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Test Blu-ray 4K Ultra HD : Pour une poignée de dollars

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Pour une poignée de dollars

Italie, Espagne, Allemagne de l’Ouest : 1964
Titre original : Per un pugno di dollari
Réalisation : Sergio Leone
Scénario : Sergio Leone, Duccio Tessari, Fernando Di Leo
Acteurs : Clint Eastwood, Marianne Koch, Gian Maria Volonté
Éditeur : ESC Films
Durée : 1h39
Genre : Western
Date de sortie cinéma : 16 mars 1966
Date de sortie DVD/BR/4K : 9 Septembre 2026

Deux bandes rivales, les Baxter, trafiquants d’armes, et les Rojo, qui font de la contrebande d’alcool, se disputent la suprématie et la domination de la ville de San Miguel, au sud de la frontière américano-mexicaine. Un étranger, vêtu d’un poncho, arrive à dos de mulet dans cette petite ville et s’immisce entre les deux bandes. Proposant d’abord ses services aux Rojo, l’étranger va très vite tirer profit des deux camps à la fois, à la grande joie du fabricant de cercueils Piripero…

Le film

[4/5]

Quand Pour une poignée de dollars a débarqué sur les écrans du monde entier, il avait suffisamment de poussière sur les bottes pour faire éternuer le western américain, mais surtout, il est arrivée avec des idées qui allaient faire beaucoup plus de bruit que les pistolets qui claquent dans les rues de San Miguel. En 1964, Sergio Leone ne disposait alors ni des moyens d’un grand studio Hollywoodien, ni d’une star installée au sommet de la pyramide. Il disposait de quelques décors espagnols, d’un Clint Eastwood encore surtout connu pour Rawhide, du talent d’Ennio Morricone et d’une furieuse envie de retourner les règles du western comme une vieille table de saloon. Le résultat est devenu un classique, évidemment, mais aussi une sorte de maquette géniale de ce que Sergio Leone accomplirait ensuite. Pour une poignée de dollars contient déjà les gros morceaux du Bon, la Brute et le Truand : l’homme taiseux, les visages transformés en paysages, les rapports de force qui se déplacent au gré des intérêts, les explosions de violence et cette manière très particulière de faire attendre une balle comme si elle avait rendez-vous chez le notaire. Le film est officiellement un western, mais Sergio Leone en fait surtout un théâtre de la cupidité, de la peur et de la manipulation.

Pour une poignée de dollars doit évidemment beaucoup au Yojimbo d’Akira Kurosawa, dont il reprend la structure fondamentale : un étranger arrive dans une ville gangrenée par deux clans rivaux et comprend rapidement que le meilleur moyen de survivre consiste à transformer les ennemis en marionnettes. Le geste de Sergio Leone ne consiste pourtant pas seulement à transposer le samouraï en pistolero. Il transforme la mécanique du film d’Akira Kurosawa en quelque chose de plus sec, de plus brutal, de plus baroque aussi. Le village de San Miguel devient une boîte à musique cassée où chacun joue son petit morceau de pouvoir, avec des cercueils qui attendent déjà les derniers danseurs. Cette idée d’un monde où la morale a été remplacée par une poignée de dollars constitue le véritable moteur du film. L’homme sans nom n’est pas un héros traditionnel : il aide parfois, mais rarement gratuitement. Il observe, calcule, provoque et laisse les autres s’entre-dévorer. Pour une poignée de dollars pose ainsi une question presque philosophique sous son poncho : que vaut la justice lorsque tout le monde possède un prix ? Sergio Leone ne répond pas vraiment, préférant laisser les cadavres faire les comptes.

Pour une poignée de dollars impressionne surtout par la manière dont Sergio Leone commence déjà à inventer son propre langage. Les gros plans sur les yeux, les mains crispées sur les armes, les visages déformés par la tension et les cadrages qui isolent les personnages dans l’immensité minérale d’Almería annoncent une grammaire appelée à devenir monumentale. La mise en scène oppose constamment l’immensément grand et l’infiniment petit : un paysage immense peut soudain être réduit au diamètre d’un œil, tandis qu’un duel devient presque une affaire d’horlogerie. Le fameux duel final fonctionne précisément parce que le temps semble se dilater jusqu’à devenir élastique. Chaque geste est préparé, retardé, observé. L’action importe moins que l’attente de l’action. Ennio Morricone accompagne cette mécanique avec une musique qui ne se contente pas d’illustrer les images : elle leur donne une personnalité supplémentaire, parfois ironique, parfois inquiétante, souvent carrément insolente. Cette première collaboration entre Sergio Leone et Ennio Morricone pose les fondations d’un mariage artistique qui deviendra l’un des plus célèbres de l’histoire du cinéma.

Pour une poignée de dollars possède pourtant les petites aspérités d’un film qui cherche encore sa forme définitive. Certains personnages secondaires sont plus fonctionnels que réellement développés, certaines situations paraissent parfois expédiées et le récit conserve une simplicité presque sèche. Mais c’est précisément ce qui rend le film passionnant lorsqu’il est replacé dans la carrière de Sergio Leone. Tout est là, sans être encore totalement démesuré. Le réalisateur n’a pas encore les interminables plages de silence du Bon, la Brute et le Truand, les morceaux de bravoure opératiques d’Il était une fois dans l’Ouest ou la mélancolie crépusculaire d’Il était une fois en Amérique. Pour une poignée de dollars ressemble davantage au premier coup de pinceau d’un peintre qui découvrira ensuite qu’il aime beaucoup les très grandes toiles. Et même lorsqu’il emprunte ostensiblement à Akira Kurosawa, Sergio Leone affirme déjà une personnalité suffisamment forte pour que le film cesse rapidement d’être un simple transfert géographique de Yojimbo. Le samouraï a changé de désert, mais le cinéma, lui, vient de changer de température.

Pour une poignée de dollars doit enfin beaucoup à son interprétation, et particulièrement à Clint Eastwood. Le futur réalisateur d’Impitoyable n’est pas encore l’icône qu’il deviendra, mais son économie de jeu est déjà redoutablement efficace. Le regard plissé, la posture légèrement voûtée, la voix calme et cette façon de laisser les autres parler pendant qu’il semble compter les secondes constituent déjà un personnage. Gian Maria Volonté, lui, donne à Ramon Rojo une nervosité presque électrique : là où Clint Eastwood paraît avoir trois coups d’avance, Gian Maria Volonté semble avoir trois idées de meurtre en même temps. Marianne Koch apporte une humanité bienvenue à cet univers peuplé d’hommes qui règlent leurs désaccords à coups de revolver. Pour une poignée de dollars reste donc un grand classique, mais son intérêt dépasse largement le statut de film fondateur du western spaghetti. C’est une œuvre qui montre un cinéaste en train de trouver sa voix, un acteur en train de fabriquer un mythe et un genre en train de perdre définitivement ses bonnes manières. Bref, le brouillon est déjà sacrément bien dessiné.

Le Blu-ray 4K Ultra HD

[5/5]

Pour une poignée de dollars bénéficie chez ESC Films d’une nouvelle restauration 4K qui lui offre une seconde jeunesse sans lui retirer ses rides, et c’est probablement la meilleure manière de traiter un monument pareil. Le Blu-ray 4K Ultra HD propose le film en Dolby Vision et HDR10, avec une image qui respecte la photographie Techniscope de Sergio Leone. Le gain est particulièrement appréciable dans les textures, les détails des décors et la profondeur des plans : les paysages espagnols retrouvent leurs matières, les vêtements leurs fibres, les visages leurs aspérités… Le grain argentique reste présent, parfois plus marqué ou irrégulier sur certains passages, mais sans que cela donne l’impression d’un nettoyage à la serpillière numérique. Le Dolby Vision travaille surtout les contrastes et les nuances de couleurs, avec des extérieurs chauds, des ombres plus consistantes et une meilleure lisibilité dans les scènes sombres. Une restauration qui respecte donc l’âge du film plutôt que de vouloir le déguiser en production contemporaine. Côté son, ESC nous propose les versions française et anglaise en DTS-HD Master Audio 5.1 et DTS-HD Master Audio 2.0 (mono d’origine). Les deux pistes multicanal permettent de profiter pleinement de la musique d’Ennio Morricone et des effets, avec une spatialisation évidemment plus moderne que le mono d’origine, tandis que les pistes 2.0 conservent une approche plus proche de l’expérience historique. La VF comme la VO restent agréables, équilibrées et parfaitement exploitables, avec des dialogues suffisamment présents et une musique qui bénéficie d’une belle ampleur. Le spectacle sonore n’est pas transformé en rodéo acoustique artificiel : il accompagne le film avec suffisamment de tenue pour laisser respirer les silences de Sergio Leone. Le packaging, enfin, joue la carte du SteelBook® limité, avec trois disques : le Blu-ray 4K Ultra HD du film, le Blu-ray du film et un Blu-ray consacré aux suppléments. Une présentation particulièrement cohérente pour un classique indémodable.

