DVD — 14 juin 2019
Test Blu-ray + DVD : Un, deux, trois

Un, deux, trois


Etats-Unis : 1961
Titre original : One, two, three
Réalisation :
Scénario : Billy Wilder, , d’après une pièce de Ferenc Molnár
Interprètes : , ,
Editeur :
Durée : 1h44
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 28 février 1962
Date de sortie DVD/BR : 4 juin 2019

 

A -Ouest, l’ambitieux Mac Namara représente les intérêts de Coca-Cola. Il voudrait bien conquérir le marché de l’Est, ce qui lui vaudrait à coup sûr de l’avancement. Il entreprend donc de convaincre un trio d’attachés commerciaux soviétiques. Sur ces entrefaites débarque miss Coca, fille du grand patron de la firme et séductrice impénitente. Les tracas ne font que commencer…

 

 

Le film

[4/5]

1961 : président de la division Berlin de Coca-Cola, C.R. MacNamara souffre de n’avoir à couvrir que la moitié d’une ville, alors que son ambition  n’est rien moins que d’être nommé à Londres dans le poste de responsable de la compagnie pour l’Europe entière. Dans un premier temps, il espère profiter de la proximité géographique avec Berlin Est et les délégations commerciales soviétiques qui s’y trouvent, pour être celui par qui les marchés de l’Europe de l’est vont s’ouvrir à Coca-Cola. Aucun doute pour lui : une telle réussite le propulserait à coup sûr dans le fauteuil dont il rêve. C’est alors que se présente à lui une opportunité qui, si tout se passe bien, pourrait donner un résultat positif encore plus rapide : le grand patron de Coca-Cola a envoyé en Europe Scarlett, sa fille chérie âgée de 17 ans,  afin de calmer, espère-t-il, sa frénésie en matière de séduction et il demande à MacNamara de la chaperonner durant son séjour à Berlin. Une Scarlett qui cache bien son jeu, d’où un optimisme qui ne cesse de croitre ches MacNamara. Jusqu’au moment où … Vous pensez bien qu’avec Billy Wilder aux manettes tout pouvait arriver ! Eh bien, en effet, tout arrive.

 

 

A la fin de l’année 1960, il est fortement question d’un film que tournerait Billy Wilder avec les Marx Brothers et qui aurait pour titre A day at the United Nations. Malheureusement pour l’histoire du cinéma, une attaque cardiaque de Harpo, puis la maladie et la mort de Chico ont empêché la réalisation de ce projet. Il n’empêche, Marx est loin d’être absent dans Un, deux, trois, film en scope et en noir et blanc que Billy Wilder avait en tête depuis 1957 et qu’il va réaliser en 1961 pour « remplacer » ce film avec les Marx Brothers. On retrouve en effet dans ce film, adaptation très libre de la pièce « Egy, kettő, három » du dramaturge hongrois Ferenc Molnár, l’auteur de « Liliom », le goût du trio pour les calembours et les gags les plus fous ainsi que la frénésie si caractéristique des films des frères Marx, en particulier celle concernant les dialogues, débités façon mitraillette, souvent accompagnés de « La danse du sabre » de Khatchatourian. Et puis, Marx, prénom Karl, est également bien présent, le film étant bien ancré dans la guerre froide, avec, d’un côté, des soviétiques lubriques et pas très futés, de l’autre des américains tout aussi idiots, mettant l’affairisme et la réussite matérielle au dessus de tout et négligeant totalement la culture. Sans oublier les allemands qui, pour Billy Wilder, n’ont pas encore totalement oublié les claquements de talon quand ils sont à l’ouest et sont devenus des militants communistes purs et durs quand ils sont à l’est. En fait, cette satire tripartite n’épargne aucune des idéologies du 20ème siècle, le nazisme, le communisme, le capitalisme. De la pièce d’origine, Billy Wilder et I.A.L. Diamond ont surtout gardé un élément important : faisant fi des convictions inébranlables, le film cherche à montrer comment il est possible de transformer en peu de temps un jeune communiste idéaliste, pur et dur, en capitaliste mondain, tout aussi pur et dur.

