Test Blu-ray : Dracula prince des ténèbres

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Dracula prince des ténèbres

Royaume-Uni : 1966
Titre original : Dracula Prince of Darkness
Réalisation : Terence Fisher
Scénario : Jimmy Sangster, Anthony Hinds
Acteurs : Christopher Lee, Barbara Shelley, Andrew Keir
Éditeur : Tamasa Diffusion
Durée : 1h30
Genre : Fantastique, Horreur
Date de sortie cinéma : 21 décembre 1966
Date de sortie DVD/BR : 31 octobre 2023

Quatre touristes se retrouvent coincés à la tombée de la nuit dans le mystérieux village de Karlsbad, lieu sinistre et isolé où flotte un parfum de mort. Leur périple les mène à un château abandonné où un destin cauchemardesque les attend. Une force maléfique les y a attirés, une bête assoiffée de sang et de résurrection connue sous le nom de Comte Dracula, prince des Ténèbres…

Le film

[5/5]

La carrière de Christopher Lee a été relancée au début des années 2000. Alors âgé de plus de 80 ans, il intégrerait en effet le casting de deux sagas cinématographiques majeures : Star Wars, dans laquelle il incarnerait le sinistre comte Dooku (la balayette), et Le Seigneur des anneaux au cœur de laquelle il prêterait ses traits au méchant Saroumane. Avant ce sursaut dans sa carrière, l’acteur britannique était surtout connu pour avoir incarné à de nombreuses reprises le comte Dracula, pour la Hammer Films, mais également pour d’autres cinéastes. Entre 1958 et 1976, Christopher Lee avait donc incarné Dracula à neuf reprises sur grand écran – un rôle qui, sans mauvais jeu de mot, avait littéralement vampirisé sa carrière avant 2001.

Pourtant, et d’une façon assez étrange, rien de moins que huit ans s’étaient écoulés entre la première et la deuxième fois qu’il incarnerait le comte Dracula : après le succès du Cauchemar de Dracula de Terence Fisher en 1958, il faudrait ainsi attendre 1966 pour que la Hammer Films se décide à lui re-proposer le rôle, la résurrection cinématographique du vampire arrivant avec Dracula prince des ténèbres, à nouveau réalisé par Terence Fisher pour la Hammer.

La particularité notable de ce nouveau film par rapport aux autres Dracula tournés par Christopher Lee est que le comte Dracula ne prononce pas un seul mot dans Dracula prince des ténèbres. Christopher Lee déclarera par la suite qu’il s’agissait là d’une décision qu’il avait prise de façon unilatérale car il considérait les dialogues du film comme mauvais. De son côté, le scénariste Jimmy Sangster affirmait dans ses mémoires n’avoir écrit aucun dialogue pour le vampire dans son script – ce que semblent corroborer les informations de Nicolas Stanzick, qui nous propose une passionnante présentation du film dans les bonus du Blu-ray. Cela dit, ce conflit fait un peu partie de la légende autour du film…

Si Dracula prince des ténèbres met un certain temps avant de ressusciter notre prince des Carpates préféré, le moins que l’on puisse dire, c’est que Terence Fisher n’a pas perdu la main en l’espace de huit ans, et qu’il nous propose toujours un film d’horreur gothique délicieusement baroque, fidèle au mythe et développant au fil de son intrigue un érotisme évident. L’ambiguïté y règne en maître, avec des victimes fuyant et s’offrant à la fois à Dracula, et un Comte vampire opérant de la même manière. Ainsi, lors d’une séquence mémorable du film, on verra Christopher Lee déboutonner sa chemise pour offrir son torse nu au personnage de Diana (Suzan Farmer). Les cadrages de cette scène sont si savamment étudiés par Terence Fisher que le spectateur pourra penser que cette dernière va clairement pratiquer une fellation sur le vampire…

Absolument remarquable tant dans le fond que dans la forme, Dracula prince des ténèbres s’impose donc comme l’exemple-type, le mètre-étalon de l’Âge d’or de la Hammer Films : qu’il s’agisse des décors, foisonnants et baroques, des éclairages, chaleureux et généreux, ou même des costumes ou du production design dans son ensemble, tout y est absolument et définitivement merveilleux. De fait, Dracula prince des ténèbres possède tant du charme et de la saveur gothique unique des productions Hammer qu’en dépit de ses petites longueurs occasionnelles, le film de Terence Fisher s’imposera comme une véritable pépite du studio anglais, sur lequel le temps ne semble avoir aucune emprise.

