Comédie Critiques de films — 20 mai 2019
Critique : Les Crevettes pailletées

France, 2019

Titre original : –

Réalisateurs : &

Scénario : Cédric Le Gallo, Maxime Govare & Romain Choay

Acteurs : Nicolas Gob, , Michaël Abiteboul, David Baïot

Distribution : Universal Pictures International France

Durée : 1h43

Genre : Comédie sportive

Date de sortie : 8 mai 2019

3/5

L’histoire du cinéma gay a toujours aussi été en parallèle celle de l’homophobie. Autant les représentations filmiques de l’homosexualité jouaient et jouent encore un rôle essentiel d’affirmation et de visibilité auprès d’un public plus ou moins confidentiel, autant elles font œuvre de résistance contre l’ignorance, voire l’hostilité à l’égard des orientations sexuelles en dehors de la norme hétéro. La tolérance a beau avoir gagné du terrain ces dernières années, la communauté LGBTQ a plus que jamais besoin de ces encouragements par écran interposé, soit fictifs, soit issus de la réalité par voie de documentaire. Dans ce contexte, un film comme Les Crevettes pailletées, aussi plaisant et gentille soit-il, se distingue par un traitement quelque peu discutable de ce fléau social que reste l’homophobie. Bien que son intrigue s’en revendique ouvertement, avec ce sportif de haut niveau qui pourra changer progressivement d’état d’esprit grâce à son travail imposé d’entraîneur auprès d’une équipe de water-polo gaie, les manifestations plus concrètes de ce projet éducatif des masses demeurent sensiblement plus ambiguës. Après, nous ne cherchons point à singer l’aigreur du membre le plus âgé des Crevettes, un grand nostalgique des luttes radicales de la cause gaie des années 1980 et ’90. Toujours est-il que le propos du film de Cédric Le Gallo et Maxime Govare lorgne plus du côté du consensus bon enfant que de celui d’une confrontation décomplexée de styles de vie, à peine véhiculée lors des séquences musicales, plus débridées que le reste de ce film presque inoffensif.

© Thibault Grabherr / Universal Pictures International France Tous droits réservés

Synopsis : Alors que la fin de sa carrière professionnelle approche et que ses résultats ne sont plus à la hauteur, le nageur Mathias Le Goff se fait réprimander par sa fédération pour des propos homophobes lors d’un entretien. Pour se faire pardonner et prétendre éventuellement à participer au prochain championnat, il devra s’occuper de l’équipe de water-polo les Crevettes pailletées, une bande de potes flamboyante qui privilégie la bonne humeur et l’humour salace aux victoires sportives. Après le retour de leur capitaine Jean, longtemps malade, ils visent désormais la qualification aux prochains Gay Games en Croatie. Un objectif d’autant plus difficile à atteindre que leur nouvel entraîneur ne s’implique guère dans sa tâche imposée.

© Thibault Grabherr / Universal Pictures International France Tous droits réservés

Je voudrais bien être gay

Si le quotidien des homosexuels en France ressemblait à ce qu’en montre un film comme Les Crevettes pailletées, ce serait définitivement la vie en rose. Les déboires habituels et les luttes au jour le jour sont vite évacués à travers un rapide tour d’horizon des membres de l’équipe par leur capitaine lors d’un rare moment de confidences avec leur coach récalcitrant, mais sinon, tout n’est que bonne humeur, fête et accessoirement quelques prises de bec sans conséquences. Le contrat du divertissement est ainsi amplement rempli, tout comme une idéologie vaguement sportive, bâtie sur la solidarité et l’entraide. Toutefois, l’écriture plutôt expéditive du scénario empêche le récit d’approfondir quelque aspect que ce soit de ce microcosme haut en couleurs. Si le ton global du film n’était pas aussi détendu et bienveillant, on pourrait presque y soupçonner un vilain enchaînement de clichés, équitablement répartis parmi ces sportifs amateurs dont le ridicule est heureusement relativisé par leur humanité distillée à petites touches. Car les lieux communs n’y manquent pas, entre l’obscénité joyeuse en marge du bassin, les tentatives de drague plus ou moins couronnées de succès, voire plus en phase avec le genre du mélodrame sportif, le suspense à gros sabots de l’élimination certaine à chaque match d’une équipe au talent douteux, qui n’aurait pas dû prétendre arriver aussi loin dans la compétition.

© Thibault Grabherr / Universal Pictures International France Tous droits réservés

Les paillettes crevées

Or, l’ambition principale de ce film sans aucun doute bien intentionné semble être de se dresser de façon ludique contre l’homophobie dans tout ce qu’elle a de plus abject. Encore faudrait-il aborder ce sujet avec adresse et intelligence, histoire de ne pas combattre le feu par l’autre feu, celui de l’extrémisme idéologique et sectaire. La démarche adoptée par les deux réalisateurs nous paraît quelque peu manquer d’efficacité, surtout parce qu’elle est dépourvue d’une logique dramatique clairement identifiable. L’intrigue commence ainsi avec cette prémisse bien dans l’air du temps du sportif dont les moindres faits et gestes sont disséqués par les médias, qui se fait sèchement sanctionner pour un déraillement verbal lors d’un entretien. Non seulement, ce point de départ est amené avec une certaine maladresse narrative, il perd de plus en plus de poids au fur et à mesure que ce méchant antagoniste se fond dans l’effort collectif. De même, l’une des premières instances d’un acte d’homophobie flagrant s’avère finalement être à l’origine d’une blague peu ingénieuse, le personnage interprété par Michaël Abiteboul – un rôle taillé sur mesure pour Seth Rogen dans l’hypothétique remake américain – n’ayant pas peur de vandaliser lui-même sa voiture afin d’échapper in extremis à son mari trop exigeant. Enfin, l’ultime duel entre la bienséance engoncée et la liberté de mener sa vie comme on l’entend se solde par un match nul en termes cinématographiques, l’exubérance de l’hommage rendu n’arrivant pas complètement à gommer les excès caricaturaux dans la description des gardiens grossiers de l’ordre et du pouvoir, le fonctionnaire très lourd de la fédération nationale de natation en tête.

© Thibault Grabherr / Universal Pictures International France Tous droits réservés

Conclusion

On ne vous déconseillera jamais un film qui défend la cause gaie avec autant d’optimisme. Ni l’occasion de retrouver le craquant Alban Lenoir dans un rôle très convenable. Néanmoins, Les Crevettes pailletées ne risque pas trop de marquer l’Histoire du cinéma gay par le progrès en termes de mœurs ou de regard sur l’homosexualité qu’il promeut. Il s’agit davantage d’un film agréable à regarder, peu susceptible d’offusquer qui que ce soit par les temps relativement lucides que nous avons la chance de vivre.

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Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles