Berlinale 2020 : Surge

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Royaume-Uni, 2019

Titre original : Surge

Réalisateur :

Scénario : Rita Kalnejais & Rupert Jones

Acteurs : , Jasmine Jobson, Ian Gelder,

Distributeur : –

Genre : Thriller psychologique

Durée : 1h40

Date de sortie : –

3/5

Ben Whishaw occupe une place de plus en plus importante au sein de sa génération d’acteurs polyvalents, une source intarissable de talents dont le cinéma britannique détient le secret au moins depuis l’époque de Laurence Olivier et consorts. Car Whishaw est partout : le grand public le connaît en tant qu’habitué de l’univers de James Bond et les amateurs de films art & essai ont pu le croiser dans des films primés dans divers festivals prestigieux, comme récemment Little Joe de Jessica Hausner. Sans oublier son militantisme gay indirect, qui le voit volontairement choisir des rôles en mesure d’élargir le spectre du cinéma à thématique homosexuelle. Bref, c’est un acteur qui compte un peu plus avec chaque nouveau film et, surtout, sur qui l’on peut compter. Dans Surge, sélectionné au dans la section Panorama, il pousse l’audace jusqu’à la déraison à travers son rôle d’un jeune homme, renfermé et solitaire, qui perd complètement les pédales et se lance corps et âme dans une odyssée de la folie passablement crue dans les rues de Londres. Le film de Aneil Karia reste au plus près de cette descente aux enfers, souvent dans la posture d’une probable compréhension de cet abandon total d’une existence tristement grise jusque là. Si le propos du récit peut donc paraître discutable, le lâcher-prise sans réservé de Ben Whishaw y demeure quand même profondément fascinant.

© Rooks Nest Entertainment / Protagonist Pictures Tous droits réservés

Synopsis : Joseph travaille comme agent de sécurité à l’aéroport de Heathrow. C’est un homme névrosé, qui fuit le contact avec les autres, gardant la tête baissée en toute circonstance. Son quotidien se dérègle complètement après un enchaînement de rencontres frustrantes, qui l’amène vers un parcours en roue libre et hors de tout code de comportement convenable, au grand dam de ses parents qui le considèrent comme une source intarissable de déceptions.

© Rooks Nest Entertainment / Protagonist Pictures Tous droits réservés

Fou à lier

Au début de Surge, nous éprouvons avant tout de la compassion pour le personnage principal, un homme absolument mal dans sa peau. Inutile en effet d’expliquer platement d’où lui provient ce malaise profond, puisque les symptômes de sa névrose pathologique parlent amplement pour eux-mêmes. Car aucun aspect de sa vie ne lui apporte le moindre réconfort, ni son travail où le gâteau qu’il apporte pour son propre anniversaire suscite plus de railleries que de vœux, ni son appartement en tous points fidèle à l’idée qu’on se fait de la tanière d’un célibataire endurci, froide et dépourvue de personnalité, ni même ses parents chez qui le malaise est le plus palpable, tel le condensé atroce d’un lien familial qui ne tient qu’à un fil. Il y a donc de quoi réellement exploser d’indignation face à une telle pression de la soumission, plus subie que choisie. Dès lors, la fragilité psychologique et sociale de l’existence de Joseph fait apparaître ses premières fissures, sans que le constat de l’impossibilité de continuer comme si de rien n’était ne débouche à ce moment-là encore sur une issue praticable, face à tant de couleuvres avalées sans protester. Sous l’emprise d’une caméra chancelante qui reste au plus près du protagoniste à l’allure tragique, le vocabulaire formel de la mise en scène anticipe alors d’une certaine façon la catastrophe à venir. Ce qui ne veut pas forcément dire qu’il nous prépare au dérèglement radical par lequel cet individu au bout du rouleau croit devoir passer, afin de s’affranchir de la multitude de choses qui l’oppriment pour de vrai ou bien uniquement dans son esprit tourmenté.

© Rooks Nest Entertainment / Protagonist Pictures Tous droits réservés

Search and destroy

Ainsi, le point de rupture, voire de non retour, survient assez tôt dans Surge. Comme ce fut jadis le cas dans Chute libre de Joel Schumacher où le personnage interprété par Michael Douglas mettait Los Angeles à feu et à sang dans la poursuite illuminée de son idée fixe de voir sa famille dysfonctionnelle réunie, les éclats de violence commis par Joseph suivent une logique scénaristique qui va inextricablement crescendo. Après les séquences presque enjouées autour de l’assistance technique apportée à la collègue timidement convoitée, qui n’est pas contre des remerciements en nature pour tant de générosité en apparence altruiste, le ton du film devient de plus en plus sombre, au fur et à mesure que la mise au défi des normes sociales semble devenir son moteur exclusif. Plus rien n’arrête alors Joseph dans sa dégringolade étrangement cathartique sur la spirale en sens unique vers la délinquance à titre gratuit. Il ne suit désormais qu’un seul mot d’ordre : la destruction pure et simple de tout ce qui représentait jusque là son mal-être presque surhumain.

Cela commence avec la pauvre employée de banque, braquée froidement après qu’elle lui a gentiment refusé la restitution de sa carte bancaire, puis passe par un délire de vandalisme courageusement fortuit à l’hôtel, pour culminer dans des coups de bec de plus en plus rapprochés et brutaux, dans la plus pure tradition de la philosophie belliqueuse de Fight Club de David Fincher. Tout au long de cet état de transe causé par l’illusion d’une liberté hors-la-loi, Ben Whishaw réussit à garder l’équilibre fort délicat entre une folie à caractère caricatural et les vestiges d’un cœur d’enfant intensément traumatisé. Ce dilemme intérieur devient apparent d’une manière particulièrement poignante lors de l’ultime confrontation avec sa mère, jouée sans filet de sécurité par Ellie Haddington, suivie par sa prise au piège finale dans un espace, que l’on peut aisément rapprocher symboliquement du sas de protection maternelle avant la naissance.

Conclusion

Montrer la folie au cinéma relève toujours un peu d’une épée à double tranchant. Le fil entre l’excès et la crédibilité est en fait toujours très ténu dans ce contexte. Dans Surge, Ben Whishaw arrive à nous faire adhérer au calvaire auto-imposé de son personnage. La démarche un peu trop hésitante de Aneil Karia ne fait pas de ce premier film un pamphlet vigoureux pour ou contre le malaise psychique dont souffre une partie de la population britannique. Elle accomplit toutefois la tâche pas moins difficile de nous faire garder une certaine sympathie pour ce maniaque déchaîné, en dépit de son comportement résolument débridé.

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