Test Blu-ray : Cartouche

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France, Italie : 1962
Titre original : –
Réalisation : Philippe de Broca
Scénario : , Philippe de Broca,
Acteurs : Jean-Paul Belmondo, ,
Éditeur :
Durée : 1h56
Genre : Aventures
Date de sortie cinéma : 7 mars 1962
Date de sortie DVD/BR : 1 mars 2021

Révolté par la tyrannie de Malichot, le chef de la truanderie, un jeune et habile voleur, Dominique, brave son autorité. Il sauve sa vie en s’engageant, sous le nom de , dans l’armée, où il se lie d’amitié avec La Taupe et La Douceur. Mais les aléas de la gloire militaire conviennent mal au trio qui désert après s’être emparé de la solde du régiment. Revenu au repaire de Malichot, Dominique distribue son butin aux truands qui aussitôt l’acceptent comme chef…

Le film

[5/5]

Succès populaire

La glorieuse tradition du cinéma de genre n’a jamais été extrêmement développée à l’intérieur des frontières françaises. Néanmoins, dans les années 50/60, à la faveur de quelques productions internationales (franco-italiennes surtout), la France, pays de la Nouvelle Vague et du cinéma Art et Essai, s’est laissée aller à une poignée de titres flirtant volontiers avec le cinéma de genre tendance populaire. Ainsi, films de cape et d’épée et autres romances historiques ont fait, durant de nombreuses années, la joie des cinémas de quartier de l’hexagone.

Sorti sur les écrans français et italiens en 1962, est un des plus fiers représentants de cette vague de grands films populaires mêlant humour et aventures. Se déroulant sur une tonalité très romanesque, le film de Philippe de Broca nous propose en effet un mélange de comédie, d’aventures et de romance, en se permettant même le recours à une bonne dose de mélo dans sa dernière bobine. Et le plus étonnant dans tout cela, c’est que, porté par un rythme ne faiblissant jamais, réussisse à faire mouche dans tous ces domaines…

Gros succès à sa sortie, a réuni plus de trois millions et demi de spectateurs, rien qu’en France. Il faut dire bien sûr que le film de Philippe de Broca s’inscrivait dans un genre – le film historique semi-sérieux – incroyablement populaire en France à la fin des années 50 / au début des années 60, tout en lui donnant un petit « coup de jeune ».

Coup de jeune

Jean-Paul Belmondo, alors seulement âgé de 29 ans, succédait à l’écran – et dans le cœur des français – à Jean Marais, héros de films tels que Le bossu (1959), Le Capitan (1960) ou encore Le capitaine Fracasse (1961), de vingt ans son aîné. , qui interprète la compagne de , Vénus, n’était alors quant à elle âgée que de 24 ans. Le couple qu’ils forment à l’écran est littéralement explosif.

La relation / Vénus est traitée sur un mode extrêmement moderne, évoquant presque la notion d’amour libre. En effet, le personnage de est infidèle, et revendique presque cet état de fait vis-à-vis de sa compagne, au détour d’une ou deux amusantes punchlines phallocrates. Jamais honteux de se montrer volage et/ou cœur d’artichaut, il mènera non seulement son couple mais également toute sa bande à sa perte en tentant de voler le cœur d’une bourgeoise se refusant à lui. Si l’on ne ressent jamais réellement l’amour éprouvé par pour Vénus, l’inverse n’est pas vrai, le personnage incarné par souffrant des infidélités de son homme. C’est d’ailleurs sans doute en raison du contraste qu’elle crée avec le reste du récit que la dernière scène du film, puissamment mélodramatique, fonctionne aussi bien, dans le sens où elle suggère peut-être un réel changement psychologique de la part du personnage incarné par Jean-Paul Belmondo.

La modernité de se retrouve aussi dans les dialogues du film, fonctionnant énormément sur les phrases-choc ou punchlines déjà évoquées un peu plus haut, qui donnent vraiment au film une réelle valeur ajoutée. Mais outre les répliques évoquant les différences hommes / femmes ou la lutte des classes, on trouvera même au cœur du film quelques références gentiment provocatrices, telles que celles tournant autour du personnage du « Maréchal » au début du film (« Vive le Maréchal ! », ou encore plus explicite, « Maréchal, nous voilà ! »), et qui sont bien sûr autant de références à Pétain.

Maîtrise technique

Du côté de la réalisation, si la première scène d’action pourra paraître un peu timide et répétitive, les combats qui suivront seront généralement bien chorégraphiés : la bagarre dans l’auberge est ainsi tout particulièrement excellente, préfigurant avec quelques années d’avance les grandes scènes de bagarre cartoonesques qui émailleront les films tournés par le duo Bud Spencer / Terence Hill entre 1970 et 1985. Le recours constant à l’action et les rebondissements incessants impriment à un rythme beaucoup plus soutenu que celui des films d’André Hunebelle, grand spécialiste du cinéma de cape et d’épées, donnant même par moments l’impression que tout le film est construit « en réaction » au cinéma d’aventures des années 50, que Philippe de Broca trouvait sans doute trop timoré.

