Ennio Morricone : focus sur des BO délaissées

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On a tous au moins un morceau marquant d’ en tête. Le compositeur romain, sommité dans son domaine et à la manœuvre auprès de réalisateurs de renom est cependant souvent associé à ses différentes collaborations avec Sergio Leone. Et pourtant le transalpin, auteur de plus 500 bandes-originales, à signé un nombre effarant de morceaux remarquables, petits et grands, moins reconnus que les pièces majeures de sa discographie. Petit retour sur quelques perles peut-être sous-estimées du maestro.

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Du Morricone dans le texte pour illustrer la noirceur de ce western spaghetti tourné par , sorti en 1968. Entre mélancolie et grandeur naturelle, statut oblige (on parle quand même d’un compositeur exceptionnel !), le thème principal de cette confrontation majestueuse entre deux monstres sacrés, j’ai nommé et , est en effet partie intégrante des succès que notre homme a rencontré dans son genre de prédilection. Une partition qui nous parvient à la fois sombre dans sa constitution et lumineuse dans le talent qui s’en dégage.
https://www.youtube.com/watch?v=TiquNvyFe4U

De sa collaboration fructueuse avec , la postérité retiendra sans nul doute le travail effectué par Ennio Morricone sur le fameux Enquête sur un citoyen au-dessus de tous soupçons dont la mélodie principale constitue l’un des exemples les plus atypiques de ses airs qui nous trottent dans la tête sans que l’on sache, parfois, d’où il peuvent bien provenir. Mais c’est également sur ce long-métrage datant de 1971, Palme d’Or à Cannes au côté du Messager de Joseph Losey, que le légendaire musicien eut l’occasion d’exprimer son indéniable talent. On retrouve au cœur de cette BO la marque indélébile d’un créateur tout à fait enclin à s’acquitter des thématiques auxquelles ses réalisateurs le confrontent. Le bruit des machines sur lesquelles travaillent le personnage interprété par Gian Maria Volontè ainsi que ses camarades ouvriers est partie intégrante de l’environnement musical, tandis que le rythme fort et insistant renforce l’alchimie entre l’image et le son. N’est ce d’ailleurs pas là, au fond, la substance de l’œuvre entière d’Ennio Morricone ?

Conclusion de la fameuse trilogie animalière du réalisateur , référence en matière d’horreur à l’italienne, ce giallo de facture classique se distingue par sa bande originale fameuse. A l’instar des deux précédents volets (L’Oiseau au Plumage de Cristal et ), Morricone s’attache à composer une partition au rythme varié, dans un exercice périlleux, le thriller horrifique (certes bien moins sanglant que les films suivants du père d’Asia), qu’il découvre au tout début des années 1970. Ici, un travail imposant doit être fait pour suggérer à la fois peur et émotion, dans ce film qui reste un des plus touchants d’Argento. Le thème principal s’avère être tout bonnement magnifique, tandis que les scènes de meurtres s’adjugent probablement les meilleurs pièces musicales de la première trilogie giallesque signée Dario, avec le motif incessant de la respiration que l’on retrouve par ailleurs un peu plus tôt chez Paolo Cavara et sa Tarentule au Ventre Noir.

Si est bien lui aussi une référence en matière de compositions cinématographiques (son album Lost Themes le prouve), il demeure néanmoins assez intelligent pour savoir s’ouvrir à des collaborations alléchantes. Au début de ces années 80 marquées par l’émergence du SIDA, la peur de la contamination inspire notamment les réalisateurs d’horreur. Dans cette veine, Big John choisi donc de faire de son remake de La Chose venue d’un Autre Monde (originellement co-réalisé par son idole Howard Hawks et Christian Nyby) un film d’enfermement étouffant. Remarquablement mis en scène, doté d’effets spéciaux parmi les meilleurs de l’histoire du cinéma (Made in Rob Bottin), ce film vaillant et maîtrisé sera pourtant victime collatérale de l’optimisme chronique véhiculé par le féerique E.T d’un certain Steven Spielberg, sorti au même moment. Un succès qui anéantira la vision pessimiste du mythe extraterrestre distillée par un Carpenter qui se retrouve à affronter le tournant le plus tragique de sa carrière. Mais qu’en est-il côté musique ? Conformément au reste de l’accueil public généré par la sortie du film, le travail du compositeur transalpin est fracassé par les observateurs. Il récolte même l’unique nomination aux Razzie Awards de la pire bande-originale qu’Ennio Morricone reçu durant sa carrière. Au cœur de l’échec, le résultat fut pourtant bien loin d’être aussi catastrophique sur le plan de la qualité. Jamais notre homme ne s’était révélé aussi polyvalent et en réussite dans son assimilation des thèmes évoqués par le film. Hors de sa zone de confort, loin des westerns et autres drames, Morricone se passe des rites orchestraux pour atteindre la philosophie même de la BO carpenterienne, électronique, jusqu’à s’approcher au plus clair du style unique du réalisateur d’Halloween. Inoubliable.

C’est en 1979 qu’Henri Verneuil va signer ce qui reste l’un de ses meilleurs films, I.. Comme Icare. Passionnante enquête inspirée de l’assassinat de JFK, ce long-métrage recèle par ailleurs une phénoménale force poétique. L’évocation du mythe grec d’Icare offre ainsi la possibilité à Morricone de créer une bande originale particulièrement édifiante, qui symbolise à merveille la chute de ce président assassiné, et le désenchantement fatal issu du déroulement de l’enquête. Une chance formidable nous est alors donnée de voir le compositeur italien s’atteler à mettre en musique un des plus grands sommets du film politique à la française. Une bande-originale mésestimée, qui reste à mes yeux de simple spectateur l’apogée culte d’un film tout aussi recommandable que son thème final, vertigineux.