Test Blu-ray : La raison du plus fou

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France : 1973
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Raymon Devos,
Acteurs : Raymond Devos, ,
Éditeur :
Durée : 1h30
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 28 mars 1973
Date de sortie DVD/BR : 19 février 2019

 

Raymond, surveillant d’une maison de repos, emprunte la voiture de la directrice pour emmener deux jeunes pensionnaires voir la mer. Furieuse, la directrice part à son tour avec son mari à la poursuite des fugueurs, au volant d’un camion citerne volé. Le film est le récit de cette course-poursuite aux rebondissements fantasques, aventure que Raymond traverse comme un funambule insolite…

 


 

Le film

[4/5]

Les captations des prestations des grands artistes de music-hall des années 50/60 (Line Renaud, Annie Cordy, Johnny Hallyday, etc) sont extrêmement rares, et tendront forcément à disparaitre avec le temps. Les enregistrements musicaux demeurent néanmoins, et l’on pourra certes occasionnellement retrouver certains « numéros » au cœur de films tournés à l’époque, ce qui permettra à ceux-ci d’atteindre une certaine forme d’immortalité. Dans le cas des artistes spécialisés dans l’humour, certains sketchs ont eu la chance d’être enregistrés pour la télévision, et pourront être retrouvés dans les archives de l’INA. On retrouvera également Fernand Raynaud dans un peu plus d’une quinzaine de films au cœur desquels il recycle le personnage de candide qu’il avait créé pour la scène. Dans le cas d’un artiste tel que Raymond Devos, les choses se compliquent un peu : peu de captations existent, si l’on excepte une série d’enregistrements sonores de ses spectacles, se concentrant naturellement sur l’Art de l’humoriste à jouer avec les mots, d’une façon assez inimitable d’ailleurs. Quelques recueils de sketches sont également facilement dénichables dans toutes les bonnes bouquineries. Mais cela serait une erreur de limiter l’artiste à son seul plaisir à s’amuser avec la langue française : il était également mime, musicien, jongleur, équilibriste, prestidigitateur…

Bien sûr, on pourra trouver en DVD quelques enregistrements vidéo de ses spectacles, enregistrés dans les années 90/2000, et alors que l’humoriste avait déjà plus de 70 ans. Contrairement à nombre de ses contemporains ayant usé les planches et rempli les salles de spectacle entre les années 50 et les années 70, Raymond Devos était probablement peu attiré par le cinéma, et se contentait de très courtes apparitions, presque de l’ordre de la figuration. Ainsi, pour avoir l’opportunité d’admirer son Art sur grand écran alors qu’il était dans la force de l’âge, il n’y aura finalement qu’une seule et unique possibilité : , réalisé par en 1973, le seul film écrit, dialogué et interprété par Raymond Devos. Un sacré choc pour les spectateurs dans la quarantaine épanouie ne l’ayant jamais « vu » autrement sur scène que durant les dernières années de sa vie, arborant un outrancier maquillage de scène.

permettra en effet de retrouver un Raymond Devos « au naturel » et tout juste âgé de 50 ans au cœur d’un road movie suivant le périple de trois laissés pour compte en cavale sur les routes et à travers la campagne française, avec pour moyens de locomotion la moto, l’auto, le camion, le train et bien sûr le vélo. L’influence d’Easy rider, qui a révolutionné le cinéma américain quelques années plus tôt, est donc perceptible à travers le mode de narration choisi pour le film, mais également dans sa volonté de nous présenter deux jeunes issus des mouvements libertaires post-68, dans la mouvance hippie / baba cool, ne jurant que par la paix et les fleurs… et ayant été internés en maison de repos alors que comme, le précise le personnage de Raymond Devos dans le film, ils ne sont « pas plus fous que vous et moi ». En véritable amoureux des gens, le scénariste / interprète principal ne tourne d’ailleurs jamais en dérision les idéaux de cette génération, même s’il terminera « déçu » par le manque de reconnaissance de ces jeunes un peu perdus, qui s’évaporeront de la même façon qu’ils étaient arrivés.

Mais là n’est pas le centre du film, qui nous propose un véritable « one-man show » centré autour de la personnalité de Raymond Devos, qui reprend à l’identique quelques textes issus de ses sketches (« À tort ou à raison », « Migraine infernale »…), et s’octroie quelques pauses dans le récit pour se laisser aller à des digressions humoristiques également issues de son univers scénique. Le récit est certes décousu, mais le rythme est enlevé, et Raymond Devos s’avère parfois assez impressionnant, notamment dans son numéro d’équilibriste marchant sur un fil téléphonique au-dessus du vide, ou dans sa maitrise du jonglage avec des fruits de toutes tailles.

De plus, on notera que par amitié soit pour Alain Poiré () soit pour Raymond Devos lui-même, on assiste devant la caméra de à un véritable défilé de stars et de têtes connues : outre et qui incarnent deux personnages importants du film, mettra également en scène Lino Ventura et dans le rôle de deux gendarmes, Paul Préboist qui nous livre son éternel et hilarant numéro d’ahuri, Pierre Tornade également dans la peau d’un gendarme, en commissaire de police, dans le rôle d’un patron de restaurant à cheval sur les horaires, en prostituée indiquant son chemin au personnage principal, Yves Robert en contrôleur SNCF et surtout inénarrable en patron d’hôtel un peu soupe-au-lait.

 

 

Le Blu-ray

[4/5]

Disponible chez au sein de la vingt-sixième vague de sa collection Blu-ray Découverte (ou découverte en Blu-ray), s’offre donc un lifting Haute-Définition auquel personne ne s’attendait vraiment.

Présenté au format 1.66 respecté et en 1080p, cet unique film scénarisé par Raymond Devos bénéficie donc d’une belle petite cure de jouvence, et bénéficie d’un rendu Haute-Définition absolument remarquable. Le master proposé par s’avère excellent, avec un joli piqué et un grain d’origine scrupuleusement préservé. On pourra peut-être légèrement tiquer sur les contrastes, qui manquent peut-être un peu de mordant, mais l’ensemble est bien tenu et l’on est heureux de pouvoir découvrir ou redécouvrir le film dans de telles conditions : du très beau travail. Côté son, la VF est encodée en DTS-HD Master Audio 2.0 (mono d’origine) et s’avère parfaitement claire et équilibrée : pas le moindre souci à l’horizon.

Rayon suppléments, l’éditeur nous propose, outre la traditionnelle bande-annonce et un sujet sur la restauration du film (sur le mode toujours payant du « avant / après »), de découvrir un entretien avec Daniel Janneau, assistant réalisateur. Ce dernier nous explique qu’à son sens, se situe à la jonction de trois univers : celui de Raymond Devos, teinté d’absurde et de poésie, celui de , très attaché à une tradition naturaliste quasi-documentaire, et celui des comédies produites par dans les années 70. Son argumentation est excellente, il nous explique de plus que le film a bénéficié des services de deux directeurs photo distincts, mais qu’au final et malgré le côté « hétérogène » qui se dégageait sur le tournage, le film conserve au final un charme et un cachet assez uniques. On le rejoint tout à fait sur ce point !

 

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