Critique : La Verónica

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 La Verónica

Chili : 2020
Titre original : –
Réalisation : Leonardo Medel
Scénario : Leonardo Medel
Interprètes : Mariana Di Girólamo, Antonia Giesen, Ariel Mateluna, Patricia Rivadeneira
Distribution : Moonlight Films Distribution
Durée : 1h40
Genre : Drame
Date de sortie : 17 août 2022

4/5

Originaire de Punta Arenas, à l’extrême sud du Chili, et âgé de 39 ans, Leonardo Medel est loin d’être un débutant quand bien même aucun de ses films précédents n’avait atteint les écrans hexagonaux jusqu’à La Verónica. Présenté au Festival de San Sebastian en 2020 et primé à celui de Tallinn, Estonie, la même année, ce film lui permet de signer une très belle entrée dans le concert du cinéma international.

Synopsis : Verónica Lara, épouse d’une star de football international et mannequin très populaire sur les réseaux sociaux, tombe en disgrâce lorsqu’elle devient suspecte dans l’enquête sur la mort de sa première fille. Le portrait satirique de cette Victoria Beckham chilienne est un réjouissant jeu de massacre au cours duquel se dissolvent les frontières entre public et privé, vérité et mensonge, éthique et immoralité.

 Prête à tout

En couple avec Javier Matamala, une star du football, Verónica est de retour au Chili après quatre années passées à Dubaï où elle avait dû suivre son compagnon. Ce qui passionne Verónica, ce sont les réseaux sociaux, un monde où elle est très populaire en tant qu’influenceuse. Très populaire au point qu’une journaliste, Andrea, est en train d’écrire sur elle une « biographie autorisée. Très populaire, mais pas assez à son goût : alors qu’elle est l’égérie principale d’une campagne lancée par une fondation, campagne concernant les grands brûlés et ayant pour slogan « Aidons les … Ils sont comme nous », elle a pour ambition de devenir l’égérie principale pour une marque de cosmétique sur le point de sortir un nouveau rouge à lèvres.

Dans quel but ? Egaler, voire dépasser son mari en matière de revenus et de notoriété ? Voir les murs de Santiago du Chili se couvrir de gigantesques affiches la mettant en valeur ? Problème pour elle, la concurrence est rude chez les influenceuses et, pour arriver à ses fins, il faudrait qu’elle atteigne 2 millions de « followers » sur son compte Instagram et elle en est très loin. Pour y arriver, elle est prête à tout, prête à sacrifier sa fille Amanda, dont, de toute façon, elle est jalouse au vu des sentiments que leur porte Javier, prête également à mettre Javier dans des situations embarrassantes.

D’excellents partis pris de réalisation

Ce que raconte le film est loin d’être inintéressant, d’autant plus que le réalisateur connait bien le monde des réseaux sociaux, youtubeurs, youtubeuses, influenceurs, influenceuses, son épouse étant elle-même influenceuse depuis plusieurs années. Toutefois, une réalisation paresseuse aurait fait de La Verónica un film banal, un film de plus, oublié assez vite. Grâce à un certain nombre de partis pris cinématographiques, Leonardo Medel  a totalement évité la banalité et nous propose un film qui se déguste du début à la fin, un film dont tout laisse à penser qu’il va prendre une place de choix dans notre mémoire. Le parti pris le plus important a consisté, pour le réalisateur, à s’inspirer du système de narration des youtubeurs consistant à s’exprimer face à la caméra. Le film comporte 53 plans-séquence en plan fixe, dans lesquels Verónica est presque toujours au centre de l’écran, face à la caméra et converse avec un ou plusieurs autres personnages se trouvant hors-champ,  ou, comme sur les scènes au bord d’une piscine, en arrière-plan, de l’autre côté par rapport à Verónica ou, comme dans les scènes d’interrogatoire par un procureur, de dos, entre Verónica et la caméra, ou encore à droite ou à gauche de ce personnage principal. Du fait de ces choix dans l’ « installation » des personnages sur l’écran, on ne peut pas être étonné qu’un format très large de type scope ait été utilisé.

L’autre parti pris important réside dans l’ordre plus ou moins anarchique dans lequel ces plans-séquence se succèdent, un ordre qui n’a rien à voir avec la chronologie réelle des évènements. On ne peut pas parler de flashbacks à ce sujet, mais plutôt d’une histoire transformée en puzzle, charge donnée au spectateur de reconstituer la bonne chronologie. Un procédé qui, loin d’être irritant, permet aux spectateurs d’être confrontés à un certain nombre de surprises qui contribuent à pimenter l’histoire de Verónica. On ne rentrera pas dans les détails concernant ces surprises !

Un choix particulièrement judicieux

Le personnage de Verónica ne quittant jamais l’écran, le choix de son interprète était capital, d’autant plus qu’il ne s’agit pas du tout d’un personnage monolithique : odieuse et injuste envers Ester, la bonne chargée entre autre de s’occuper d’Amanda, la fille de Verónica et de Javier, et qui, dans le passé, avait élevé Javier quand il était un enfant, dure avec ses meilleures amies, sympathique et enjouée devant les caméras de télévision, menteuse et manipulatrice pour arriver à ses fins, affectueuse et joueuse avec la nièce et les neveux de Javier, jalouse et provocante face à Javier, caustique lorsqu’elle préconise la stupidité pour réussir sur les réseaux sociaux, humble mais ne se laissant pas faire face au procureur, les facettes du personnage sont nombreuses.

Leonardo Medel est un réalisateur qui aime travailler avec des acteurs et des actrices avec lesquel.le.s il a déjà travaillé, ce qui lui permet souvent de travailler sur un personnage en fonction du comédien ou de la comédienne qu’il a en tête pour l’interpréter. Mariana Di Girólamo avait déjà joué dans deux de ses films précédents et c’est cette comédienne qu’on avait découverte il y a 2 ans en tant qu’épouse de Gael Garcia Bernal dans Ema de Pablo Larraín qu’il a retenue pour interpréter le rôle de Verónica. Un choix particulièrement judicieux tellement Mariana Di Girólamo s’avère exceptionnelle dans toutes les facettes de son personnage.

Conclusion

La Verónica est le premier long métrage du réalisateur chilien Leonardo Medel à arriver sur nos écrans. Il apparait presque évident que ce ne sera pas le dernier, ce réalisateur arrivant ici à transformer, par des partis pris cinématographiques judicieux, une histoire somme toute banale en œuvre d’une grande originalité, particulièrement réussie. Quant à Mariana Di Girólamo, son interprète principale, elle fait preuve d’un talent exceptionnel tout au long du film.

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