Le Blu-ray

[4,5/5]

À ce jour, Dracula prince des ténèbres est uniquement disponible en Blu-ray au sein du coffret Hammer 1966-1969 – l’Âge d’Or, disponible chez Tamasa Diffusion depuis le 31 octobre. Ce coffret est disponible en édition limitée et numérotée à 2000 exemplaires, et nous propose sept films produits par le studio Hammer dans les années 60, dans de superbes versions restaurées. Le coffret contient par ailleurs une poignée de goodies, telles que des cartes reproduisant les affiches originales des 7 films et un livret inédit de 52 pages avec documents, illustrations, photos et affiches. Si vous commandez le coffret sur le site de l’éditeur Tamasa Diffusion, vous pourrez peut-être également recevoir un décapsuleur aux couleurs de la Hammer ainsi qu’un jeu de 3 sous-bocks. Attention, quantités limitées !

Comme dans le cas du coffret Hammer 1970-1976 – Sex & Blood sorti en novembre 2020, on a choisi d’évoquer la sortie de ce coffret majeur en revenant sur chaque film de façon individuelle, dans une série d’articles qui paraîtront dans les jours à venir. Le coffret Hammer 1966-1969 – l’Âge d’Or contient donc sept films, qui étaient tous sortis en France au format DVD en 2005, chez Metropolitan Vidéo, dans la collection « Les Trésors de la Hammer ». Il s’agit des films suivants : Dracula prince des ténèbres (1966), Raspoutine le moine fou (1966), L’Invasion des morts-vivants (1966), La Femme reptile (1966), Dans les griffes de la momie (1967), Frankenstein créa la femme (1967) et Les Vierges de Satan (1968).

Côté Blu-ray, le travail éditorial fourni par Tamasa Diffusion sur les films composant le coffret Hammer 1966-1969 – l’Âge d’Or est d’une solidité à toute épreuve. Même si des taches et autres petits défauts apparaissent de façon occasionnelle, même si les scènes nocturnes et/ou à effets affichent de légères pertes de définition, le grain argentique a globalement été scrupuleusement préservé, la définition est accrue et les couleurs s’avèrent assez sublimes. Les films bénéficient donc indéniablement d’un joli upgrade Haute-Définition, surtout lorsqu’on les compare à leurs équivalents au format DVD. Bref, le résultat s’avère vraiment excellent. Côté son, chaque film du coffret est proposé en VOST uniquement et Dolby Digital 2.0 (mono d’origine). Le rendu acoustique s’avère, dans chaque cas, parfaitement clair, net et sans bavures. On pourra néanmoins regretter la disparition des versions françaises, qui étaient en revanche disponibles sur la plupart des galettes DVD de 2005.

Du côté des suppléments, chaque Blu-ray nous propose, en plus de la traditionnelle bande-annonce, une présentation du film par Nicolas Stanzick, qui s’avère incontestablement « LE » grand spécialiste français de la Hammer, puisqu’il est l’auteur de l’ouvrage de référence Dans les griffes de la Hammer (éditions Bord de l’Eau, 2010). Un deuxième module est présent sur tous les Blu-ray du coffret : il s’agit d’une analyse de séquence par Mélanie Boissonneau, docteure en études cinématographiques, spécialiste de la figure de la « pin-up » au cinéma. Enseignante à l’Université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle et à L’École de la Cité, elle travaille également sur le cinéma d’horreur, le sport au cinéma et les super-héroïnes.

Sur le Blu-ray de Dracula prince des ténèbres, on trouvera donc tout d’abord une présentation du film par Nicolas Stanzick (« La géométrie dans l’horrible », 54 minutes). Ce dernier commencera en revenant un peu sur l’historique de la Hammer Films : son fonctionnement, ses coproductions, la distribution des films. Il évoquera le retour de Christopher Lee dans le rôle de Dracula, en nous expliquant que l’acteur revenait alors tout juste de quelques années d’exil fiscal en Suisse. Il reviendra également sur une poignée d’idées présentes dans le scénario, telles que celle de la résurrection du vampire, qui a peut-être été soufflée au studio par un auditeur anonyme lors d’une émission de radio. Pour terminer, Nicolas Stanzick reviendra assez longtemps sur Terence Fisher et son idée de « matérialisme fantastique », sur la « dualité métaphysique » opposant le Dracula « social » au Dracula « bête sauvage », ainsi que sur l’esthétique du cycle et de la symétrie au cœur de Dracula prince des ténèbres, qui mène le film vers une espèce d’abstraction géométrique. On terminera enfin avec l’analyse de séquence qui nous est proposée par Mélanie Boissonneau (« Sex and no sun », 9 minutes), qui se basera sur la « séquence la plus érotique du film », que l’on a déjà évoquée un peu plus haut. On notera en revanche que Mélanie Boissonneau se refuse à employer le terme « fellation ».

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