Vivaldi et moi

Italie, France, 2025
Titre original : Primavera
Réalisateur : Damiano Michieletto
Scénario : Ludovica Rampoldi et Damiano Michieletto, d’après un roman de Tiziano Scarpa
Acteurs : Tecla Insolia, Michele Riondino, Andrea Pennacchi et Fabrizia Sacchi
Distributeur : Diaphana Distribution
Genre : Drame
Durée : 1h51
Date de sortie : 29 avril 2026
3/5
Le grand succès dans les salles de cinéma art & essai de ce printemps, Vivaldi et moi est en fait un film étonnamment sage, presque consensuel. Certes, il épouse le point de vue du personnage féminin principal afin de mieux souligner le joug de la domination patriarcale sous lequel les femmes souffraient encore très largement au XVIIIème siècle. Et il n’enjolive pas non plus le statut des musiciens et compositeurs prodigieux, de simples pions sur l’échiquier du jeu d’influence et de prestige mené par l’aristocratie. Cependant, il lui manque l’étincelle de folie ou le zeste de surprise qui aurait pu faire du premier long-métrage de Damiano Michieletto une œuvre cinématographique réellement inspirée.
Dans l’état, cette histoire d’une émancipation tant soit peu empêchée demeure tout à fait fidèle à l’impression que nous a donné sa bande-annonce française. À savoir un film historique bien comme il faut, qui penche autant du côté de la reconstitution fastueuse que de celui de la tragédie intimiste. Car même si le matériel promotionnel omet un fil secondaire de l’action – la peine éprouvée par l’orpheline violoniste de ne pas avoir connu sa mère –, pour l’essentiel, il nous retrace les grandes lignes de ce dilemme mi-artistique, mi-affectif.
Ainsi, Tecla Insolia a beau insuffler une candeur saisissante dans le cœur de son personnage, sinon réduit à une ambition quelque peu égoïste, et Michele Riondino fait de son mieux pour museler le génie musical manifeste du compositeur de légende par voie d’une santé défaillante, leur rencontre ne quitte jamais entièrement le terrain de la bienséance dramatique. Pour cela, une petite dose d’imprévu en somme, il faudra attendre pratiquement jusqu’à la fin du film, quand des rôles secondaires à première vue stéréotypés font tomber le masque en bien, Fabrizia Sacchi en mère supérieure intransigeante, ou en mal, Stefano Accorsi en fiancé mielleux.

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Synopsis : En 1716 à Venise, l’avenir de Cécilia, orpheline de l’Ospedale della Pietà, est tout tracé. Jusqu’à la fin de la guerre contre la Turquie, elle jouera le violon dans l’orchestre de jeunes filles de l’institution. Puis, elle épousera un riche officier qui fera en échange un don généreux à l’orphelinat de bonne réputation. Sauf que récemment, les recettes ont commencé à baisser, les riches mécènes de la ville ayant abandonné la chapelle où Cécilia et ses consœurs se produisent à couvert, au profit de compositions plus modernes ailleurs. Pour éviter le déclassement, les dirigeants acceptent de réengager Antonio Vivaldi, prêtre et compositeur de génie, qui ne tardera pas à reconnaître le véritable talent musical de Cécilia.

