Critique : Tout va super

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Tout va super

France, 2026
Titre original : –
Réalisateur : Patrick Cassir
Scénario : Patrick Cassir et Rudy Milstein
Acteurs : Hakim Jemili, Noémie Lvovsky, Marie Colomb et Rudy Milstein
Distributeurs : Warner Bros. Discovery France / Zinc Distribution
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h32
Date de sortie : 27 mai 2026

3/5

Entre deux registres et deux temps de vie bien distincts, le troisième long-métrage de Patrick Cassir réussit plutôt bien de marcher sur des œufs. D’un côté, il y a dans Tout va super le volet de l’amour voué à une mère aussi possessive que gravement malade. Et de l’autre, l’expression d’une affection plus romantique, pleine de vie et de moments cocasses. Entre ces deux extrêmes sentimentaux, Hakim Jemili reste fidèle à lui-même et aux rôles qu’il endosse depuis sept ans avec un charme désarmant. Car ce fils aux petits soins, qui s’avère en fin de compte plus inquiet que la patiente et qui trouve dans une nouvelle romance l’occasion pour souffler dont il avait tant besoin, appartient au personnage type du comédien : le bonhomme au grand cœur à qui il est impossible de ne pas pardonner ses nombreuses maladresses et autres demi-vérités énoncées sans trop de scrupules.

Ici, il est entouré de deux actrices aux tempéraments finalement complémentaires, Noémie Lvovsky et Marie Colomb. Tandis que la première est affublée d’un maquillage hautement efficace, qui nous ferait presque craindre pour sa santé dans la vie réelle – une brève séquence dansée pendant le générique de fin a sans doute aussi pour vocation de nous rassurer à ce sujet-là –, la deuxième est gentiment auscultée par ce regard décomplexé sur les femmes d’aujourd’hui qui avait déjà rendu le premier film du réalisateur si sympathique. D’ailleurs, de Premières vacances, Camille Chamoux est la seule à être restée fidèle à l’univers de Patrick Cassir. Cette fois-ci dans un emploi infiniment plus sobre que celui de la touriste facilement excédée qu’elle avait interprétée aux côtés de Jonathan Cohen en 2019.

© 2026 Atelier de Production / TF1 Films Production / De l’Autre Côté du Périph’ / Netflix France / Warner Bros. Discovery France /
Zinc Distribution Tous droits réservés

Synopsis : Après cinq ans d’épreuves et de chimios, Elie Jemoun et sa mère Sylvaine n’en croient pas leurs oreilles quand le docteur Ackerman leur annonce que le cancer est en rémission. Pour bien fêter l’arrivée de la nouvelle année comme il faut, Elie va seul en boîte. Il y fait la connaissance de la barmaid Anaïs avec laquelle le courant passe sensiblement mieux que prévu. Leurs débuts de vie de couple sont cependant mis à rude épreuve, lorsque Sylvaine fait une rechute.

© 2026 Atelier de Production / TF1 Films Production / De l’Autre Côté du Périph’ / Netflix France / Warner Bros. Discovery France /
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Après des débuts un peu rocailleux, notamment pour créer les bases de la relation doucement conflictuelle entre les deux membres restants de la famille Jemoun, Tout va super confirme notre première impression globalement favorable à l’égard du cinéma de Patrick Cassir. En effet, le réalisateur s’y montre une fois de plus très adroit dans le jonglage entre les clichés et une vision plus pragmatique de l’existence. Parmi les premiers, on peut citer la chape de plomb du milieu hospitalier, entrecoupée de séquences à l’eau de rose assumée. Pourtant, malgré tous les contretemps qui empêchent constamment notre héros d’être simultanément un fils unique exemplaire et un amant redoutable, un certain optimisme prévaut au fil d’un récit dépourvu de temps morts notables.

Cette obstination tout à fait bienvenue de voir le verre à moitié plein ne provient pas des deux habitués des salles d’attente chez le médecin et autres réveillons passés ensemble devant la télé. Elle résulte de la bonne humeur, parfois un peu gauche, parfois passablement naïve, de personnages plutôt secondaires tels que Anaïs ou bien de l’auxiliaire de vie interprété par le coscénariste Rudy Milstein. Une source potentielle d’agacement, ce dernier agit au contraire en tant que révélateur des dysfonctionnements du quotidien d’Elie. Avec un nombre ahurissant de faux pas à son compte, certes, mais intégré dans l’intrigue avec une bienveillance qui désamorce d’emblée toute propension à la moquerie mesquine.

C’est très simple, chez Patrick Cassir, personne n’est dupe, même pas le voisin de palier pénible. Ce qui ne gêne en rien l’intégration de chacun selon ses capacités, afin de permettre au fils, tétanisé par la peur de devenir orphelin, de gagner en assurance.

© 2026 Atelier de Production / TF1 Films Production / De l’Autre Côté du Périph’ / Netflix France / Warner Bros. Discovery France /
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L’enjeu dramatique principal de Tout va super se situe en effet à ce niveau-là. Dans l’apprentissage du lâcher prise, et par la mère, et par son fils, contrecarré sans cesse par le mouvement inverse de la relation amoureuse qui est censée s’établir entre les deux tourtereaux. Cette contradiction apparente, la mise en scène sait l’orchestrer sans emphase excessive, ni relâchement du rythme narratif. Elle s’emploie à nous aménager quelques surprises proches de ce qui se passerait dans la vraie vie, à la suite de situations qui relèvent, elles, davantage d’une fiction aux règles clairement établies depuis des siècles. Comment comprendre sinon la rencontre, prévisible longtemps en avance, entre les deux femmes essentielles dans la vie du protagoniste, qui ne mène toutefois pas, dans l’immédiat, chez le fils stressé vers une prise de conscience salutaire ?

De la même manière, l’humour est assez finement distillé tout au long du récit. Vous y chercherez en vain de grosses blagues bien grasses, une description à laquelle même les gaffes énormes de l’auxiliaire Fabien ne correspondent pas. Le rire s’y fait plus discret. Soit en jouant sur les difficultés de communiquer entre les personnages, peu importe leur degré de proximité. Soit en prenant soin de préparer pendant un temps considérable la probable chute d’une situation inhabituelle, qui dévie in extremis de son dénouement faussement prévisible. La longue quête d’un point de chute pour Anaïs et Elie, après leur première rencontre impromptue au début du film, en serait l’exemple parfait. Néanmoins, la figure récurrente de la pirouette narrative ne sonne jamais faux dans le cadre d’un film, qui a avant tout à cœur de divertir gentiment, à partir d’une histoire dont la banalité fait précisément la force.

© 2026 Atelier de Production / TF1 Films Production / De l’Autre Côté du Périph’ / Netflix France / Warner Bros. Discovery France /
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Conclusion

La seule abstraction curieuse au sein de Tout va super est que nous ignorons jusqu’au bout quel pourrait bien être le métier de son personnage principal. Rien de grave à cela, puisque Patrick Cassir focalise toute son attention – et accessoirement la nôtre – sur le dilemme affectant la vie privée de son héros. Se réjouir du coup de foudre réciproque ou bien rester sagement au chevet de la mère moribonde, telle est la question. Le plaisir qu’on a éprouvé à regarder cette comédie douce-amère résulte entièrement du refus de la part du scénario et de la réalisation de trancher radicalement en faveur d’une option ou de l’autre. Un peu comme dans la vraie vie, en fait, où plusieurs contretemps ou plusieurs sources de joie peuvent arriver en même temps et où une candeur sympathique, comme celle affichée par Hakim Jemili en toute circonstance, peut être le réflexe le plus adéquat.

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