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Critique : La Tentazione

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Critique : La Tentazione

Titre original : La gioia
Réalisateur : Nicolangelo Gelormini
Scénario : Giuliano Scarpinato, Benedetta Mori, Chiara Tripaldi et Nicolangelo Gelormini
Casting principal : Valeria Golino, Saul Nanni, Jasmine Trinca et Francesco Colella
Genre : Drame / Avertissement
Durée : 1h49
Pays : Italie (2025)
Distributeur : Destiny Films Distribution
Date de sortie : 28 octobre 2026

Note de la rédaction★★★★★★★★★★3 / 5

Pour être tout à fait transparent, on était allé voir La Tentazione afin de se rincer l’œil avec un mauvais film, a priori mélodramatique au possible et fait pour déshonorer encore un peu plus le cinéma italien, hélas pas au meilleur de sa forme ces dernières années. En tout cas, c’est l’impression que nous avait donné au préalable le deuxième film de Nicolangelo Gelormini à partir de sa bande-annonce française, particulièrement tapageuse. Le fait que son titre original a été aussi vulgairement transposé dans la même langue étrangère – une pratique commerciale très douteuse que l’on connaissait surtout jusque là dans le domaine des films anglophones – ne parlait pas non plus en sa faveur.

Quelle a été alors notre surprise, agréable mais pas entièrement enthousiaste, de pouvoir découvrir une histoire certes convenue, mais capable de rendre justice aux troubles romantiques de ses personnages mal assortis, là où un regard plus condescendant n’en aurait fait qu’une farce cynique ! Bien sûr, la joie d’un amour vécu contre toute attente et en défiant les normes sociales n’y dure qu’une bonne heure. Et la conclusion est forcément aussi néfaste qu’un tel écart de conduite morale le mérite dans le climat répressif et coincé qui règne dans l’Europe du milieu des années 2020. Néanmoins, on finit par se prendre assez rapidement au jeu d’une séduction peut-être pas aussi intéressée et cruelle que la prémisse du film aurait pu le faire croire.

Cette formidable ambiguïté des sentiments repose avant tout sur la qualité élevée des interprétations. Valeria Golino en tête dans le rôle d’une vieille fille enfin prête à s’émanciper du joug familial et professionnel qui l’avait gardée prisonnière depuis si longtemps. Or, son printemps tardif n’aurait été qu’une tragédie tristounette, si on ne pensait pas déceler un minimum de sincérité dans la démarche de son jeune prétendant. Car la révélation de La Tentazione est indubitablement Saul Nanni dans l’emploi d’un ange vénéneux joliment à fleur de peau.

Critique : La Tentazione
© 2025 HT Film / Indigo Film / Vision Distribution / Destiny Films Distribution Tous droits réservés

Synopsis : À cinquante ans passés, la prof de français Gioia vit encore chez ses parents. Elle s’obstine à rêver du grand amour, alors que son quotidien n’est fait que d’une routine terne et sans éclat. L’arrivée dans son lycée d’Alessio, un redoublant aussi beau que turbulent, ne manque pas de l’interpeller. Après un premier rendez-vous manqué, quand elle le ramène chez lui en voiture suite à un accident bénin, c’est Alessio qui revient à la charge en proposant à Gioia de lui donner des cours particuliers. Sa professeure ne tarde pas à tomber sous le charme de ce beau ténébreux, dont les intentions paraissent au moins en partie être désintéressées.

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Il fut un temps où l’on appelait cougars les dames d’un certain âge, qui s’amourachaient d’hommes sensiblement plus jeunes qu’elles. Nous admettons volontiers ne pas avoir suivi de près l’évolution de la langue française à ce niveau-là pour pouvoir vous affirmer avec certitude quel terme les jeunes emploient à présent pour désigner ce phénomène. Toujours est-il qu’au cinéma, ce dernier est au moins aussi ancien que Vacances à Venise de David Lean et Harold et Maude de Hal Ashby. Dans La Tentazione, tous les clichés annexes de cette recette imparable pour le désastre sont à première vue réunis. Une prof timide et effacée qui a laissé passer sa vie en se cachant derrière ses grosses lunettes y fait la rencontre inopinée de son opposé absolu, un jeune Adonis aux fréquentations peu recommandables qui rattrape en cours le sommeil perdu au fil de ses nuits de fête sulfureuses. Bref, rien de bien original jusque là !

Sauf que la mise en scène de Nicolangelo Gelormini joue savamment avec ces poncifs, sans jamais considérer son public comme dupe. Ni son héroïne d’ailleurs, puisque Gioia s’abandonne autant dans cette aventure romantique atypique qu’elle hésite face aux nombreux signes l’avertissant qu’elle fait fausse route. Son cœur devenu sec à force d’être délaissé est certes à prendre, mais ce n’est qu’une fois que sa romance aura soudainement pris fin qu’elle se lancera dans les manifestations d’une hystérie plus conventionnelle. Auparavant, le jeu admirable de Valeria Golino sonde toutes les subtilités de cette femme déjà morte à l’intérieur depuis longtemps dont la seule issue de secours affective est la régression vers la nostalgie et l’âge d’enfant. Avec tout ce que cela implique en termes de mouvements de danse désordonnés, de séances de maquillage à l’improviste et de poussées de rébellion à l’égard de sa mère étouffante.

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© 2025 HT Film / Indigo Film / Vision Distribution / Destiny Films Distribution Tous droits réservés

En face, le portrait d’une Italie plus viscérale s’avère tout aussi saisissant. En effet, la narration ne se complaît pas outre mesure à descendre dans les profondeurs d’univers nocturnes glauques, où la lumière stroboscopique est reine et où le sexe se monnaie au lieu d’exprimer d’éventuels sentiments amoureux. La porte-parole aux pieds d’argile de cet univers marginal y est la mère d’Alessio, encore plus irresponsable et corrompue que lui, à qui Jasmine Trinca confère une beauté superficielle du plus bel effet. Plutôt que de servir d’exemple à suivre ou au contraire à ne pas imiter, elle a tendance à singer le comportement chaotique de son fils. Rêvant du grand amour alors que le patron du supermarché la fait tourner en bourrique, elle est aussi peu la maîtresse de la situation que l’ensemble des personnages qui gravitent autour d’elle.

Ce qui nous amène, de gré ou de force, à Alessio, le séducteur né qui sait préserver quelques vestiges d’innocence juvénile dans ses manœuvres de manipulation supposément machiavéliques. Au détail près que, tout au long du récit, l’interprétation en demi-teintes de Saul Nanni attribue une aura mystérieuse à ce bellâtre qui, après tout, ne pense pas exclusivement à coucher. Il croit avoir tout compris du pouvoir qu’il exerce sur des femmes plus âgées que lui, à ses ordres érotiques au moindre regard de loubard vicieux. Mais autant la motivation contre toute vraisemblance de son premier pas vers cette pauvre Gioia desséchée n’est jamais expliquée, autant les sentiments qu’il commence à cultiver à son égard au fur et à mesure qu’ils se rapprochent ne manquent pas d’une certaine sincérité. Tout l’enjeu de ce rôle complexe se situe dans ce dilemme, dont Nanni s’acquitte plus qu’honorablement.

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Conclusion

Finalement, on est presque soulagé de ne pas avoir dû écrire une critique négative sur La Tentazione. Car même si la découverte d’un film décevant peut aider à apprécier davantage les qualités des œuvres cinématographiques suivantes, investir autant de temps dans un navet pur et dur relève malgré tout du gâchis. Dans le cas du film de Nicolangelo Gelormini, il y en a heureusement très peu. Notamment grâce au jeu inspiré des deux piliers chancelants de cette relation condamnée d’avance : Valeria Golino, depuis quarante ans une valeur sûre du cinéma italien, et Saul Nanni, qui devrait le devenir prochainement, on l’espère !

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