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Critique : Le Grand bal


France, 2018
Titre original : –
Réalisateur :
Scénario : Laetitia Carton
Distribution : Pyramide
Durée : 1h39
Genre : Documentaire de danse
Date de sortie : 31 octobre 2018

Note : 3,5/5

Malheureusement, nous n’étions pas présents à Cannes ce jour-là, apparemment tout à fait mémorable, lorsque Le Grand bal y a été présenté au Cinéma de la plage. Après la projection, certains danseurs invétérés du documentaire, ayant fait le déplacement depuis les quatre coins de l’Europe, ont participé à un bal sur la Croisette, le genre d’événement d’extase collective, communion des corps et des esprits, que l’on vit bien trop rarement en notre époque aux pratiques sociales aussi compartimentées que dématérialisées. A notre grand soulagement, Laetitia Carton a réussi à transmettre cette passion pour la danse, qui relève ici beaucoup moins de l’exploit sportif ou artistique que d’une expérience à partager, tel un état de transe. Par conséquent, on se sent aussi au moins un peu, voire par moments complètement inclus dans ce festival ou plutôt ce marathon des pas de danse joyeux. Car l’immersion y passe aussi par la perte de repères, autres que l’alternance entre les journées studieuses et les nuits paisiblement déchaînées, par un abandon de toute ambition pédagogique pour mieux se laisser emporter par ce formidable tourbillon de rythmes folkloriques, venus de cultures diverses et variées. Le miracle de cette manifestation, jusque là réservée à quelques centaines d’initiés, se propage alors à travers l’écran, grâce à un regard certes acquis corps et âme à la chose, mais assez subtil et discret pour en relever la magnifique essence viscérale.

Synopsis : Depuis près de trente ans, les amoureux de la danse traditionnelle se réunissent à Gennetines dans l’Allier pour les Grands Bals de l’Europe. Pendant sept jours et huit nuits, les danses s’y enchaînent à un rythme soutenu, avec des ateliers d’apprentissage dès la matinée, puis des bals populaires dans des grandes tentes jusqu’au petit matin. La réalisatrice Laetitia Carton, habituée des lieux depuis une quinzaine d’années, y a enregistré cette euphorie partagée par tous pendant l’édition 2016.

On achève bien la morosité

Pas besoin d’être un danseur avisé pour apprécier pleinement la bonne humeur qui se dégage du Grand bal. En effet, il ne s’agit pas d’un hommage à la prouesse physique d’une poignée d’heureux élus, mais au contraire à l’incroyable force de rassemblement dont la danse est capable, à condition d’être pratiquée dans un but de rassemblement. La sensation passagère d’exclusion, due à l’absence de partenaire susceptible de fermer les yeux sur le degré de maîtrise perfectible de telle ou telle danse compliquée à exécuter, a beau y être mentionnée, tout comme la question du harcèlement sexuel – l’actualité de l’évolution des mœurs oblige –, la mise en scène met clairement l’accent sur l’élan fédérateur de ce programme où tout le monde est censé trouver sa place. Une place qui relève presque de l’anecdotique, pourtant finement observé, par rapport à tout ce qui concerne le mode de vie quotidien dans cette communauté éphémère, avec sa distribution de bracelets et de tickets repas, les gestes rapides d’hygiène corporelle et les très rares instants, quand ce temple de la danse trouve un semblant de calme et de tranquillité au crépuscule. En somme, juste assez pour créer un équilibre narratif probant entre les dispositifs accessoires de l’existence et l’attrait principal de la fête, et par procuration du documentaire, qui est indubitablement la danse, dans ce qu’elle a de plus joliment instinctive.

Tous accros à la danse

La voix off, par laquelle la réalisatrice cherche sans doute à conférer un minimum d’ancrage intime et social au récit, arrive dans le meilleur des cas à mettre des mots sur la sensation d’ivresse sensuelle, procurée par les nombreuses prises de danse. Puisque le commentaire dispose de suffisamment de sagesse pour rester sporadique, l’image et la bande son fiévreusement mélomane ont toute la liberté nécessaire afin de tenter d’enregistrer cette expérience unique de la façon la plus intacte possible. Un pari réussi haut la main, grâce à la capacité de Laetitia Carton de célébrer quasiment sans subterfuge formel la symbiose entre les corps, qui voguent au gré des mélodies vers de magnifiques moments de volupté. C’est bien simple – et pourtant si rare dans notre civilisation gouvernée de plus en plus par la concurrence et l’égoïsme – : tout le monde est beau et gracieux dans le mouvement fluide de la danse, comme si le bonheur procuré par sa pratique pouvait se lire sur les visages, pour la plupart habités par une incroyable quiétude. Celle-ci se transmet alors sans tarder au spectateur, porté presque jusqu’au septième ciel du cinéma par l’aisance avec laquelle la narration s’immerge dans cet univers singulier ! Un monde tellement bénéfique, parce qu’il prône davantage l’inclusion par le biais de la musique, sans relâche pratiquée à l’improviste et traduite en pas de danse, qu’un sectarisme basé sur l’ignorance de l’autre et donc l’individualisme.

Conclusion

Comment ne pas tomber sous le charme du Grand bal, un documentaire si fermement convaincu de la bonté de son sujet et si clair et précis dans son expression en termes filmiques ? C’est une formidable bouffée d’air frais, une invitation irrésistible à la valse ou pour les plus coriaces à la mazurka, une très belle leçon de propagande en faveur d’un mode de vie, que ni l’esprit, ni le corps pourraient soutenir longtemps, mais qui est en mesure de susciter une euphorie collective des plus précieuses à transmettre !

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Auteur

Tobias Dunschen

Cet article a été rédigé par Tobias Dunschen, Rédacteur de Critique Film. Lire tous ses articles