J’enrage de son absence

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afficheJ’enrage de son absence

France, Belgique, Luxembourg : 2011
Titre original : –
Réalisateur : Sandrine Bonnaire
Scénario : Sandrine Bonnaire, Jérôme Tonnerre
Acteurs : William Hurt, Alexandra Lamy, Augustin Legrand
Distribution : Ad Vitam
Durée : 1h38
Genre : Drame
Date de sortie : 31 octobre 2012

Globale : [rating:4][five-star-rating]

Après un nombre assez impressionnant de films en tant que comédienne, Sandrine Bonnaire s’est lancée dans la réalisation il y a 5 ans avec Elle s’appelle Sabine, un documentaire consacré à sa sœur et à la façon dont sa maladie, l’autisme, avait été prise en charge. Aujourd’hui, c’est avec un film de fiction très personnel qu’elle retourne à la réalisation qui, pour elle, est passée de l’état de désir à celui de nécessité.

Synopsis : Après dix ans d’absence, Jacques ressurgit dans la vie de Mado, aujourd’hui mariée et mère de Paul, un garçon de sept ans. La relation de l’ancien couple est entachée du deuil d’un enfant. Alors que Mado a refait sa vie, Jacques en paraît incapable et lorsqu’il rencontre Paul, c’est un choc. La complicité de plus en plus marquée entre Jacques et Paul finit par déranger Mado qui leur interdit de se revoir. Mais Jacques ne compte pas en rester là…

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L’histoire d’un quatuor

C’est un quatuor amoureux un peu particulier que nous propose J’enrage de son absence, présenté à la Semaine de la Critique de Cannes 2012 : une femme, deux hommes, un enfant. Mado a été mariée à Jacques, le fils d’un français et d’une américaine. Ils ont eu un fils qui est mort dans un accident de voiture dont Jacques s’est senti responsable. Ce drame a entraîné leur séparation : comme l’avoue Mado, « La séparation, c’était le seul moyen de continuer à vivre, on ne tenait plus qu’avec la douleur ». Jacques est parti aux Etats-Unis, Mado s’est remariée avec Stéphane avec qui elle a eu un fils, Paul, aujourd’hui âgé de 7 ans. Un jour, Jacques est de retour. Il est toujours amoureux de Mado ; Mado aime Stéphane mais son amour pour Jacques n’est pas vraiment mort ; Stéphane aime Mado et c’est, par ailleurs, un très bon père ; toutefois, le lien le plus fort que va nous montrer le film, c’est celui qui va s’établir entre Jacques et Paul. Certes, ce n’est pas un lien amoureux mais un lien qui, très vite, va s’apparenter à l’amour paternel, cet amour particulier entre un père et son fils. Très longtemps, la relation entre Jacques et Paul va se faire à l’insu de Mado et de Stéphane, Jacques ayant réussi grâce à Paul à squatter dans la cave de l’immeuble familial. Comment réagiront les parents de Paul quand ils découvriront le pot aux roses ?

 

Une réalisatrice est belle et bien née

Si, en voyant le film, on se rappelle qu’il s’agit du premier long métrage de fiction réalisé par Sandrine Bonnaire, on ne peut qu’être bluffé par ses choix assez radicaux en matière de mise en scène. Certes, elle a tourné avec la fine fleur du cinéma français, elle a certainement beaucoup appris auprès de Pialat, Varda, Sautet, Téchiné, Depardon, Chabrol ou Rivette mais, à aucun moment, on ne se dit « tient, elle nous fait du Pialat (ou tout autre de ces grands réalisateurs) ». En fait, elle a appris l’essentiel : toujours et encore, il faut aller à … l’essentiel ! Dans son film, on ne trouvera pas de flash-backs, pas d’effets spéciaux, pas de voix off : une mise en scène épurée, efficace. Tout juste peut-on regretter une petite baisse de rythme lorsque Jacques est planqué dans la cave et qu’il rencontre Paul régulièrement : certaines scènes s’avèrent un peu trop répétitives. En tout cas, Sandrine Bonnaire parvient habilement à transmettre aux spectateurs un certain nombre de messages grâce à sa façon de filmer certains épisodes : c’est ainsi que, dans une scène où Jacques et Mado se retrouvent dans un café, elle montre le comportement direct et franc de Jacques en le filmant en caméra fixe alors qu’une succession de petits mouvements, presque invisibles, de la caméra montrent le côté fuyant de Mado lors de cette rencontre. Une façon de montrer, également, que, malgré son nouveau mari et son nouveau fils, ce n’est pas forcément Mado qui a le mieux réussi sa nouvelle vie. D’une manière générale, on ne peut que remarquer la façon dont les visages sont scrutés, particulièrement au début du film. Tout cela concourt à créer une tension intense au film malgré la petite baisse de régime évoquée plus haut.

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Une interprétation pleine de naturelle même si…

Dans le quatuor d’interprètes, on est particulièrement épaté par le jeu d’Augustin Legrand : on a peut-être un peu oublié que le cofondateur de l’association « Les Enfants de Don Quichotte » est à l’origine un comédien. Dans J’enrage de son absence, son jeu à la fois naturel et physique fait merveille. Alexandra Lamy est également excellente alors que William Hurt, ex époux de Sandrine Bonnaire, s’avère lui un peu trop monolithique. Comme d’habitude s’agissant d’un gamin, Jalil Mehenni, qui joue Paul, est extrêmement naturel. Une curiosité à signaler : à la lecture du générique de fin, on constate qu’André Dziezuk est crédité pour une musique originale et, qu’en plus, des morceaux du compositeur estonien Arvo Pärt et du polonais Henryk Gorecki font partie de l’accompagnement musical du film. Or, concernant la musique, une chose frappe à la vision du film : on a l’impression qu’il n’y en a pratiquement pas ! Et si ce décalage était une preuve supplémentaire de la qualité du film !

Résumé

L’histoire racontée par Sandrine Bonnaire lui permet d’aborder un certain nombre de thèmes qui lui sont manifestement très chers : l’enfance, la paternité, les amours impossibles, le chagrin, le secret. Sans esbroufe, simplement, en créant finement une tension qui n’a rien d’artificielle, elle impose sa personnalité et elle montre que, dorénavant, le cinéma devra compter avec elle autant comme réalisatrice que comme comédienne.

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