Critique : Le Parrain 3ème partie

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Etats-Unis, 1990
Titre original : The Godfather Part III
Réalisateur :
Scénario : et Francis Ford Coppola
Acteurs : , , ,
Distribution : United International Pictures
Durée : 2h35
Genre : Gangster
Date de sortie : 27 mars 1991

Note : 2,5/5

Les débuts de notre culte de l’univers du Parrain ont coïncidé avec la sortie de cette troisième épopée des gangsters suprêmes. A l’époque, nous ne savions pas encore grand-chose du monde créé par Mario Puzo et Francis Ford Coppola, autre que la réputation mythique dont jouissent les deux premiers films des années 1970. Pour l’adolescent cinéphile débutant que nous étions alors, Le Parrain 3ème partie était la porte d’accès à une saga familiale aux proportions tragiques, un film majestueux injustement dénigré par la critique et ignoré par le public. A notre niveau modeste, nous avions tenté de nous battre contre cet accueil mitigé, en poussant le dévouement personnel jusqu’à quelques voyages insensés pour admirer sur grand écran ce que nous prenions pour un chef-d’œuvre indémodable. Près d’un quart de siècle plus tard et huit ans après l’avoir vu la dernière fois, que reste-t-il de ce film envers lequel nous éprouvions un attachement sans doute exagéré ? Même s’il y a eu tromperie sur la marchandise, puisque nous avons eu droit dans la petite salle comble de la Filmothèque Quartier latin à une vieille copie argentique, qui accuse sérieusement son âge, en lieu et place d’une belle restauration numérique annoncée sur le site du cinéma – coquille fort regrettable qui y perdure hélas pour la projection de dimanche prochain –, ces retrouvailles avaient tout d’un désenchantement. C’était comme si cette énième vision était celle de trop, qui nous a ouvert les yeux sur les lacunes flagrantes du film, peu importe les conditions loin d’être idéales dans lesquelles nous l’avons revu.

Synopsis : En 1979, Michael Corleone, le patriarche vieillissant de l’un des principaux clans de la mafia américaine, reçoit du pape une médaille pour ses œuvres humanitaires. Lors de la cérémonie en son honneur, il retrouve son ex-femme Kay qui n’a rien oublié des horreurs de leur vie conjugale, mais qui est néanmoins venue pour persuader Michael de laisser leur fils Anthony choisir une carrière de chanteur d’opéra. Quant à leur fille Mary, elle reste très proche de son père, jusqu’à ce qu’elle tombe sous le charme de son cousin Vincent Mancini, le fils illégitime de feu Sonny Corleone. Puisque Vincent s’oppose violemment à son parrain Joey Zasa, Michael accepte de le prendre sous son aile. Le vieux Don Corleone espère mener à bien son projet d’acquisition de la société Immobiliare auprès du Vatican, afin de rendre les affaires familiales complètement légitimes, avant de céder sa place à son neveu.

De la vie des marionnettes

Le succès des films autour de la famille Corleone repose en grande partie sur la capacité de Francis Ford Coppola de rendre ces monstres accessibles aux yeux du grand public, généralement peu enclin à se laisser amadouer par le sort de criminels sanguinaires. Le dispositif astucieux afin de déclencher ce processus d’identification, d’autant plus improbable qu’il peut être ressenti comme sincère, passait dans Le Parrain par la découverte du milieu codifié de la mafia à travers le regard de Michael, le successeur récalcitrant de son père charismatique. Dans Le Parrain 2ème partie, alors que Michael avait réussi à asseoir son pouvoir, quitte à y perdre son âme, la démarche a en quelque sorte été répétée à travers le retour en arrière aux débuts du règne des Corleone. Pareille mise en abîme prodigieuse fait hélas cruellement défaut ici, à cause d’un scénario très bancal, qui, comme le protagoniste mélancolique, ne sait jamais sur quel pied danser. Face à la volonté manifeste de la part de Michael, de rompre définitivement avec son passé de chef de la pègre, se trouve une multitude d’adversaires plus caricaturaux les uns que les autres. Le caractère choral des camps qui s’opposent au cours des films respectifs de la trilogie est dilué dans le cas présent jusqu’à rendre les enjeux de l’intrigue tout à fait arbitraires. Le désir de moins en moins ferme de sortir de la jungle du crime organisé s’y heurte sans cesse à des sursauts d’une violence archaïque, qui viennent de nulle part et qui ponctuent le récit d’une façon guère satisfaisante. Il y a certes quelques balbutiements d’analyse sur la nature profondément corrompue du grand capital, d’ailleurs la seule prémonition à peu près recevable dans cette histoire passablement datée. Mais la tendance préjudiciable de la mise en scène à troquer la finesse du trait pour la grandiloquence des bouleversements dignes d’une tragédie grecque ne leur laisse aucun espoir d’un quelconque approfondissement.

Va aimer un autre film

Alors que l’un des préceptes majeurs de notre appréciation critique est que chaque film doit se suffire à lui-même, peu importe la série ou l’univers auquel il appartient, il serait hypocrite d’appliquer cette règle aux aventures de super-héros lambda, mais pas à cette fresque qui avait bercé notre jeunesse. A notre immense regret, la sauce ne prend plus ou en tout cas n’a pas pris cette fois-ci. Que ce soit l’enchaînement plutôt maladroit des séquences – chacune selon le même mode opératoire à l’introduction géographique ennuyeusement répétitive, au cœur monté selon une trame temporelle approximative et à la conclusion agaçante par sa vacuité – ou l’élaboration des personnages dépourvue de toute logique, nous n’avons trouvé presque rien à sauver dans cette redécouverte proche d’une désillusion cruelle. Seuls les personnages féminins ont pu préserver tant soit peu notre admiration, grâce au pragmatisme de Kay, en guise de seul lien dans tout le film avec un simulacre de réalité, aux complots machiavéliques de la sœur Connie et de l’innocence volontairement gauche de Mary. Par conséquent, ce sont également les interprétations de Diane Keaton, Talia Shire et qui se démarquent positivement par un certain naturel, à l’opposé du cabotinage difficile à supporter de la part des hommes : le grabataire Al Pacino, le faussement sensuel Andy Garcia et le plus stéréotypé de tous, .

Conclusion

Réviser ses classiques peut parfois être une occupation dangereuse. Car ce ne sont pas les films qui changent, mais notre regard sur eux, devenu avec le temps plus mûr, plus exigeant ou simplement davantage préoccupé par la cohérence scénaristique ou le flux organique de la narration que par les grands gestes de trahison tragique. Suite à cette déconvenue majeure, qui devrait nous inciter à aborder avec plus de précaution et moins de préjugés, positifs ou négatifs, les films que nous avions idolâtrés jadis, il ne nous reste qu’à espérer que notre appréciation des deux premiers opus demeurera inchangée. Ce qui nous paraît tout de même probable, grâce à la solidité narrative à toute épreuve de ces deux pavés cinématographiques, qui ont trouvé avec ce film-ci une conclusion en fin de compte assez problématique.

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