Test Blu-ray : Une fille pour le diable

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Une fille pour le diable

Royaume-Uni, Allemagne : 1976
Titre original : To the devil a daughter
Réalisation : Peter Sykes
Scénario : Christopher Wicking
Acteurs : Richard Widmark, Christopher Lee, Nastassja Kinski
Éditeur : Tamasa Diffusion
Durée : 1h33
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie cinéma : 30 mars 1977
Date de sortie DVD/BR : 30 novembre 2020

Le père Michael, un prêtre défroqué, a fondé une secte adoratrice d’Astaroth, un démon. La jeune et pure Catherine a été choisie pour être son incarnation sur Terre. Des dévots de la secte doivent l’accueillir à son arrivée en Angleterre et la prendre en charge pour la préparer à son nouveau rôle…

Le film

[4/5]

Sorti sur les écrans du monde entier en 1976, Une fille pour le diable est le dernier film fantastique produit par la glorieuse maison Hammer Films avant un hiatus qui durerait plusieurs décennies. En effet, si un remake d’Une femme disparaît d’Alfred Hitchcock serait produit par le studio en 1979, le film de Peter Sykes marquait quant à lui le point final de toute production cinématographique issue des studios Hammer et évoluant dans le domaine de l’épouvante jusqu’au milieu des années 2000.

Une fille pour le diable est donc un film important d’un point de vue historique, mais aussi et tout simplement parce que ce « chant du cygne » de la Hammer s’avère une belle réussite, jouant du mélange des genres et des styles avec une gourmandise tout à fait réjouissante. Comme son titre l’indique, Une fille pour le diable s’inscrit dans une certaine veine « démoniaque » du cinéma fantastique, née du succès de Rosemary’s baby (Roman Polanski, 1968) et de L’exorciste (William Friedkin, 1973). Gentiment opportuniste, le scénario de Christopher Wicking se basera donc sur un roman à succès développant une thématique similaire, et signé Dennis Wheatley, dont quelques œuvres avaient déjà été adaptées au cinéma par la Hammer (Les vierges de Satan, Le peuple des abîmes).

La petite histoire autour d’Une fille pour le diable raconte d’ailleurs que Dennis Wheatley avait cédé à Christopher Lee la gratuité des droits d’exploitation de son roman, mais se déclarerait plus tard offensé par le traitement grand-guignolesque du film. Car en effet, la Hammer évoluait avec son temps, et au milieu des années 70, était passée d’une esthétique gothique sophistiquée à une ambiance et un style baroque décomplexé, à tendance vaguement foutraque. Libéralisation des mœurs oblige, les films produits par la Hammer dans les 70’s n’hésitaient plus non plus à se vautrer dans les excès en tous genre, avec des effets horrifiques nettement plus frontaux, tels que cette séquence durant laquelle scène la jeune héroïne se retrouve confrontée à un bébé monstre en latex semblant tout droit sorti du Monstre est vivant (Larry Cohen, 1974).

La caution « sexy » est également de la partie, avec notamment une scène d’orgie, certes très soft, mais bien présente, avec tout ce qu’elle sous-entend de gémissements et de postures alanguies. Dans le même ordre d’idées, Une fille pour le diable est d’ailleurs également connu pour proposer la seule et unique scène de nu de la carrière de Christopher Lee (même si en réalité, celle-ci fut tournée par le cascadeur Eddie Powell). Les plus déviants des érotomanes amateurs de brindilles se régaleront également de la présence au casting de Nastassja Kinski, mais là, on dérape vraiment sur un sujet touchy et borderline, surtout à notre époque où les réseaux sociaux veillent au respect des bonnes mœurs : l’actrice était en effet encore une très jeune fille, seulement âgée de 14 ans au moment du tournage.

Une fille pour le diable développe donc un goût certain pour l’excès, la trivialité, voire même la provocation – impossible par exemple de ne pas sourire à la découverte du médaillon des membres du culte d’Astaroth, avec ce type les jambes écartées autour d’une croix à l’envers, donnant tout de même la vague impression que ladite croix lui est insérée dans le fondement. Pour autant, le savoir-faire des équipes techniques de la Hammer est toujours bien présent, et de fait, ces outrances gentillettes proposent un contraste intéressant avec le soin indéniable apporté au cadre et à certains décors gothiques : les séquences de messes noires plongées dans la brume sont ainsi absolument magnifiques, de même que le final du film, prenant place dans un cimetière à l’architecture singulière, et qui nous donnent à voir des plans que vous n’oublierez pas de sitôt, sublimés par la photo de David Watkin.

Pour autant, n’en déplaise à Dennis Wheatley, pour peu que l’on adhère à ses allures de film d’épouvante hétérogène, Une fille pour le diable s’avère un film vraiment enthousiasmant. Les scènes de possession, durant lesquelles Christopher Lee commande à distance les faits et gestes de Nastassja Kinski, sont ainsi mises en scène de façon vraiment remarquable par Peter Sykes, avec notamment une utilisation de focales très courtes déformant légèrement l’image et ajoutant encore un peu d’emphase et d’étrangeté de l’ensemble. Bref, Une fille pour le diable démontre clairement qu’en 1976, le studio en avait encore sous le coude, et ce même si bien sûr on n’atteint pas ici le niveau des grandes réussites des années 50/60.

