Test Blu-ray 4K Ultra HD : La Règle du jeu

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La Règle du jeu

France : 1939
Titre original : –
Réalisateur : Jean Renoir
Scénario : Jean Renoir
Acteurs : Nora Gregor, Paulette Dubost, Mila Parély
Éditeur : ESC Éditions
Durée : 1h47
Genre : Comédie, Drame
Date de sortie cinéma : 8 juillet 1939
Date de sortie 4K : 17 août 2022

L’aviateur André Jurieu vient de traverser l’Atlantique en solitaire pour conquérir le coeur de Christine, son amour éternel, qui a épousé le Marquis de la Chesnay, un aristocrate parisien. Celle-ci se montrant indifférente à l’exploit, Durieu tente alors de se suicider. Son ami Octave le fait alors inviter chez Christine et son riche époux, pour une partie de chasse en Sologne…

Le film

[5/5]

« La règle du jeu, un des plus grands classiques du cinéma français (« le film des films » selon François Truffaut) a bien sûr été abondamment et intelligemment commenté au fil des ans. Ayons simplement en mémoire que chaque plan, chaque enchaînement ont été réellement pensés, composés, voulus par Renoir. N’oublions pas non plus, sans refaire l’histoire, qu’en 1939, à la veille de la guerre, la peinture de la société de l’époque n’est pas une simple coïncidence.

Avec cette histoire de chassés croisés amoureux chez les représentants de la grande bourgeoisie et parallèlement chez leurs domestiques, Jean Renoir dépeint effectivement une société figée, une société de caste qui, ainsi qu’il l’a dit lui-même, « danse sur un volcan », une société qui respecte tant « la règle du jeu » que rien ne semble pouvoir l’atteindre. La scène finale où, après le drame ayant coûté la vie à André Jurieux, le marquis invite ses amis à rejoindre le château en ne déplorant qu’un malheureux mais simple accident de chasse, est la clôture d’une pièce, où, si chacun a pu jouer, le rideau retombe en excluant ceux qui n’appartiennent pas à cette société. C’est aussi « l’amour léger » de Marivaux cité par Jean Renoir au générique de début du film.

C’est enfin une partie de cartes, une histoire de rois, de reines et de valets où les femmes mènent un bal dont les règles leur échappent finalement. Ces femmes, ce sont Christine, Lisette, Geneviève, Jackie :

– Christine (Nora Gregor), frivole peut-être mais surtout perdue en France, perdue dans cette société (elle est autrichienne et d’une famille d’artiste), perdue en tout cas entre un mari, Robert de la Chesnaye (Marcel Dalio), avec qui les relations ne sont plus que mondaines mais dont elle ne supporte pas de découvrir l’infidélité et le mensonge qui a accompagné son mariage, un amant de cœur, André Jurieux (Roland Toutain), l’aviateur, le héros qui lui fait croire qu’autre chose est possible, un soupirant sans attrait, Saint Aubin qu’elle entraîne quand Geneviève enlace son mari au vu de tous et enfin Octave (Jean Renoir), son ami de toujours, son quasi-frère qu’elle croit aimer d’amour quand son monde s’écroule à l’issue d’une nuit qui la laisse désemparée, comme exsangue.

– Lisette (Paulette Dubost), femme de chambre de Christine à Paris, mariée au garde- chasse du marquis, Schumacher (Gaston Modot), qui lui vit à la Colinière en Sologne. Lisette qui prend prétexte « du service de Madame » pour rester loin de son ombrageux et jaloux époux, et continuer à faire tourner les têtes des hommes. Lisette qui se laisse coquettement courtiser par Octave, Lisette qui sera indirectement la cause du drame de par ses aguicheries avec Marceau, (Julien Carette) l’ancien braconnier devenu domestique.

