Test DVD : La grande lessive (!)

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La grande lessive (!)

 
France : 1968
Titre original : –
Réalisation : Jean-Pierre Mocky
Scénario : Jean-Pierre Mocky, Alain Moury
Acteurs : Bourvil, Francis Blanche, Roland Dubillard
Éditeur : ESC Éditions
Durée : 1h33
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 15 novembre 1968
Date de sortie DVD : 19 juin 2018

 

 

L’abrutissement de ses élèves, dû à leurs veillées nocturnes devant le petit écran, n’en finit plus d’excéder Armand Saint-Just, professeur de lettres dans un lycée parisien. Avec l’aide d’un professeur d’éducation physique et d’un chimiste, il se lance dans une croisade qui met hors d’état de fonctionner les télévisions de ses élèves… au grand dam de leurs parents…

 

 

Le film

[4/5]

Troisième collaboration entre Jean-Pierre Mocky et Bourvil, La grande lessive (!) permettra au duo d’Un drôle de paroissien de retrouver les faveurs du public, quatre ans après l’échec public de La grande frousse en 1964. Ce sont donc plus de deux millions de français qui iront savourer dans les salles cette fantaisie iconoclaste et impertinente, dont la légende raconte qu’elle aurait été tournée durant les « événements » de mai 68.

Et il faudra bien admettre que La grande lessive (!) s’avère un petit trésor de mauvais esprit, mettant l’abus de télévision au centre de tous les débats, à une époque pourtant où le réseau télévisé n’avait pas, loin de là, l’aspect envahissant, bêtifiant et tentaculaire qu’il peut avoir de nos jours. Au générique du film, on retrouve une grande partie de l’équipe d’Un drôle de paroissien : Jean-Pierre Mocky et Alain Moury au scénario bien sûr, et du côté du casting, Bourvil, Francis Blanche, Jean Poiret, Jean Tissier, René-Jean Chauffard, ou encore Marcel Pérès et Jean-Claude Rémoleux (« Marinella ! ») qui reprennent des rôles très similaires à ceux qu’ils tenaient dans le film de 1963. Il faut dire de toutes façons qu’il sera difficile de ne pas créer de liens entre les deux films : les deux suivent une équipe de joyeux hurluberlus idéalistes poursuivis par une brigade fantaisiste (la brigade radiophonique, qui succède à la police des églises du film précédent) animée par une poignée de policiers tous aussi farfelus les uns que les autres. La télé et ses dirigeants (Poiret, le cynisme incarné) en prennent pour leur grade, de même que la bourgeoisie au détour d’une séquence mémorable mettant en scène un Michael Lonsdale ayant quelques difficultés à dissimuler son problème d’alcool.

Mais La grande lessive (!) n’est pas uniquement un film « à charge » contre la télévision ; le film de Mocky développe en effet un aspect visuel « bricolé », et se ménage volontiers une poignée de digressions sur le mode de l’absurde. On pense bien sûr au traitement du son (sirènes de police, sonneries de téléphone) et à l’utilisation décalée de la musique de François de Roubaix, ou encore à des gags tels que celui des « portes » dans le cabinet du dentiste : on touche presque ici au cartoon live, qui virera par moments au burlesque pur et simple (Francis Blanche travesti en femme et tapant dans l’œil de plusieurs hommes), avec des morceaux de vaudeville dedans. Et si d’aucuns le trouvent moins « percutant » qu’Un drôle de paroissien, d’autres préféreront de loin l’esprit doucement déjanté et les digressions de cette Grande lessive (!) très en avance sur son temps !

 

 

Le DVD

[4/5]

C’est donc ESC Éditions qui permettra donc aux curieux et autres amoureux de la carrière de Mocky de redécouvrir La grande lessive (!) sur support DVD. Côté master, quelques imperfections sont certes toujours visibles à l’écran (tâches et autres griffes), mais dans l’ensemble, l’éditeur n’a pas trop à rougir du résultat final : le format est respecté, la définition s’en sort plutôt bien (dans les limites d’un encodage DVD naturellement), malgré une granulation sans doute un poil excessive. Côté son, le mixage Dolby Digital 2.0 et mono d’origine est parfaitement claire et équilibrée ; bien sûr, il faudra composer avec Bourvil s’exprimant sur un ton volontairement désuet et pour tout dire vraiment délectable.

Du côté des suppléments, on trouvera un entretien avec Jean-Pierre Mocky, réalisé par Linda Tahir pour les productions Rose Night, collaborateurs réguliers de certains éditeurs français indépendants (ESC, Rimini, Movinside…). On retrouvera donc avec plaisir le cinéaste qui évoquera ses souvenirs du tournage et, dans le dernier tiers de l’interview, tirera à boulets rouges sur la télé-réalité et la « bêtise » véhiculée par certaines émissions ; au détour d’une phrase, il déclare que s’il devait réaliser de nos jours un film sur un sujet similaire à celui de La grande lessive (!), il prendrait pour cible ce type d’émission. Si l’on est d’accord avec lui sur le fond (la bêtise généralisée de ce genre d’émissions), on pourra néanmoins également se dire que la télévision n’est qu’un reflet d’une société donnée, et que toute société hérite ainsi de la télévision qu’elle mérite. Pointer du doigt le cynisme de certains producteurs et tenir un discours moral sur la télévision est malheureusement vain. En effet, il ne s’agit au final que d’offre et de demande, et si le téléspectateur français est ainsi constamment abreuvé de conneries à la télé, c’est bel et bien parce que ce dernier en est friand, et les réclame à corps et à cris…

 

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