On notera également que malgré les difficultés rencontrées par le studio à l’époque, Une fille pour le diable pouvait encore s’offrir un casting quatre étoiles : Christopher Lee est absolument immense dans la peau du père Rayner, prêtre défroqué au regard glaçant, Richard Widmark parvient à donner à son personnage l’épaisseur et la crédibilité nécessaires à ce rôle loin de ceux auxquels il était habitué. Du côté des seconds rôles, outre Nastassja Kinski, on trouvera également Honor Blackman, parfaite d’humour décalé, et l’excellent Denholm Elliott (alias Marcus Brody dans Les aventuriers de l’arche perdue) est comme toujours parfait dans le rôle d’un père terrorisé et perdant les pédales.

Le Blu-ray

[5/5]

A ce jour, Une fille pour le diable est uniquement disponible en Blu-ray au sein du coffret Hammer 1970-1976 – Sex & Blood, disponible chez Tamasa Diffusion depuis le 30 novembre. Ce coffret est disponible en édition limitée et numérotée à 2 000 exemplaires, et nous propose sept films produits par le studio Hammer dans les années 70, dans de superbes versions restaurées, scannées en 4K et restaurés en 2K sous la supervision de Mark Bonnici. Plutôt que d’évoquer la sortie de ce coffret majeur dans un papier lapidaire qui nous aurait contraint à évoquer les films de façon trop rapide, on a pris le parti d’évoquer chaque film de façon individuelle, dans une série d’articles qui paraitront dans les jours et semaines à venir. Sur les sept films qui composent le coffret Hammer 1970-1976 – Sex & Blood, seuls six étaient jusqu’ici disponibles en France au format DVD, chez StudioCanal. Les films disponibles au sein du coffret sont les suivants : Les horreurs de Frankenstein (1970, inédit en DVD), Les cicatrices de Dracula (1970), Dr Jekyll et Sister Hyde (1971), La momie sanglante (1971), Sueur froide dans la nuit (1972), Les démons de l’esprit (1973) et Une fille pour le Diable (1976).

Côté Blu-ray, le travail éditorial fourni par Tamasa Diffusion sur les films composant le coffret Hammer 1970-1976 – Sex & Blood est tout simplement magnifique et remarquable. Chaque film nous est proposé dans une superbe copie restaurée, respectueuse du grain d’origine, avec un beau piqué et des couleurs qui en envoient littéralement plein les mirettes. La restauration a fait place nette des poussières et autres points blancs, et le résultat s’avère vraiment excellent. Côté son, la version originale ainsi que la version française d’époque (quand celle-ci existe) sont proposées en Dolby Digital 2.0 (mono d’origine), et le rendu acoustique s’avère, dans chaque cas, parfaitement clair, net et sans bavures. Dans le cas d’Une fille pour le diable, VF et VO sont disponibles.

C’est bien entendu du côté des suppléments que chaque galette Blu-ray diffère un peu de sa voisine. Sur le Blu-ray d’Une fille pour le diable, on trouvera tout d’abord une présentation du film par Nicolas Stanzick (« Le chant du cygne ? », 34 minutes). Pour ceux qui l’ignoreraient encore, Nicolas Stanzick est « LE » grand spécialiste français de la Hammer, auteur de l’ouvrage de référence Dans les griffes de la Hammer (éditions Bord de l’Eau, 2010). D’une érudition et d’une sympathie à toute épreuve, ce beau gosse devant l’éternel reviendra sur les particularités de la production d’Une fille pour le diable. Il reviendra donc sur la situation de la Hammer au début des années 70, et sur la volonté de Michael Carreras d’essayer de « relancer » le fantastique au sein de la Hammer en le mettant au gout du jour, en y ajoutant une dimension typiquement britannique liée à l’occultisme. Il reviendra également sur les difficultés de production rencontrés lors du montage du film : réductions de budget, retrait des producteurs, rupture avec Dennis Wheatley, etc. Il reviendra ensuite sur le casting du film, se méprenant par inadvertance sur le personnage de Marcus Brody incarné par Denholm Elliott, qui n’appartient pas à la saga James Bond comme il l’affirme, mais bel et bien à la saga Indiana Jones. Il terminera par un retour sur un retour difficile, notamment à cause de Richard Widmark, mais également à cause d’un scénario en constante réécriture. Si Nicolas Stanzick déplore que la Hammer se soit quasiment éteinte « dans l’indifférence générale », il reconnaît quelques qualités à Une fille pour le Diable : le jeu de Christopher Lee, la mise en scène de Peter Sykes ou encore la présence des dernières traces du décorum gothique au cœur du film.

On trouvera également une intéressante featurette intitulée « Magie noire » (19 minutes), qui reviendra sur l’histoire de la production du film, rythmée par des entretiens avec les historiens du cinéma Kevin Lyons, John J. Johnston, Alan Barnes et Jonathan Rigby. Ils y reviendront sur le fait que la pression présente sur les épaules de Michael Carreras, qui avait à l’époque tellement besoin de produire un succès qu’il s’est finalement un peu trop précipité avec le film de Peter Sykes, se lançant dans la production sans même disposer d’un script terminé. Les difficultés budgétaires sont mises en évidence, de même que les réactions de l’auteur du roman d’origine Dennis Wheatley. Les intervenants souligneront néanmoins la créativité du film.

Enfin, en plus de la bande-annonce du film, on trouvera également un épisode de « Hammer, l’horrifique histoire » par Bruno Terrier (4 minutes), consacré à « l’écurie Hammer », c’est à dire aux techniciens et aux acteurs ayant consacré de nombreuses années à travailler pour le studio britannique (Bernard Robinson, Jack Hasher, James Bernard, etc).

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