Test Blu-ray : Barbaque

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Barbaque

France : 2021
Titre original : –
Réalisation : Fabrice Éboué
Scénario : Fabrice Éboué, Vincent Solignac
Acteurs : Fabrice Éboué, Marina Foïs, Virginie Hocq
Éditeur : TF1 Studio
Durée : 1h27
Genre : Comédie
Date de sortie cinéma : 27 octobre 2021
Date de sortie DVD/BR : 9 mars 2022

Vincent et Sophie sont bouchers. Leur commerce, tout comme leur couple, est en crise. Mais leur vie va basculer le jour où Vincent tue accidentellement un végan militant qui a saccagé leur boutique… Pour se débarrasser du corps, il en fait un jambon que sa femme va vendre par mégarde. Jamais jambon n’avait connu un tel succès ! L’idée de recommencer pourrait bien les titiller…

Le film

[4,5/5]

De tous les humoristes ayant émergé de l’éphémère expérience du « Jamel Comedy Club », Fabrice Éboué est sans doute celui qui aura le plus marqué le public français : après deux ans passés à la TV aux côtés de Marc-Olivier Fogiel dans un rôle de « sniper » à la Laurent Baffie, il coréalisera deux films avec son complice Lionel Steketee, tous deux co-écrits avec Thomas N’Gijol : Case départ et Le crocodile du Botswanga cumuleront à eux deux presque trois millions d’entrées dans les salles en France.

Son premier film écrit et réalisé en solo, Coexister, n’aura quant à lui attiré que 650.000 spectateurs dans les salles obscures. Le sort réservé par le public français à son quatrième film est encore plus cruel : Barbaque n’enregistrerait en effet que 240.000 entrées en sept semaines d’exploitation, fin 2021. Peut-être cet insuccès est-il à mettre sur le compte d’une période post-Covid toujours un peu compliquée, peut-être s’agit-il d’une réaction du public à l’aspect ouvertement polémique de l’intrigue ? On l’ignore, mais on se réjouit néanmoins que le film de Fabrice Éboué – que l’on considère sans peine comme la meilleure comédie française de l’année 2021, ex-æquo avec Les Méchants – s’offre aujourd’hui une séance de rattrapage en Haute-Définition.

Le point de départ de Barbaque n’est sans doute pas, dans l’absolu, des plus originaux. Nous avons en effet déjà vu par le passé un certain nombre d’histoires de boucheries utilisant leurs victimes et les servant à leur clientèle. Les histoires mêlant meurtres et cannibalisme sont légion, et dans un passé récent, des films tels que Delicatessen (Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, 1991), Les bouchers verts (Anders Thomas Jensen, 2003) ou même Sweeney Todd (Tim Burton, 2007) s’inscrivent volontiers dans cette mouvance.

L’originalité du concept de l’histoire telle qu’elle est racontée par Fabrice Éboué se situe, en partie du moins, dans son contexte : les actes de barbarie commis par les deux héros de Barbaque, Sophie et Vincent (incarnés par Marina Foïs et Fabrice Éboué lui-même), sont fortement liés au climat de violence sociale qui règne de nos jours en France, et qui tend à opposer de façon de plus en plus radicale les « viandards » (ou mangeurs de viande) et ceux qui ont fait le choix de ne plus consommer de produits issus du monde animal. Ainsi, quand lorsqu’après une série de quiproquos le personnage de Marina Foïs demande à son mari si ce dernier lui a fait « bouffer de l’homme », il lui répondra dans un premier temps par la négative : « Du végan. C’est un herbivore… »

Le couple de bouchers de Barbaque ne s’en prendra qu’aux végans, et le plus gros des actes comiques et absurdes qui s’enchaîneront à l’écran seront liés à leur recherche du parfait spécimen (pas trop maigre, détendu…), qui deviendra le futur « porc d’Iran » à garnir leur étal. A l’occasion bien sûr, les rebondissements de l’intrigue permettront également à ces petits artisans de s’en prendre aux grosses chaînes de boucheries qui « ne vendent que de la merde », ce qui permettra à Fabrice Éboué et à son coscénariste Vincent Solignac de faire passer quelques idées. Parmi celles-ci, et contre toute attente, le point de vue des végans sera également exposé au spectateur, sans systématiquement être tourné en dérision – Éboué ne prend pas parti, et son film au final pourra sans aucun doute être vu tout à la fois comme un brûlot anti-végans ou comme une violente attaque anti-viandards.

