Festival de Gardanne 2012 : Jour 2

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Pour le 3ème jour du Festival de Gardanne, deux films présentaient une particularité, parmi les 18 projetés dans l’une ou l’autre des 3 salles, : pour Tempête sous un crâne, sorti en salles mercredi dernier, il y avait la présence de la réalisatrice Clara Bouffartigue; quant à Les invisibles, il s’agissait d’une avant-première, ce documentaire de Sébastien Lifshitz sortant le 28 novembre.

C’est en assistant à la projection, lors d’un festival, d’un documentaire sur une chorégraphe transmettant son savoir à des enfants de 10 ans que Clara Bouffartigue a vu grandir en elle l’envie de réaliser un documentaire sur la transmission. Toute sa famille étant dans l’Education Nationale, il était évident pour elle qu’il s’agirait de la transmission du savoir à l’école. Une amie d’enfance étant professeur de français dans un collège du 9-3, elle a pensé que c’était vers une de ses classes qu’il était naturel de se tourner. C’est donc dans la 4ème C du collège Joséphine-Baker de Saint-Ouen qu’elle a posé son matériel. La présence d’un autre professeur et donc, d’une autre matière, lui étant apparu nécessaire, elle a choisi les Arts plastiques : la représentation de la parole au travers du français, la représentation sous forme d’image au travers des arts plastiques, tout ce qui fait le cinéma, finalement. Sur les conseils de la Directrice du collège, Clara Bouffartigue s’est « installée » dans la classe dès le début de l’année scolaire : lorsque les vacances de la Toussaint arrivent, une classe s’est transformée en groupe et, toute personne arrivant après est considérée comme un intrus. Petit à petit, elle a installé son dispositif : au début, quasiment les mains dans les poches ; puis un petit appareil photo ; puis une petite caméra. C’est seulement à la rentrée de Janvier qu’elle a commencé le tournage avec sa caméra et des micros installés au plafond. Cette progressivité dans l’ « agression » que peut représenter le tournage d’un film dans une classe lui a permis d’obtenir un comportement naturel de la part des élèves … et des profs. Au final, on ne peut pas dire que le film nous en apprenne beaucoup que nous ne sachions déjà sur le dur métier d’enseignant. Cet anti Entre les murs a le mérite, toutefois, et ce n’est pas rien, de montrer qu’avec la foi et des méthodes d’enseignement finalement assez traditionnelles, mais bien assimilées, bien maîtrisées, un prof de français peut arriver à faire travailler des élèves d’une ZEP de la Seine Saint-Denis  sur un poème de Rimbaud. La formation des élèves ne commencent-elle pas par une bonne formation des enseignants ?

Les invisibles, film projeté en avant-première, est également un documentaire, présenté en séance spéciale lors du dernier Festival de Cannes. Son réalisateur, Sébastien Lifshitz, se partage depuis une quinzaine d’années entre films de fiction et documentaires. Alors que la vieille revendication des homosexuel(le)s de pouvoir prétendre au mariage est enfin sur le point de déboucher sur du concret,  il a choisi de nous raconter l’histoire de l’homosexualité en France depuis l’entre deux guerres. Pour ce faire, il a eu une idée très astucieuse et qui ne paraît évidente qu’a posteriori : nous la faire raconter par des homosexuels hommes et femmes ayant vécu cette période de l’intérieur. Alors que, d’habitude, l’homosexualité nous est présentée au travers de trentenaires, le film présente une galerie passionnante et variée de septuagénaires, hommes et femmes, toujours en couple ou seuls pour une raison ou pour une autre. Toutes et tous s’expriment face à la caméra et nous racontent de façon très naturelle leur vie amoureuse, tous les problèmes et toutes les joies qu’ils ont rencontrés. On y parle bien sûr du FHAR (Front Homosexuel d’Action révolutionnaire) et des GLH (Groupes de Libération Homosexuelles) qui lui ont succédé, mais on y parle aussi des luttes pour la légalisation de l’avortement. Il ressort de ce film que mai 68, cette période qu’il est, aujourd’hui, de bon ton de stigmatiser systématiquement, a eu au minimum un effet capital sur le changement de regard porté sur les homosexuels et sur l’évolution de la cause féminine. Un documentaire important et passionnant.

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