Du côté des suppléments, ESC Films ne fait pas les choses à moitié. On commencera avec deux commentaires audio. Le premier, assuré par Christophe Frayling, biographe de Sergio Leone et historien, propose une véritable radiographie de Pour une poignée de dollars, en revenant sur sa genèse, ses conditions de production, ses emprunts à Yojimbo et sa place dans la filmographie de Sergio Leone. Christophe Frayling possède évidemment une connaissance particulièrement précieuse du cinéaste et permet de remettre chaque élément dans son contexte, tout en montrant comment ce premier western de la trilogie du dollar contient déjà les germes des œuvres beaucoup plus ambitieuses qui suivront. Le deuxième commentaire, que l’on doit à Tim Lucas, critique et historien du cinéma, fonctionne davantage dans l’analyse minutieuse des séquences, avec des détails parfois moins évidents, des rapprochements intéressants et une multitude d’informations sur la fabrication du film. Deux commentaires qui peuvent parfaitement se compléter et qui constituent déjà une belle porte d’entrée dans l’univers de Sergio Leone. On continuera ensuite avec une discussion réunissant Jean François Rauger, Frédéric Mercier et Raphaëlle Pireyre (55 minutes). Le trio revient largement sur le film, sa naissance, son importance dans l’histoire du western spaghetti et la manière dont Sergio Leone va progressivement imposer une nouvelle conception du genre. L’intérêt de cette discussion réside notamment dans sa capacité à dépasser le simple commentaire admiratif : Pour une poignée de dollars est replacé dans une histoire du western où se croisent Hollywood, le cinéma italien, Akira Kurosawa et les transformations du héros masculin. On continuera avec deux analyses de séquences par Frédéric Mercier, le début du film et l’arrivée de Clint Eastwood au village (7 minutes) et le duel final (9 minutes). La première permet d’observer comment Sergio Leone installe progressivement San Miguel et son étrange population, tandis que la seconde se penche sur cette mécanique du duel appelée à devenir l’une des signatures du réalisateur. Gros plans, regards, silences, déplacements et durée des plans sont passés au tamis : de quoi constater que chez Sergio Leone, attendre qu’un personnage dégaine peut être presque aussi important que le moment où il tire.

On enchaînera avec un entretien avec Fabio Melelli (13 minutes), historien du cinéma, qui propose un retour sur la fabrication de Pour une poignée de dollars et sur l’impact considérable du film sur le western. Le documentaire rappelle notamment le caractère presque improbable de l’aventure : une production européenne qui reprend la structure de Yojimbo pour fabriquer quelque chose de profondément différent, puis qui va contribuer à redéfinir tout un genre. L’entretien avec Bruno Battisti D’Amario (15 minutes) changera ensuite légèrement de terrain pour s’intéresser à la musique. Le guitariste et compositeur, qui a joué de la guitare acoustique sur Pour une poignée de dollars et sur d’autres partitions d’Ennio Morricone, nous apporte un témoignage particulièrement intéressant sur le travail musical. On continuera avec un entretien avec Alessandro De Rosa (16 minutes), biographe d’Ennio Morricone, qui revient sur la rencontre entre le compositeur et Sergio Leone et sur la naissance d’une collaboration appelée à devenir mythique. L’entretien permet de mesurer à quel point le film constitue également le début d’une révolution musicale dans le western. On embrayera avec un entretien avec le chef opérateur Paolo Bianchini (12 minutes), qui reviendra sur la découverte de Yojimbo par Sergio Leone. Le récit de cette projection permet de comprendre comment une œuvre japonaise a pu déclencher chez le cinéaste italien l’idée d’un western qui allait ensuite contribuer à faire exploser les frontières du genre. Le module intitulé « Pour une poignée de rushs » (36 minutes) constitue probablement l’un des documents les plus savoureux du lot : des images inédites provenant des six heures de rushes conservées dans les archives des producteurs. On y découvre notamment l’ouverture originale dans laquelle Joe récupère son poncho, mais aussi quantité de prises ratées, de problèmes avec les accessoires ou de comédiens manquant leur marque. Le mythe retrouve ainsi des chaussures poussiéreuses et un peu de sueur : voir les acteurs recommencer, hésiter ou rater un geste rappelle que même les scènes aujourd’hui considérées comme iconiques ont été fabriquées à coups de prises et de patience. Enfin, on terminera avec un entretien avec l’historien de la musique Lovely Jones (22 minutes), poursuit logiquement cette exploration sonore en revenant sur l’influence immense d’Ennio Morricone sur le cinéma italien et international. On s’y attardera plus spécifiquement sur les compositions de Pour une poignée de dollars, pour constater comment s’est construite cette identité sonore faite de guitare, de sifflements, de percussions, de voix et d’instruments inhabituels. La musique de Morricone devient ici un personnage à part entière, capable de commenter l’action sans jamais simplement la souligner.

On passera ensuite aux bonus d’archives issus des anciennes éditions MGM. Les Archives de Christophe Frayling (18 minutes) montrent le biographe de Sergio Leone présentant différents objets et souvenirs liés au film, donnant à l’ensemble un délicieux parfum de musée personnel consacré au western. Il reviendra également dans le module « Un nouveau genre de héros » (22 minutes), qui s’intéresse à l’évolution du western et à l’influence déterminante de Sergio Leone sur la représentation du héros. Le documentaire permet notamment de comprendre comment Clint Eastwood et son personnage de Joe vont participer à l’émergence d’une figure masculine beaucoup moins chevaleresque et beaucoup plus ambiguë. On continuera avec un entretien avec Clint Eastwood (8 minutes), document forcément précieux puisqu’il permet d’entendre directement l’acteur évoquer son expérience du tournage avec Sergio Leone. Clint Eastwood revient sur sa période espagnole et sur la manière dont le film a contribué à modifier sa carrière. « Pas prêt pour le Prime Time » (6 minutes) et « The Network Prologue » (7 minutes) s’intéressent pour leur part à la création du prologue destiné à la diffusion télévisée américaine de 1977. Monte Hellman et le collectionneur Howard Fridkin expliquent les circonstances de cette étonnante initiative, tandis que le second bonus permet également de découvrir le prologue dans son intégralité. Ce sont des documents plus périphériques, mais justement intéressants parce qu’ils montrent comment un film évolue lorsqu’il passe d’un support à l’autre et d’une époque à l’autre. Le module « 1964 – 2004 : Les décors avant/après » (5 minutes) propose ensuite un petit voyage temporel à travers les lieux du tournage. Le principe est simple, mais particulièrement parlant : confronter les décors utilisés par Sergio Leone avec leur état quarante ans plus tard. « Tre Voci » (11 minutes) réunit quant à lui le producteur Alberto Grimaldi, le scénariste Sergio Donati et Mickey Knox autour de souvenirs liés à Sergio Leone et à la fabrication du film. Trois témoignages qui permettent de regarder Pour une poignée de dollars depuis les coulisses de la production et de mieux mesurer le fonctionnement parfois très artisanal de cette aventure cinématographique. Enfin, « Restauration à l’italienne » (5 minutes) revient sur la restauration réalisée pour l’édition DVD de 2004. Le documentaire est aujourd’hui daté et le disque le présente surtout comme une archive permettant de mesurer l’évolution des techniques de restauration, et le bond qualitatif proposé par cette édition. On terminera avec les crédits français et la traditionnelle bande-annonce.

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