Doté d’un bon scénario, d’une très belle photographie et d’une somptueuse partition musicale signée Georges Delerue, nous propose également de découvrir une série de seconds-rôles tout à fait savoureux, allant de Jess Hann (ironiquement appelé « La douceur ») à (« La taupe ») en passant par les excellents , , ou encore . Mais ne nous voilons pas la face : , c’est surtout et avant tout Jean-Paul Belmondo, qui créait avec ce film l’image même du « Bebel » que le public français allait adorer pendant 25 ans.

Toc Toc Badaboum

Hâbleur et bondissant, Jean-Paul Belmondo nous livre en effet dans son premier film en tant qu’acteur vedette au sein d’un film ouvertement tourné vers le grand spectacle populaire. Endossant avec un naturel extraordinaire ce rôle taillé sur mesure, il explose littéralement à l’écran dans cette composition semi-comique, semi-romantique, lui permettant de montrer pour la première fois l’incroyable héros d’action qu’il pouvait être. Assurant lui-même ses cascades (ce qui allait devenir sa marque de fabrique), Belmondo faisait ici naître à l’écran le Bebel que le public admirerait pendant de longues années : un personnage charmeur et prompt à l’action, à l’aise en toute circonstance et quel que soit le danger auquel il doit faire face.

Fidèle en amitié, et probablement conscient du fait que Philippe de Broca lui ait offert une nouvelle « image » auprès du public, Jean-Paul Belmondo retrouverait par la suite le cinéaste pour une poignée de films qui s’avéreront leurs plus exubérantes réussites : on pense bien sûr à des classiques tels que L’homme de Rio (1964), Les tribulations d’un chinois en Chine (1965) et surtout Le magnifique (1973). En deux mots comme en cent, s’est donc imposé, dès sa sortie, comme une des grandes références du cinéma populaire français en marquant la naissance d’une de ses plus grandes icônes. Immanquable.

Le Blu-ray

[4,5/5]

Un temps proposé au sein d’un Combo Blu-ray + DVD, redébarque aujourd’hui dans une édition Blu-ray « ple » sous les couleurs de , proposée en exclusivité dans les magasins Fnac. Puisque nous l’avions loupé lors de la sortie du Combo, voici donc l’occasion rêvée d’aborder la sortie en Blu-ray de ce grand classique du cinéma hexagonal. Pour son arrivée sur support Haute-Définition, l’éditeur reprend la composition graphique de la vague de films de Philippe de Broca sortie en 2015 chez TF1 Studio, avec une jaquette nous proposant une illustration très sobre prenant place sur un fond blanc. Une bonne idée, développant une optique de « collection » ce qui se fait de façon finalement assez rare entre éditeurs concurrents.

Côté Blu-ray, ce édité par représente vraiment ce qui se fait de mieux en matière de restauration, et plus généralement d’encodage. La restauration 4K, réalisée par le laboratoire italien L’immagine ritrovata à partir du négatif original, a littéralement fait des merveilles, et techniquement, le film de Philippe de Broca affiche une forme insolente, prouvant à nouveau le soin maniaque apporté par l’éditeur à ses restaurations de films de patrimoine. L’image est d’une belle stabilité, le grain d’origine est scrupuleusement respecté, le piqué est d’une étonnante précision et les contrastes pointus accentuent l’impression de profondeur de l’ensemble. Si l’étalonnage des couleurs manque probablement un peu de pêche (l’ensemble tire un peu sur le jaune), ne faisons pas la fine bouche : on tient là une réussite quasi-totale.

Côté son, le film est proposé dans un mixage DTS-HD Master Audio 2.0 propre et clair, sans aucun souffle, restituant parfaitement non seulement les dialogues mais également la musique de George Delerue. Une piste en audiodescription est également disponible, à destination des spectateurs aveugles ou malvoyants.

Du côté des suppléments, joue à nouveau la carte de la continuité avec les Blu-ray de chez TF1 Studio consacrés à Philippe de Broca avec un entretien croisé avec Alexandra de Broca et Thomas Morales (25 minutes). Devant la caméra de Jérôme Wybon, l’épouse du cinéaste et le journaliste replaceront le tournage du film dans son contexte historique, en abordant sa genèse (à l’origine, Philippe de Broca devait réaliser une adaptation des Trois mousquetaires), la note d’intention du réalisateur, les thématiques fortes et, bien sûr, les autres collaborations du tandem Jean-Paul Belmondo / Philippe de Broca. On terminera ensuite avec un commentaire de Claude Carliez sur certaines séquences du film (29 minutes). Maître d’armes et coordinateur des cascades, il reviendra sur les différentes scènes d’action du film, tout en abordant son travail aux côtés de Philippe de Broca ainsi que sur sa collaboration avec Jean-Paul Belmondo, avec qui il travaillerait par la suite environ une fois par an à partir du tournage de .

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