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Critique Express : A voix basse

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A voix basse

France, Tunisie : 2026
Titre original : –
Réalisation : Leyla Bouzid
Scénario : Leyla Bouzid
Interprètes : Eya Bouteraa, Hiam Abbass, Marion Barbeau
Distribution : Memento
Durée : 1h53
Genre : Drame
Date de sortie : 22 avril 2026

4/5

Synopsis : De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, Lilia se retrouve confrontée aux secrets d’une maison où cohabitent trois générations de femmes.

C’est fou comme la vie peut devenir difficile quand, pour une raison ou pour une autre, que cette raison soit bonne ou mauvaise, on est obligé ou on se croit obligé de cacher des réalités de sa vie à sa famille ou à ses proches. Prenez le cas de l’homosexualité : en France les choses ont un peu évolué dans le bon sens mais, honnêtement, pensez-vous que dans absolument toutes les familles françaises, il soit facile à un fils ou à une fille de faire part de son homosexualité à ses parents ? Et dans de nombreux pays, dont la Tunisie, une telle déclaration est quasiment inimaginable, d’autant plus que la législation de ce pays est très stricte sur ce sujet de l’homosexualité, en particulier l’homosexualité masculine. Jeune tunisienne travaillant en France comme ingénieure, c’est sans problème majeur que Lilia y vit en couple avec Alice. Mais que faire si la mort d’un oncle l’amène à venir passer quelques jours dans sa famille, à Sousse ? Venir avec Alice, alors que ni Wahida, mère de Lilia, ni sa grand-mère ne connaissent l’existence d’Alice, alors qu’il n’est pas question de dévoiler la vérité au cours de ce séjour ? Lilia pense avoir trouvé la solution en venant avec Alice, mais en la faisant loger dans un hôtel et en la présentant à sa famille comme étant, en France, sa colocataire. Sauf que les conditions étranges de la mort de l’oncle de Lilia, dont le corps a été retrouvé nu dans une rue,  entrainent une enquête de la part de la police tunisienne et une contre-enquête menée par Lilia et Alice, ce qui ne va pas manquer de modifier la donne en ce qui concerne les rapports entre Lilia et sa mère.

Troisième long métrage réalisé par Leyla Bouzid, A voix basse, présenté en compétition à la dernière Berlinade, représente une étape de plus vers l’excellence de la part de cette diplômée de la Fémis. Ce film, Leyla Bouzid l’a tourné en grande partie dans la maison de sa grand-mère, ayant réussi, non sans mal, à retarder sa vente, vente qui sera suivie d’une démolition et d’un remplacement par un immeuble moderne. De cette maison, la réalisatrice a fait un personnage important du film, un personnage qui amène Lilia à revoir en pensée des moments de sa prime jeunesse partagés avec ses cousins, un personnage qui, aujourd’hui, réunit 3 générations de femmes tunisiennes : la grand-mère, très ancrée dans le passé, une femme aux idées très conservatrices, pour qui l’homosexualité d’un membre de la famille représente pour celle ci une tache indélébile, mais que tous ses proches respectent et cherchent à protéger en lui cachant les vérités qui, pensent-ils, pourraient nuire à son équilibre et à sa santé ; Wahida, sa fille, la mère de Lilia, qui connaissait l’homosexualité de son frère et l’avait parfaitement acceptée, mais qui va très mal réagir lorsque Lilia va lui révéler la sienne, le pire, pour elle, étant peut-être de s’apercevoir que le père de Lilia, dont elle est divorcée, était au courant depuis longtemps ; Lilia, elle, est une jeune femme moderne, complètement européanisée mais dont la vie est rendue difficile par le fossé générationnel qui s’est creusé avec sa mère et sa grand-mère, fossé qui la pousse à leur cacher la vérité sur sa vie sentimentale. A côté de cette peinture très juste de l’évolution de la société tunisienne, Leyla Bouzid se montre particulièrement à l’aise dans un volet « documentaire » de son film, celui consacré à la façon dont se déroulent des funérailles en Tunisie. Par ailleurs, doit on se montrer surpris de s’apercevoir que, dans ce pays, l’homosexualité féminine n’est pas vraiment prise au sérieux par la police alors que l’homosexualité masculine est pourchassée avec une grande vigueur ?

Leyla Bouzid semble avoir un don particulier pour mettre en valeur, dans des premiers rôles, des comédiennes jusque là peu connues, voire totalement inconnues. Cette fois-ci, il s’agit de Eya Bouteraa, l’interprète de Lilia, qui n’a décidé de devenir actrice qu’à l’âge de 28 ans. Jusqu’à présent, on ne l’avait vue que dans quelques court-métrages et dans un petit rôle dans Les enfants rouges de Lotfi Achour. Dans un rôle qui laisse apparaitre beaucoup de mélancolie, à l’opposé de son tempérament naturel, parait-il très  jovial, Eya Bouteraa apporte beaucoup de sensibilité et de sincérité. A ses côtés, Hiam Abbass, l’interprète de Wahida, est absolument parfaite. Comme d’habitude, dirons nous ! Dans le rôle d’Alice, on retrouve Marion Barbeau dont on avait déjà apprécié la prestation dans En corps, de Cédric Klapisch. Quant à la grand-mère, elle est interprétée par Selma Baccar dont le nouveau film en tant que réalisatrice, La maison dorée, sera en salle mercredi prochain, 29 avril. On terminera par la musique que l’on doit au compositeur et clarinettiste Yom, une musique qui apporte vraiment quelque chose au film tout en n’étant jamais envahissante.

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