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Tout est une question d’argent
Quand il ne s’aventure pas du côté d’une complicité sentimentale jamais ouvertement exprimée entre le maître et son élève, Vivaldi et moi ne se prive pas de dénoncer des mécanismes sociaux d’un autre âge, dont les grands principes hiérarchiques peuvent pourtant toujours s’appliquer de nos jours. Puisque le féminisme tel que nous le définissons aujourd’hui n’avait alors pas encore cours, le personnage principal féminin est la plupart du temps une victime, parfois une observatrice impuissante, quoiqu’à aucun moment plus qu’un grain de sable anodin, prêt à être broyé par le pouvoir en place. Celui-ci se conjugue de plusieurs manières. À commencer par cette mère supérieure, faussement diabolique donc, qui se débarrasse d’emblée, sans le moindre état d’âme, d’une source d’attendrissement pour les jeunes femmes si innocentes dont elle a la charge.
Or, elle aussi n’est guère plus qu’un petit rouage d’une machine parfaitement rodée, où tout se monnaie. Du silence du médecin censé attester la virginité des futures épouses jusqu’à l’achat de nouveaux instruments, en mesure d’accomplir les rêves musicaux les plus fous de Vivaldi. Ceci dit, l’argent n’y est que le vecteur d’un pouvoir parfaitement codifié depuis longtemps. Ce sont les membres de la royauté plus ou moins grotesques qui le détiennent et qui en abusent à leur guise.
La séquence la plus révélatrice à ce sujet est celle du concert privé donné en l’honneur du roi du Danemark, de passage dans la cité des Doges. D’abord lui-même le dindon de la farce à l’occasion d’un jeu de cache-cache, le monarque n’hésite pas à se moquer du début enjoué de la composition de Vivaldi. Pour finir par en être profondément ému, jusqu’à présenter la jeune virtuose au violon au tout-Venise, sous le charme.
Dommage seulement que le potentiel considérable de confluence des différentes thématiques du film – la main-mise des riches sur le savoir-faire des pauvres, les femmes en tant que jouet offert au bon plaisir des hommes, le combat de coqs autour des faveurs de Cécilia – n’y trouve pas une expression cinématographique plus prenante, ce moment de vérité passant sans laisser trop de traces, comme la plupart des séquences du film !

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La musique ou la vie
Ce même degré de traitement convenable, quoique rarement fascinant, s’applique à la musique et à l’effet qu’elle peut exercer sur celles et ceux qui la font ou qui l’écoutent. Évidemment, elle est pendant la majeure partie du récit la raison d’être principale de Cécilia. Au détail près que les digressions ne manquent pas pour relativiser durablement sa passion mélomane. Ainsi, elle écrit ses confidences nocturnes sur du papier à musique, mais leur contenu n’a rien de mélodieux. Il renvoie davantage à la blessure intime du personnage. Cette faille dans son histoire personnelle, elle a beau la partager avec ses camarades d’infortune, personne ou presque ne semble disposé à soulager sa peine affective. Tout juste, de brefs instants de complicité féminine, le soir au dortoir, la préparent-ils au rôle qu’elle aura à jouer, une fois son mariage consommé. Quant à sa détresse d’orpheline, elle devra l’affronter désespérément seule.
Est-ce qu’il faut se féliciter de ce portrait de femme en demi-teinte ou, au contraire, regretter que Damiano Michieletto n’ait pas opté pour une approche plus revendicatrice ? La passivité de cette victime du patriarcat à l’état brut correspond certainement à la réalité historique, qui n’avait aménagé qu’une place de faire-valoir pour les hommes aux femmes par trop ambitieuses. En même temps, doublée d’un autre écart de la cruauté du monde par voie d’absorption complète dans la musique chez Vivaldi, elle ne fait quasiment rien pour rendre la narration particulièrement vigoureuse. Cette dernière s’avère certes des plus solides, mais toujours passablement prévisible.
Comme si des contes sur l’oppression des femmes au fil de la longue Histoire sinistre de l’humanité, on en avait déjà vu des dizaines. Au demeurant évoqués avec plus d’élan que ce produit culturel savamment calibré, quoique dépourvu d’une identité aussi forte que l’envie de s’affranchir de sa condition avilissante affichée en toute circonstance par son héroïne.

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Conclusion
Où se situe le dépassement salutaire de nos attentes dans Vivaldi et moi ? Pendant près de deux heures, nous l’avons cherché en vain. Ce qui ne veut pas dire que les débuts dans le cinéma de fiction de Damiano Michieletto – jusqu’à présent surtout connu pour ses mises en scène d’opéra – commettent quelque faux pas flagrant que ce soit. De même, les différences par rapport à ce que la bande-annonce nous a promis sont plutôt minimes, une fois que le périple commun de deux âmes tourmentées s’est achevé dans une conclusion vaguement optimiste. Il n’empêche qu’on avait osé espérer quelque chose de plus dense, de moins platement soigné, que cette épopée historique en tous points acceptable, mais guère plus.















