héros sans reproche de l’autre. Les lignes de probité morale y sont bien plus floues. Ce qui vaut également, dans une moindre mesure, pour l’armée d’individus infectés qui prennent d’assaut une tour au cœur de la capitale sud-coréenne au bout de quelques minutes de film. En toute logique, ils sont exempts d’une personnalité propre. Par contre, l’astuce scénaristique du film consiste à leur fournir une conscience collective, prête à apprendre et ainsi à gagner en intelligence stratégique.

Enfin, en supplément tout à fait bienvenu, le récit du dixième long-métrage de Yeon Sang-ho – dont deux films d’animation et trois productions Netflix – peut aisément être analysé comme la revanche des femmes, intelligentes et pleines de ressources, prise sur les hommes, manipulateurs, violents et lâches.

© 2026 Showbox / Wowpoint / Smilegate / Midnight Studio / ARP Sélection Tous droits réservés

Synopsis : Alors qu’ils sont divorcés depuis dix ans, la professeure Se Jeong est invitée par son ancien mari à une conférence de biotechnologie. Ceci afin de lui permettre de retrouver un travail, elle qui affiche un comportement presque asocial en affirmant que tout est de la faute des autres. Pendant qu’ils déjeunent dans un restaurant du centre commercial de la tour Doongwoori à Séoul, quelques étages plus haut, un ancien employé de la société Chains Bio infecte le président de cette dernière d’un virus qui le transforme sans tarder en zombie sanguinaire. Bientôt, la plupart des personnes présentes sur place sont atteintes et les forces de l’ordre bouclent le gratte-ciel par peur d’une propagation du virus. Entre-temps, Se Jeong et quelques autres rescapés ont réussi à se barricader dans un magasin de camping.

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Rien que du très classique pour commencer le périple de Colony. Un savant fou lance une alerte à laquelle la police met sans surprise trop de temps à répondre. Des dynamiques en petits groupes se mettent en place parmi les personnages avec lesquels nous serons prochainement appelés à nous identifier. Et l’élément déclencheur – autrefois un accident d’avion, une avarie de paquebot ou un tremblement de terre, ici un virus néfaste – sème le chaos avec fracas. Ce qui ne signifie nullement que Yeon Sang-ho ne maîtrise pas son sujet. L’emboîtement sans accroc des pièces du puzzle de départ sert plutôt à nous berner. À nous prédisposer à vivre une refonte du genre d’aventure aussi tonitruante que mélodramatique qui peut légitimement déboucher sur un divertissement au pathos jouissif.

Tandis qu’il y a indubitablement de cela dans ce huis-clos fantastique, les indices pour quelque chose de plus astucieux ne tardent pas à se mettre en place. Ne serait-ce qu’à travers le détournement systématique des clichés les plus indécrottables, encore largement en cours dans le cinéma populaire, en Corée du Sud et ailleurs dans le monde. Peu importe que ce soit le brossage rapide du portrait psychologique de notre future héroïne, en somme une femme hystérique à laquelle on a oublié de coller cette étiquette oh si sexiste, l’inclusion valorisante d’un personnage en situation de handicap ou bien l’absence criante de charme rassurant chez le flic de service, cette accumulation visiblement volontaire de contre-temps nous met la puce à l’oreille quant à une suite de l’intrigue guère prévisible.

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Et effectivement, rien ou presque ne se passe comme prévu, une fois les présentations de circonstance effectuées. Tout en incluant constamment des progrès technologiques possibles dans l’élaboration de son intrigue presque crédible, le réalisateur tisse la toile savante dans laquelle il se complaît à piéger simultanément ses personnages et son public. Avec au moins autant de malice que d’inquiétude pour le monde dans lequel nous vivons, toutes et tous, Yeon Sang-ho œuvre en parallèle de l’action sans temps morts à un constat alarmant sur la dégringolade morale de la société sud-coréenne et, par extension, dans la plupart des autres pays. Et même si l’évolution des techniques de communication est désormais si rapide que les moyens d’organisation clandestine par voie de textos et autres enregistrements de caméras de surveillance épluchés à la main risquent de dater prématurément l’histoire, leur inclusion ne sonne jamais opportuniste.

Car le vrai problème que Colony soulève en filigrane se situe ailleurs. Dans l’attitude frileuse de l’appareil institutionnel, politiciens et fonctionnaires de police réunis, qui cherchent à temporiser, alors que le mal se propage sans entraves. Dans les combines rarement altruistes du groupuscule de survivants dont l’union ne fait jamais réellement la force, tant ils s’étripent, au propre comme au figuré, dans leur guéguerre stérile d’intérêts personnels. Enfin, dans cette éternelle course au profit et à l’uniformisation, qui montre ici son visage le plus cru, quitte à employer le langage cinématographique du film de zombies, derrière lequel il a toujours été si facile de cacher des messages éclairés. Celui de ce film-ci l’est sans l’ombre d’un doute, y compris quelques particularités sud-coréennes, comme le suicide en tant que seule issue autorisée au déshonneur public.

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Conclusion

Certes, Colony n’atteint pas la maestria formelle du Dernier train pour Busan, la pièce maîtresse de la filmographie de Yeon Sang-ho par rapport à laquelle tous ses autres films, nouveaux ou plus anciens, devront se mesurer. En attendant la sortie tardive de son avant-dernier film The Ugly au cœur de cet été, nous sommes pourtant rassurés sur la bonne santé du cinéma sud-coréen. Car cette histoire d’épidémie meurtrière finalement pas si aberrante se distingue par sa double qualité jamais prise en défaut. D’abord, elle assure le spectacle, grâce aux cascades impressionnantes de la part des comédiens qui interprètent les morts-vivants, ainsi qu’à un fil dramatique jamais relâché. Puis, la mise en avant de l’habileté des personnages féminins, au détriment des desseins plus bruts chez les hommes, nous gratifie d’une magnifique parenthèse dans un contexte de retour de bâton masculiniste, au cinéma et en dehors de nos chères salles obscures.

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