Car même si on rit énormément devant Barbaque, Fabrice Éboué et Vincent Solignac ne font pas pour autant de ses personnages principaux des « héros » auxquels on pourra s’identifier très facilement : il s’agit là de l’autre grande originalité du film, et d’une des raisons pour lesquelles on le considère comme une grande réussite. Vincent et Sophie sont des personnages aux abois, se battant non seulement pour sauver leur entreprise de la faillite, mais également plus largement leur mariage et leur vie. Rythmé par les séquences narrées par Christophe Hondelatte, qui se réapproprie avec une bonne dose d’autodérision le décor de son émission-culte « Faites entrer l’accusé », Barbaque ne tardera finalement pas à passer du rire au malaise, au fur et à mesure que les actes de ses bouchers cannibales s’approchent du point de non-retour. Le glissement progressif de l’humour vers l’horreur est orchestré de main de maître par Fabrice Éboué, qui laisse s’installer le malaise au fur et à mesure que la folie gagne ses personnages : l’atmosphère est tellement bien retranscrite qu’on pense de fait régulièrement à des films tels que Les Tueurs de la lune de miel (Leonard Kastle, 1970), pour la dérive du couple, ou encore C’est arrivé près de chez vous (Benoît Poelvoorde, Rémy Belvaux et André Bonzel, 1992), pour le récit basculant entre le rire et l’angoisse.

Barbaque fonctionne donc finalement à la fois comme un thriller d’horreur cannibale et comme une comédie, aux accents parfois curieusement romantiques, même si Fabrice Éboué évite toujours brillamment les bons sentiments. Le scénario, habile et ultra-efficace sur nos zygomatiques, va très loin dans les situations et les dialogues, ne s’interdisant aucune outrance ni aucune dérive, quitte à verser par moments dans le gore. La photo signée Thomas Brémond est régulièrement superbe, et côté réalisation, Fabrice Éboué semble avoir pris de la bouteille et s’offre ici de superbes plans, ainsi que des mouvements de caméra amples et ambitieux, qui contribuent à imprimer à son film un rythme ne faiblissant jamais.

Côté acteurs, les prestations de Fabrice Éboué et Marina Foïs sont excellentes : en dépit de rôles particulièrement ingrats, ils parviennent à donner le meilleur d’eux-mêmes et à s’avérer à la fois drôles et touchants, grâce à un scénario ne mettant jamais de côté leurs failles et leur humanité. A ce titre, on saluera tout particulièrement la performance de Marina Foïs qui, plus de quinze ans après avoir quitté la troupe des Robins des Bois, nous prouve qu’elle est toujours la reine de la punchline – elle s’offre d’ailleurs sans conteste la majorité des meilleures répliques de Barbaque, et la façon dont elle parvient à s’approprier ce personnage de femme aussi désespérée que manipulatrice est une des clés de l’alchimie qui la lie à l’écran à Fabrice Éboué. Une réussite totale !

Le Blu-ray

[4/5]

Malgré son score relativement décevant au box-office français, Barbaque sort donc ces jours-ci au format Blu-ray sous les couleurs de TF1 Studio, et ce malgré des visuels destinés à la presse et aux sites de vente en ligne affichant le logo Universal Pictures. On ne pourra donc que saluer l’audace de TF1 Studio, qui croit dur comme fer dans le potentiel du film de Fabrice Éboué, et lui offre le meilleur du format Haute Définition : l’éditeur s’est en effet fait un point d’honneur à nous fournir ici le meilleur rendu visuel et sonore possible. La galette HD de Barbaque nous propose en effet une image d’une précision et d’une limpidité à toute épreuve, avec des couleurs qui nous en envoient plein les mirettes, et des contrastes d’une solidité remarquable : c’est tout simplement superbe. Côté son, la version française bénéficie d’un mixage DTS-HD Master Audio 5.1 qui fera clairement honneur à l’ambition du film. L’ensemble s’avère d’un dynamisme tout simplement bluffant, le rendu acoustique du film étant régulièrement renforcé par des basses solides et des effets multicanaux épatants de finesse et de précision. On notera également que TF1 n’oublie pas les cinéphiles qui visionnent leurs films à domicile sans utiliser de Home Cinema ou de barre de son, puisque l’éditeur nous propose également un mixage DTS-HD Master Audio 2.0, qui s’avérera probablement plus cohérent si vous visionnez Barbaque sur un « simple » téléviseur.

Du côté de la section suppléments, on trouvera simplement un très intéressant entretien avec Fabrice Éboué (11 minutes). Ce dernier y reviendra du d’abord sur les excès du véganisme, qu’il compare à une espèce de « cancel culture » vis-à-vis de la gastronomie française. Pour autant, il expliquera avoir voulu articuler son film selon le modèle d’une rédaction de lycée, sur le modèle thèse / antithèse / synthèse. Il évoquera par la suite son rapport à la technique – ce quatrième film marquait une certaine « émancipation » quant aux aspects purement formels de son film : pour Barbaque, il avouera s’être inspiré de C’est arrivé près de chez vous, mais également de Tueurs nés, des Bouchers verts ainsi que de la série TV Fargo. Il abordera également la nécessité, en tant qu’artiste, de pas céder à la tentation de l’autocensure, afin d’apporter la « singularité » attendue par le public. Enfin, il terminera sur une note très modeste, en évoquant son étroite collaboration avec son assistant réalisateur John Wax (Tout simplement noir), à qui il attribue carrément le poste de « coréalisateur » officieux du film.

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