– Geneviève de Marras (Mila Parély), la mondaine, la maîtresse du marquis qui tient à son amant, par amour ou par habitude elle ne sait, et ne le verrai partir sans drame que si une solution de rechange se présentait à elle en la personne de Jean.

– Jackie enfin (Anne Mayen), trop jeune pour être complètement dans le jeu mais qui observe et pèse ses chances de récupérer Jean.

On ne peut pas ne pas évoquer l’interprétation tant le jeu des acteurs reste aujourd’hui encore extraordinairement actuel contrairement à beaucoup de films d’alors. Il faut absolument et tout particulièrement souligner celui de Nora Grégor qui avec son beau regard noyé dans une incommensurable tristesse et son délicat accent est une Christine des plus sincères. Paulette Dubost, qui nous a quitté en 2011 à plus de 100 ans et 80 ans de carrière, et qui ici est la plus piquante des soubrettes. Mila Parely qui possède l’aristocratique beauté du rôle. Celui de Marcel Dalio, aristocrate un peu faible mais qui sauve la face à chaque fois. Gaston Modot, raide dans sa jalousie, pas forcément injustifiée, et son amour maladroit. Julien Carette, fidèle à la gouaille qui anima tous ses personnages. Odette Talazac qui a tourné avec L’Herbier, Cocteau, Clair, Clouzot, Allégret, Litvak et dont la silhouette imposante lui permet de camper une Charlotte lançant d’un air compréhensif une phrase clef et définitive de la vision des rapports sociaux de tout ce petit groupe « il faut qu’ils (les domestiques) s’amusent aussi ».

La Règle du jeu, c’est un film que l’on voit, revoit sans jamais sans lasser. C’est un vrai film culte qui imprègne tous les cinéphiles mais qui est visible par tous, quel que soit le niveau de lecture que l’on en fasse. Film culte certes mais pas film figé, « musée ». Ses plus de 70 ans laisse espérer qu’une sortie en numérique lui rende aujourd’hui un bel et mérité hommage. »

Extrait de la critique de notre chroniqueur Eric Becart. Retrouvez-en l’intégralité en cliquant sur ce lien !

Le Blu-ray 4K Ultra HD

[4,5/5]

La Règle du jeu avait déjà fait l’objet d’une restauration et d’une sortie au format Blu-ray en France en 2005, pour un résultat que les plus tolérants avaient, au mieux, qualifié de « perfectible ». La comparaison avec l’édition Blu-ray américaine sortie chez Criterion quelques mois plus tard avait cependant rapidement remis les pendules à l’heure, reléguant l’édition française au rang de master clairement indigne du support. Aujourd’hui, ESC Éditions fait encore plus fort, avec une nouvelle restauration 4K du film de Jean Renoir. Et celle-ci s’avère en tous points impressionnante : malgré des contrastes paraissant par moments un peu trop boostés, le rendu du film est absolument optimal. Il faut par ailleurs garder à l’esprit que ce film fut tourné en 1939, et que le négatif original n’existe plus : sachant cela, il semble que ce que nous propose aujourd’hui ESC Éditions avec cette édition Blu-ray 4K Ultra HD de La Règle du jeu tienne littéralement du miracle technologique. La restauration et l’étalonnage ont été effectués par Hiventy, à partir d’un contretype composite, en grande partie nitrate. La bande-son a quant à elle été restaurée par L.E. Diapason, à partir d’un contretype son nitrate incomplet et du négatif issu du mixage de 1959. Côté son, le film est naturellement proposé en DTS-HD Master Audio 2.0, la bande son ne saturant pas de manière excessive. Bref, on tient là la présentation ultime du chef d’œuvre de Jean Renoir !

Du côté des suppléments, on trouvera une présentation du film par Pascal Mérigeau, historien du cinéma (28 minutes). Ce dernier remettra La Règle du jeu dans son contexte de tournage, et élargira son analyse du film non seulement au reste de la carrière et de la vie de Jean Renoir, mais également à d’autres films. Très intéressant !

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