Malheureusement pour Billy Wilder, le film a doublement eu à souffrir des événements se déroulant à Berlin durant le tournage du film et, tout particulièrement, celui survenu dans la nuit du 12 au 13 août 1961 : la construction du Mur de Berlin. Premier impact de ces événements : une augmentation des coûts de production, le tournage des scènes se déroulant à la Porte de Brandebourg n’étant pas terminé, ce qui obligea l’équipe  à se rendre à Munich où une reproduction en taille réduite de la Porte fut construite sur le parking des studios Bavaria Film. Second impact : avec la construction de ce mur, l’atmosphère de guerre froide était devenue encore plus lourde et il était difficile d’entraîner les spectateurs vers un film censé les faire rire à propos des relations entre américains et soviétiques. Situé ente et dans la filmographie de Billy Wilder, Un, deux, trois fut un échec commercial lors de sa sortie en 1961. Il fallut attendre sa ressortie en 1985 pour qu’il apparaisse vraiment pour ce qu’il est : une comédie trépidante et très piquante, emmenée par un James Cagney jouant sa partition sur un rythme infernal. Le pauvre : il lui faudra 20 ans pour récupérer et apparaître de nouveau au cinéma, dans Ragtime de Milos Forman. Par contre, 58 ans après sa sortie, le film, lui, n’a pas pris une ride !

 

 

Un mot supplémentaire sur le film… Par Mickaël Lanoye :

Jean-Jacques a tout à fait raison – il ne faut sous aucun prétexte manquer Un, deux, trois.

Né de l’imagination fertile et de la plume acérée de Billy Wilder et I.A.L. Diamond, Un, deux, trois est une satire dont la particularité principale est de se révéler si rapide, enlevée et tellement blindée de punchlines que le spectateur lambda en loupera en moyenne une sur deux… tout simplement parce qu’il est encore en train de rire de la précédente quand débarque la suivante ! Le rythme et l’énergie déployée par les acteurs, au taquet du début à la fin, pourra même se montrer par certains aspects presque épuisante pour le public, mais les amateurs de farces loufoques et hystériques telles que celles des Marx Brothers seront aux anges.

Satire féroce, pointant du doigt les hypocrisies et les absurdités fondamentales de tous les dogmes politiques et moraux, Un, deux, trois se pose également comme une comédie « non-sensique » dans la plus pure tradition des années 60, annonciatrice par bien des aspects de films tels que La panthère rose et ses suites mettant en scène Peter Sellers dans la peau de l’inspecteur Clouseau. Ici, ce sont en revanche James Cagney et Billy Wilder qui nous font la démonstration de leur timing comique parfait. Essayez donc de résister au fou-rire en découvrant la police Est-allemande torturer un prisonnier en lui faisant écouter la chanson « Itsy bitsy teenie weenie yellow polkadot bikini »

 

 

Le DVD + Le Blu-ray

[4.5/5]

Un, deux, trois en DVD, ce n’est pas une nouveauté. Ce qui en est une, c’est que ce film est présenté pour la 1ère fois en France dans un master Haute Définition. Cela donne un Noir et Blanc de très bonne tenue et un excellent son Dual  Mono DTS HD aussi bien pour la version originale que pour la version française. A noter que, contrairement à ce qui se passe actuellement, avec des doublages le plus souvent calamiteux débités sur le même ton que le film soit américain ou japonais, la version française s’avère tout à fait audible. Par contre, dans ce film qui regorge de jeux de mots et de « private jokes »,  on peut noter quelques différences entre le texte qu’on peut lire dans le sous-titrage et celui qu’on peut entendre dans la VF. La plupart sont mineures, mais il en est une qui est assez énorme : lorsque le comte Von Droste Schattenburg, pressenti pour adopter Otto, le jeune communiste est-allemand dont Scarlett s’est entiché, se présente à C.R. MacNamara, il se flatte d’appartenir à une longue lignée de « bleeders ». Traduction du sous-titrage : hémophiles. Traduction dans la version française : égorgeurs ! Qu’y a-t-il de plus difficile que la traduction d’un jeu de mots ?

