Test DVD : Mizrahim – Les oubliés de la Terre Promise

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Mizrahim – Les oubliés de la Terre Promise

Israël, France : 2021
Titre original : –
Réalisation : Michale Boganim
Scénario : Michale Boganim
Acteurs : Reuven Abergel, Erez Biton, Maayane Elfassy Boganim
Éditeur : Blaq Out
Durée : 1h29
Genre : Documentaire
Date de sortie cinéma : 8 Juin 2022
Date de sortie DVD : 21 février 2023

Mizrahim, c’est le nom que donnent les israéliens aux juifs venus d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, victimes, dès leur arrivée sur la Terre Promise, d’un système discriminatoire qui fait d’eux des citoyens de seconde zone. Dans les années 70, un mouvement de révolte s’inspirant des Black Panthers aux États-Unis, émerge pour défendre leurs droits…

Le film

[3/5]

Remarquée en 2005 avec Odessa… Odessa !, son premier long métrage documentaire tourné entre Odessa, New York et Israël, Michale Boganim avait fait un petit détour par la fiction avec La Terre outragée en 2012. Dix ans plus tard, on la retrouve aux commandes de Mizrahim – Les oubliés de la Terre Promise, un autre long-métrage documentaire qui n’a pas peur d’appuyer là où ça fait mal et évoque de manière assez frontale la discrimination entre juifs Ashkénazes et Mizrahim en Israël.

D’une certaine manière, toute la vie de Michale Boganim a été marquée par un certain sentiment d’exclusion. Fille d’une mère ashkénaze et d’un père qui a émigré du Maroc en Israël en 1965, la vie de la cinéaste s’est construite, d’abord en Israël, puis en France, en marge de sociétés qui ne savaient pas quoi faire d’elle ou de sa famille : juive mais issue d’une culture arabe, immigrée sur la Terre Promise, elle se sent à juste titre mal à l’aise dans ces nations à qui elle appartient sans réellement y appartenir.

Il y a donc beaucoup de la cinéaste au cœur de Mizrahim – Les oubliés de la Terre Promise, qui utilise sa propre famille pour encadrer une histoire à la fois personnelle et politique et décrire les luttes auxquelles les Juifs Mizrahim ont été confrontés en Israël depuis sa fondation. D’ailleurs, à travers la narration de son documentaire, elle s’adresse à sa fille comme si elle lui écrivait une lettre, tout en lui montrant les différentes villes et villages qui composent la périphérie d’Israël. Ainsi, on apprendra que la plupart des Mizrahim, ainsi que les Séfarades du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, ne vivent pas à Jérusalem ou à Tel Aviv, mais ont été relégués dans des endroits plus petits et isolés.

Entre mémoire et souvenirs, la cinéaste filme tout en retenue les différents témoignages qui émaillent son récit, avec une mise en scène sensible et élégante. Alors que les intervenants racontent leur vie, la caméra se concentre en effet sur leurs ombres, leurs mains, etc. Et au fil des histoires se déroulant à l’écran, Mizrahim – Les oubliés de la Terre Promise nous montrera que la réinstallation des Juifs des terres arabes dans ces zones désolées faisait partie d’une volonté gouvernementale visant à la fois à peupler les zones désertiques et à s’assurer qu’Israël avait suffisamment de travailleurs pour construire ces nouvelles villes. Le gouvernement Israélien est ainsi clairement montré du doigt par la réalisatrice dans sa volonté de faire des Mizrahim des citoyens de seconde zone.

Il va sans dire que Mizrahim – Les oubliés de la Terre Promise n’a pas reçu de financement de la Commission israélienne du film, mais la grande victoire pour la cinéaste est d’être parvenue, malgré les pressions, à présenter son film lors des Venice Days, la section parallèle de la Mostra de Venise, ce qui permet au final à la parole des juifs Mizrahim : la mise en lumière de ces cas de discrimination permet ainsi de faire naître l’espoir que les générations futures n’aient pas à supporter les mêmes fardeaux.

Le DVD

[4/5]

Après une petite carrière dans les salles obscures, Mizrahim – Les oubliés de la Terre Promise débarque donc au format DVD sous les couleurs de Blaq Out, et l’éditeur nous permettra de découvrir le nouveau documentaire de Michale Boganim dans des conditions tout à fait satisfaisantes. En ce qui concerne l’image et le son, force est de constater que Blaq Out semble parfaitement rodé à l’encodage sur format DVD, et nous propose de fait un master sans faille : définition, piqué et couleurs composent plutôt bien avec les limites du support. Tout juste pourra-t-on constater une image un poil trop sombre. Côté son, le film est proposé en Dolby Digital 5.1, mais, évidemment, le mixage n’est pas un exemple de dynamisme multi-canal, même s’il tend parfois à donner une certaine ampleur acoustique aux images. Le film est également proposé dans un mixage Dolby Digital 2.0 tout aussi cohérent et satisfaisant.

En guise de bonus, et pour consolider l’expérience et la réflexion autour du film, l’éditeur nous propose un entretien avec Charlie Boganim (25 minutes), le père de la réalisatrice, qui évoquera la discrimination dont les Mizrahim ont été victimes dans les années 70. Si le propos est assez redondant avec les témoignages du documentaire, l’interview demeure tout à fait intéressante.

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