Test Blu-ray : Les cadavres ne portent pas de costard

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États-Unis : 1982
Titre original : Dead men don’t wear plaid
Réalisation :
Scénario : Carl Reiner, George Gipe, Steve Martin
Acteurs : Steve Martin, , Carl Reiner
Éditeur :
Durée : 1h33
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 22 septembre 1982
Date de sortie DVD/BR : 25 février 2020

 

Le détective privé Rigby Reardon reçoit un jour une superbe créature qui le charge de retrouver son père, un savant fabricant de fromages qui a mystérieusement disparu. Pour les besoins de son enquête, Rigby nous entraîne alors dans le dédale des films noirs américains des années quarante… et rencontre, en chair et en os, les héros de ces films…

 

Attention : les photos d’exploitation sont en couleurs, mais le film est en noir et blanc.


 

Le film

[5/5]

Même si leurs noms sont un peu retombés dans l’oubli depuis le tournant de l’an 2000, la collaboration entre Steve Martin (acteur) et Carl Reiner (réalisateur) a véritablement donné naissance à trois chefs d’œuvres de la comédie américaine entre 1979 et 1983 : Un vrai schnock, Les cadavres ne portent pas de costard et L’homme aux deux cerveaux. Trois films absolument indispensables, touchés par la grâce du génie comique, que l’on serait bien en peine de départager tant ils nous proposent de purs moments de rire et d’idées absolument folles. Trois films également trop méconnus de nos jours, et qu’il faudrait de toute urgence remettre sur le devant de la scène, afin que les cinéphiles parmi les plus jeunes d’entre nous puissent, comme leurs aînés, vouer à Steve Martin le culte qu’il mérite.

En attendant que les deux autres s’offrent enfin une édition Blu-ray digne de leur niveau d’excellence, c’est aujourd’hui Les cadavres ne portent pas de costard qui reçoit les honneurs d’une édition Haute-Définition chez Elephant Films. Et dire que l’on est heureux de redécouvrir le film de Carl Reiner dans des conditions optimales est un euphémisme : cette déclaration d’amour au Film Noir des années 40/50 n’a en effet jamais été aussi resplendissante. Véritable OVNI dans le petit monde de la comédie US, Les cadavres ne portent pas de costard n’a pas pris une ride en presque quarante ans, et pour cause : il s’agit d’un film en noir et blanc, se déroulant dans les années 40, et il est régulièrement entrecoupé d’extraits de classiques du genre (seul le grain de l’image, variant d’une séquence à une autre, permettra de déterminer quand il s’agit de séquences tournées en 1982 ou de séquences issues d’autres films). De fait, en plus de toucher ainsi à « l’universalité » et de résister à tous les outrages du temps, le film de Carl Reiner s’offre un des castings les plus prestigieux qui soient, puisqu’en plus de Steve Martin, Rachel Ward et Carl Reiner lui-même, on croisera à l’écran rien de moins qu’Humphrey Bogart, , , , , Ava Gardner, , , , , Lana Turner, ou encore James Cagney !

Mis en boite avec une révérence absolue vis-à-vis des films auxquels il rend hommage, Les cadavres ne portent pas de costard tenait de l’exercice de style le plus casse-gueule qui soit. Et pourtant, le tout fonctionne à plein régime, grâce au soin apporté à la photo, à la reconstitution des décors mais également grâce à un souci du détail extrêmement poussé, qui permet à tous les plans d’être « raccord » les uns avec les autres. Et surtout, si le film s’avère toujours aussi efficace des années après, c’est qu’au-delà du tour de force technique, on est vraiment en présence d’une comédie extraordinairement drôle, rempli jusqu’à la gueule de répliques mémorables et de punchlines destructrices, alternant entre l’humour absurde et les sous-entendus volontiers grivois, tout en développant un attachement particulier au running gag (l’extraction des balles, le « Spécial gueule de bois »…). Le sens du gag de Reiner fait toujours mouche, d’autant qu’il est ici servi par un Steve Martin époustouflant… Du grand Art.

On notera par ailleurs que la version française d’origine, que de nombreux d’entre nous ont découverte durant leur enfance ou leur adolescence, est en tous points remarquable. Du maître d’hôtel à l’accent allemand prononcé aux dialogues choc (« Vous avez mis votre doigts dans le trou de la balle ! »), tout concourt à faire de cette VF un petit trésor. On ne résiste d’ailleurs pas, pour terminer, à vous retranscrire un des monologues les plus marquants du personnage principal, issu de cette fameuse VF :

« Une demie bouteille de bourbon plus tard, je n’y étais toujours pas. Est-ce que Juliette était devenue folle, comme sa sœur ? Etait-elle tombée amoureuse du chauffeur de taxi sur la route de la pharmacie ? Ou était-elle un membre du complot Carlotta qui m’avait tendu un piège ? Finalement, j’arrivais à une conclusion de la plus haute importance : ELLE ME FAIT CHIER ! »

 

 

Le Blu-ray

[4,5/5]

On l’a déjà dit en préambule de notre critique, quelques lignes plus haut : on ne peut que saluer l’effort éditorial d’Elephant Films, qui nous permet d’enfin revoir Les cadavres ne portent pas de costard en Blu-ray, et qui plus est dans des conditions de visionnage tout simplement excellentes. Le travail de restauration effectué sur l’image est en effet superbe, respectant à la lettre la photo noir et blanc de Michael Chapman. La galette affiche un piqué très précis, la définition ne pose pas le moindre problème, et les contrastes appuient énormément sur les noirs, très profonds et extrêmement présents. Du beau travail. Côté son, on se laissera également convaincre sans le moindre problème par les deux mixages (VF / VO) en DTS-HD Master Audio Stéréo 2.0, avec la VF d’origine s’il vous plaît.

Dans la section suppléments, on trouvera tout d’abord un passionnant entretien inédit avec Carl Reiner (20 minutes). Le cinéaste, aujourd’hui âgé de ans, commencera même carrément l’interview en chantant la Marseillaise ! Il reviendra ensuite sur ses jeunes années en France, sur sa carrière et ses collaborations avec Steve Martin, avant de revenir plus spécifiquement sur Les cadavres ne portent pas de costard, revenant sur les difficultés rencontrées sur le film ; il citera également quelques anecdotes de tournage (notamment une assez touchante concernant Johnny Weissmuller). On continuera ensuite avec les traditionnelles bandes-annonces éditeur, qui s’accompagneront également d’une présentation du film par Julien Comelli (20 minutes), comme toujours mise en scène par son compagnon Erwan Le Gac. Tournée dans le style du film, c’est-à-dire en noir et blanc, cette présentation permettra principalement au critique biochimiste de revenir sur la carrière de Carl Reiner au cinéma, ainsi que sur les quelques tentatives de « revival » du Film Noir durant les années 70. Le sujet terminera en revanche sur une note un peu gênante, ainsi que sur un bonus caché tout aussi gênant, qu’on vous laissera le soin de découvrir par vous-mêmes.

 

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