Les suppléments disponibles sur et avec le DVD sont somptueux. Tout d’abord, une interview audio de Billy Wilder réalisée le 15 mars 1970 au National Film Theater de Londres et d’une durée de 58 minutes : des questions posées par un animateur et par des spectateurs, des réponses apportées par un Billy Wilder plein d’humour et de sarcasme. On n’apprend rien sur Un, deux, trois, jamais évoqué, on apprend beaucoup sur le réalisateur, sur sa façon de travailler, ses rapports avec les critiques et avec les interprètes de ses films. Autre supplément fort intéressant : une conversation de 36 minutes, consacrée à Un, deux, trois, entre Mathieu Macheret, critique cinéma au Monde, et Frédéric Mercier, journaliste à « Transfuge ». Petit détail sans importance : lorsqu’il parle du jeune communiste est-allemand, dont le prénom est Otto, Mathieu Macheret ne cesse de l’appeler Fritz, prénom du chauffeur de MacNamara ! Dernier supplément présent sur le DVD : la bande-annonce du film, en version originale non sous-titrée. Et puis, cerise sur le gâteau, le DVD et le Blu-ray, sorti en même temps, sont livrés avec un livret de 28 pages, rédigé par Marc Toullec à partir de nombreuses sources, un livret avec de très nombreuses photos et qui fournit les détails qui pouvaient manquer concernant, entre autres, la façon dont la pièce a été utilisée, le transfert du tournage, initialement prévu à Paris, vers Berlin, l’utilisation au jour le jour de faits réels contemporains au tournage, la raison du choix de James Cagney pour interpréter le rôle principal, les rapports entre le réalisateur et l’acteur, les rapports entre ce dernier et Horst Buchholz, interprète d’Otto, ainsi que ceux avec Pamela Tiffin, interprète de Scarlett.

 

 

Un mot sur le Blu-ray… Par Mickaël Lanoye :

La collection Billy Wilder de Rimini Éditions s’enrichit donc ce mois-ci d’un nouveau titre en Blu-ray. Après La garçonnière, Irma la douce, , et Témoin à charge, c’est donc aujourd’hui à Un, deux, trois de bénéficier d’un superbe lifting Haute Définition qui lui permet de retrouver tout l’éclat de sa présentation d’origine. Le film est présenté au format CinémaScope respecté, en 1080p, l’image restaurée est de toute beauté, affichant un noir et blanc littéralement superbe : les contrastes sont fins mais affirmés, le grain argentique d’origine a été scrupuleusement préservé et le master semble débarrassé de quasiment tous les dégâts infligés par le temps (poussières, taches ou autres griffes…). Certains plans « à effets » (fondus enchaînés, mentions écrites) sont certes plus doux que d’autres, mais l’ensemble est bien tenu : la restauration est de qualité, et le résultat est extrêmement satisfaisant. Côté son, la bande-son est proposée en DTS-HD Master Audio 2.0, en VF d’origine et ou en VO, au choix – le choix est d’ailleurs cornélien : la version originale vous permettra de savourer les voix et intonations réelles des acteurs, mais le sous-titrage ne peut pas retranscrire en intégralité leurs échanges et leur débit « mitraillette ». La version française est surannée et pleine de charme, mais fait perdre énormément de l’intensité du jeu de James Cagney. A vous de voir… Dans les deux cas, les dialogues sont clairs et bien découpés, et la musique d’André Prévin (notamment la fameuse danse du sabre qui imprime son rythme au film) est parfaitement mise en avant.

Les suppléments sont les mêmes que sur le DVD, mais sont naturellement proposés en Haute Définition.

 

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Jean-Jacques

Cet article a été rédigé par Jean-Jacques Corrio, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles